RÉPONSE DE MÉRY
Aux bords où, comme toi, ta noble ville est née, Chanle, cbanle toujours la Méditerranée, Cet océan d'azur des fortunés climats ; Mèlc ton harmonie à l'écume des lames, A la voix du marin, aux murmures des flammes Qui volent aux cimes des mats.
Personne mieux que loi ne sonda le mystère Que l'Océan confie à l'écueil solitaire ; Mieux que toi n'écouta Téternel entretien De la vague et du roc, ces artistes sublimes, Qui, perdus sans témoin aux déserts des abîmes. N'ont d'autre regard que le lien.
Tu sais, bien mieux que nous, les secrets de ces drames Où parlent tour à tour les voiles et les rames. Les cables amarrés à l'anneau du rempart. Et l'hymne nuptial qu'entonne la tourmente Lorsque, pour embrasser son orageuse amante. Le vaisseau lève l'ancre et part.
Ton oreille a connu toutes ces mélodies Qui s'exhalent des flots, par les pins applaudies. Lorsque, penchés sur eux, ces beaux arbres vivants, Laissant tomber du ciel des paroles humaines, Semblent battre des mains sur les vastes domaines Où chantent les eaux et les vents.
Tu sais, lorsque l'écho du rocher la répète. Dans ton souffle saisir la voix de la tempête, Et la jeter au fond de tes vers mugissants : De sorte que celui qui te lit sur la rive Ne sait pas si la voix de l'ouragan arrive De la mer ou de les accents.
Ton regard a surpris, quand les flots sont tranquilles. Le travail des deux mers aux bords des deux ])resqu'ile<. Double miroir d'azur, double miroir changeant. L'énigme intérieure à tes yeux s'est ouverte ; loi la mer s'endort sur un lit d'algue verte. Et là sur le sable d'argents
ïu sais, dans nos étés, sous nos zones torrides, Tu sais quels vifs éclats la mer donne à ses rides. Lorsque midi nous livre aux somnolents ennuis ; Lorsque le grand soleil, divin foyer des mondes, Semble, au milieu du jour, prodiguer sur les ondes Toutes les étoiles des nuits.
Tu i^ais aimer Toulon, la ville des fontaines ; L'arsenal où, du bout de ses longues antennes. Le vaisseau boit l'eau douce, assis au flot amer ; Et la rade, où les monts entourent comme un cadre Cette toile d'azur que déchire l'escadre, Flottante cité de la mer.
La mer est une femme : elle ne se révèle Dans ses mille beautés, beauté toujours nouvelle, Qu'à des adorateurs recueillis et fervents Qui lui chantent des vers le long de ses rivages. Et savent les graver sur les roches sauvages, Et non sur les sables mouvants.
(x'tte création immense et solennelle, Qui porte tout prodige et toute vie en elle. Est à toi. Ce n'est pas pour des regards distraits Que Dieu trempa sa main dans celte mer bénie Et fit ce tableau d'or, d'azur et d'harmonie. Tout rempli de divins attraits.
La foule, en ses ennuis tristement amusée, Va voir la mer penrlue aux cadres d'un musée. Laisse courir la foule et ne l'imite pas ! La grande mer, qui veut l'infini po.ir domaine, Est à toi. Va fouler, quand finit ta semaine, Son sable amoureux de tes pas.
Travaille en attendant des semaines de fêle ! La truelle est un sceptre en tes mains, ô poète î Personne dans Toulon n'est i)lus heureux que toi. (»agne le pain du jour avec l'obole due. Va î la planche de cliénc à tes pieds suspendue. Vaut mieux que le Irone d'un roi î