‹ ŒuvresChapitre 69 sur 72 · A MÉRY · texte numérisé non relu

A MÉRY

VOYAGE A BORD DE l'eUROTAS.

Méry, la l'oésie à longs flots me déborde En revoyant ces rocs, noir bataillon qui borde Notre rade d'azur qu'à chanter tu te plus. Pour traduire des mers le solennel cantique, Pour ranimer l'ardeur de notre siècle étique, Ami, que désormais tou soleil poétique Compte un satellite de plus.

Naguère VEurotas, désertant nos parages.

Sur les vagues, patrie immense des orages, M'emporla pour te voir. Oh î sur cet élément. Dont l'aulan vient fouiller les ondes et l'arène. Toujours ur;e puis.«^ance ardente et souveraine.

Pour contempler ta gloire, ô poète, m'entraîne, Ainsi que l'acier vers l'aimant.

Je partis. Quelques pleurs mouillèrent ma paupière, Lorsque les deux. Siciers, longs cadavres de pierre, Me masquèrent Toulon, ses vaisseaux, ses hangars Où s'alignent les troncs du chêne et du mélèze ; Et mon cœur fut saisi d'un étrange malaise. Lorsque les flots, hurlant au pied de la falaise, S'offrirent seuls à mes regards.

L'horizon se teignit d'une couleur blafarde ; Dos flots, qu'à son lever l'aube écarlale farde. Le mistral par degré renfla le sein mouvant. Puis, quand il les fouetta de ses ruJes lanières, Pareils à des lions traqués dans leurs tanières. Je les vis écumer, secouer leurs crinières Et rugir en se poursuivant.

Je crus voir au lointain les vagues atlantiques Se lasser d'explorer leurs océans antiques ; El, pour voir l'Orient enivré de nectar. Pour contempler nos cieux et nos heureuses rives Couvertes, en été, d'oranges et d'olives, (lonime au lieu du festin se pressent les convives. S'engouffrer dans le Gibraltar, u 10

Hideux Lévialhans, inondant de leur bave L'archipel de rochers dont la côte se pave, Ces flots, quand deux d'entre eux se fondaient en un seul. Semblaient deux noirs Titans qui, vomis par l'orage. Expiraient tout-à-coup d'une étreinte de rage, Tandis que d'autres flols tendaient sur leur naufrage. Un vaste et livide linceul.

Un instant, au milieu du fracas des rafales, Je crus entendre au loin des clameurs triomphales ; De sublimes accords le ciel se remplissait. Les rochers et la mer, les vents et les nuages. Tout chantait à la fois, et l'écho des rivages népétait le poème au fond des monts sauvages. Et le tonnerre applaudissait!

Et l'EiROTAS roulait sur la vague sonore; Il fumait et grondait, ainsi qu'un météore. Son grand poitrail de bois de sueur ruisselait, Et parfois, sous ses pas, comme une arche superbe. Le flot s'arrondissait, \xV\s jaillissait en gerbe : Tel du pâtre attardé, foulant le champ plein d'herbe. Le jîied fait surgir le follet.

Et, Ijien qu'il ressemblât au volcan qui s'enflamme. Bien qu'il eût, comme lui, dos entrailles de flamme. Quand la mer déferlait sur ces milliers d'îlots

Que des vagues d'azur la blanche écume allaite, Le navire volait comme une escarpolette, Et ses membres puissants, ses larges flancs d'athlète, Craquaient sous l'étreinte des flots î

Mais ni les bruits du vent, ni la mer, ni l'orage. Ne purent ébranler un instant mon courage ; Car j'étais soutenu par un bien doux espoir : Je savais, 6 Méry, toi que j'aime et j'admire. Que Marseille la grecque et la sœur de Palmyre, Etait là, près des flots où son orgueil se mire ; Je savais que j'allais l'y voir !

Page 1