GROUPE D'ARBRES
Trinité d'arbres dont le groupe, Comme un sombre édifice, au lointain se découpe ;
Toi dont les pieds noirs sont cachés Par deux rangs tortueux de roseaux panachés Qui, lorsque l'ouragan déchaîne sa furie, Se confondent avec l'herbe de la prairie. Comme les cavaliers de la brune Algérie De leurs mentons aigus mêlent les poils grossiers
Aux crinières de leurs coursiers !
De ma fenêtre, je contemple Ton vieux chêne, formant la coupole d'un temple.
Ton magnifique peuplier Que l'effort de l'orage à peine peut plier ;
Et, sous cette coupole à tous les vents ouverte. Ton saule pro :ternant sa chevelure verte Sur l'humide gazon dont la terre est couverte : Comme la Madeleine aix pieds du Christ mourant Prosternait son front en pleurant.
Que de grandioses figures Rappellent tes rameaux aux vastes envergures!
Léo rompant un peuplier, Ajax dressant vers Dieu son front pour bouclier. . . Et vous qui fouettez l'air de votre blonde crête, Roseaux mélodieux, oh ! combien je regrette De ne pouvoir porter, comme vous, une aigrette Que brunirait bientôt, image des volcans,
La fumée ardente des camps !
Les tableaux qu'étale le monde Ont entre eux des rapports que le poète sonde.
Le chêne à côté du ro eaii Semble mi mâle vieillard deboat près d'un berceau. Ils offre:it, l'un la force, et l'autre la faiblesse. L'orgueilleux peuplier ressemb'e à la noblesse. Que le vent du malheur soave.U fracasse et b'esse. Et le saule, voûté comme sous un remord.
Semble méditer sur la mort.