‹ ŒuvresChapitre 71 sur 72 · ÉPILOGUE AUX TOULONNAIS · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE AUX TOULONNAIS

J'ai tenu mon serment î Voilà le livre, amis, Qu'en (les jours plus heureux je vous avais promis. Depuis, j'ai des douleurs subi la dure épreuve ; Et les calmes plaisirs dont l'élude m'abreuve, La paix du toit natal, ma muse et mes travaux. N'ont pu chasser la nuit où m'ont plongé mes maux.

Pourtant j'espère en Dieu pour calmer ces souffrances. Pour ramener mon cœur aux fortes espérances ; Pour me forlifier contre un noir souvenir, C.ontre mon triple deuil qui ne doit plus finir.

A mes doubles travaux je veux rester fidèle. Et bien des fois encore, aux bruits de la truelle, Dans nos bruyants chantiers à tous les vents ouverts. Je mêlerai le bruit harmonieux des vers.

Faire aux champs du labeur fleurir la poésie. Travailler et chanter, voilà toute ma vie ; El, sous noire beau ciel vivre avec vous toujours, Voilà tous mes souhails, voilà tous mes amours.

Ma vie, au sein de vous, coule libre et conlente ;

Les royales cités, la fortune qu'on tente.

Les voyages lointains où l'on va recueillir

Des souvenirs puissants que rien ne peut vieillir.

Et la gluire, la gloire, attrayante sirène

Dont chacun veut grossir le cortège de reine.

Rien ne m'èloignera de ces bords radieux

Que baise avec amour le flot mélodieux.

Le bonheur fugitif, qu'un songe idéalise.

Sous notre ciel heureux j)our moi se réalise,

El le vent parfumé qui descend de nos monts,

Les brises de la mer, que boivent nos poumons,

Le chant des golfes bleus que nos hivers tourmenlent,

Sont la source divine où mes jours s'alimenlent.

Oui, j'aime notre golfe à Téclalant azur.

Chaque pas, sur ses bords, nrimprovise un Tibiir.

Aux caprices des vents je livre mes pensées. Et sur l'aile des vents ces graves insensées Jusqu'au delà des cieux étendent leur essor. Comme pour y chercher d'autres mondes encor. J'aime mon loeau pays, dont la nature encadre La tête par les monts, les pieds par notre escadre -^ L'archipel de vaisseaux sur nos flots suspendu. Ce bras droit de la France à l'Orient tendu ! Nos vieux quais abrités contre la mer foraine, Et devenus le seuil de la France africaine ; J'aime, j'aime Toulon, car en lui j'ai trouvé Vn peu de ce bonheur qu'enfant j'avais rêvé ; Parce que, loin de lui, l'ennui sombre m'écrase. Parce que son soleil me féconde et m'embrase • J'aime, j'aime Toulon, et mon cœur et ma voix Ont chanté ses destins une seconde fois.

Mais, je l'avoue encor, mon ardeur est passée. L'âge en la mûrissant a vieilli ma pensée * Et ma muse, jadis avec joie arrivant, Hélas ! à mes appels reste sourde souvent ; Et cette douce vierge, étoile de ma vie. Qu'avec tant de ferveur ma jeunesse a servie. Devant les grands malheurs qui sont tombés sur moi. Est remontée au ciel toule pâle d'effroi.

Mes frères, mes amis ! si ma sainte palronc

Ne redescend jamais de son céleste trône,

Que mes derniers accents, de leur faiblesse absous.

Soient, comme leurs aînés, bien accueillis par vous.

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