ASPIRATION
Mon Dieu î je n'ai plus de courage Pour lutter contre le naufrage !
Mon Dieu ! je suis anéanti ; Mon esprit s'est trompé de roule, Et dans les abîmes du doute Tout entier je suis englouti.
Tes prêtres m'avaient dit : « Nul malheur sur ta tête « Ne tombe sans que Dieu l'ordonne ou le permette. » A souffrir bien des maux je m'étais résigné, ^lais quand j'ai vu la mort frapper tous ceux que j'aime, 0 mon Dieu ! je n'ai pu contenir le blasphème Au fond de mon cœur indigné.
Oh ! dis-moi, puissance éternelle,
0 Providence maternelle.
Que nous aimons, qui nous défends,^
Est-il vrai, peux.- tu te résoudre
A faire usage de ta foudre.
Pour briser tes faibles enfants ?
0 Seigneur ! est-ce toi qui gèles les rosées. Qui veux qu'à tous les vents nos fleurs soient exposées. Et qui, sur les blés mûrs, par un funèbre soir. Promènes la rafale aux hurlements étranges. Ou fais, avec l'éclair, tomber au fond des granges L'incendie et le désespoir ?
Est-ce toi dont la main, dans la mer en délire. Engloutit matelots, espoir, trésors, navire, Attise le brasier des volcans assoupis, Sous le déluge ardent des laves embrasées Fait tomber les cités comme des fleurs brisées. Les clochers comme des épis ?
E«:t-ce en ton nom, Seigneur, qu'on sanctifie un crime. Qu'un prêtre au peuple saint donne un roi qui l'opprime, Qu'on immole au veau d'or l'austère pauvreté, Que le front des vertus saigne sous les épines. Et qu'on détruit ainsi tes deux œuvres divines : La liberté, l'égalité?
Est-ce ton bras sacré, Dieu de paix, qui suscite La guerre où, dans le sang, la soif du sang s'excilo, Où souvent tout un siècle accélère sa fin? Est-ce bien toi qui veux que tout fléau progresse; Qui permets que dans l'or le fainéant s'engraisse, Que l'ouvrier meure de faim ?
Dieu puissant, le plus doux et le plus saint des pères. Est-ce loi qui nous fuis et qui nous désespères, Qui veux que tout ici se dessèche à souffrir ? Dieu de bonté, d'amour, est-ce toi qui nous damnes? Dieu clément. Dieu de vie, est-ce toi qui condamnes Tout ce qui respire à mourir?
Oh ! non, ce n'est pas toi, tout le crie à mon âme, Ce n'est pas toi. Seigneur, qui souffles sur ta flamme ! Non, la mort ne naît pas de ton éterniié ! Nous errons dans la nuit, nous cherchons la lumière ,* Seigneur, loin de nos yeux chasse l'erreur grossière. Seigneur, Seigneur, la vérité î
Illumine le front des prophètes sublimes Qui traversent sans peur la nuit de nos abîmes, Qai t'appellent toujours, qui te cherchent partout ! Que ta main les conduise et soutienne leurs tètes Que désolent nos maux, que courbent nos tempêtes. Et qui n'en sont pas moins debout !
Entends ce cri profond qui chaque jour s'élève Avec l'encens des mers qui monle de la grève î Calme la soif du cœur par le doute irrité ! Tu peux tout, ô mon Dieu î fais rayonner tes flammes Seigneur, je te traduis le cri de bien des âmes : Seigneur, Seigneur, la vérité î
Car notre âme est lasse et glacée.
Le vain travail de la pensée A laissé nos cœurs atterrés ; Car, sans soleil dans notre route.
Par toi seul, de l'enfer du doute Nous pouvons être retirés.