‹ Œuvres choises de BalzacChapitre 15 sur 38 · II · texte numérisé non relu

II

à sa suite : il se moque encore de la justice et de l'équité , des parentés et des alliances, et brise d'abord les plus saintes chaînes qui lient les hommes avec les autres hommes. Il île fut jamais plus impitoyable, ni plus cruel. Mjais qhose étrange, Madame , il est plus prodigue et plus affamé qu'il ne fut jamais. Une nation de donneurs d'avis travaille sans cesse aux inventions de lui trouver de l'argent , et il en demande toujours davantage. Les richesses du vieux et du not^veau monde ne. suffisent pas à sesexcès. Il détruit, les vaincus par les pertes, et ruine les victorieux par la dépense. Il se montre contraire en un lieu, il parolt favorable en l'at^treyjnaiai partout.il est mauvais. • . ' . .

Yoilà,bien des. plaintes, contre ce fantôme, et bien véritables, jet bien justes. iVoilà bien de quoi

haïr ses faveurs^ qui ne soptguères meilleures que ses disgrâces. Si ne fauuilpas aj^andpnner tout d'un coçp k la cepsure publique qpinze pu seize années de. notre histoire, ni blâmer nousmêmes notre parti , ni décrier le mérite d'une cause , qui ne lais^ p^ d'ét^Ccla bonne^^ quoique sa longueur et que ses épine^ nous ei^utiient.

Il ne seroit pas impossible, MsMlan^e:, de purger . les armes du Roi de la plupa];t 4es Teproçhes que l'on, fait à Mars. Poi^ le moins , il se pourrpit dire .à leurj^sfi^cation., qu'elles n'ont

pa^ cherché rerinemi, et 'que ce n'est point la France, à qui on doit imputer les inisères de TEurope. Il se pourroit dire même à la décharge "de la conscience dés rois , qui pensent être obligés de croire conseil, que celui qui leur conseilla de s'opposer à main armée au droit le plus clair qui fiit jamais, et de faire assiéger Casai, «ans aucunfi couleur de raison, doit être accusé de toutes les mauvaises suites qu'a produites ce mauvais commencement.

Mau,vais, certes, et visiblement injurieux, plein d'injusiice et de violence, devant quelque tribuhal que se traite l'affaire de Mantoue. Car, si ^re né François n^est un vice qui rende un homme incapable de succession , n'est une tache qui efface' les droits de la nature, les lois écrites et les coutumes reçues, personne ne sçauroit douter que la protection qu'a donnée la France au légitime héritier, n'ait été juste , et que l'op-r pression qui lui est venue d'ailleurs ne l'ait pas été. •

Que si après cette action si peu soutenable et si universellement condamnée , une guerre a attiré plusieurs giierres; si la contagion d'une partie infectée a gagné tout le corps de la Chrétienté , et' si tdUs les chrétiens sont devenus ennemis, comtne s'il n'y avoit plus de Turcs, nî (le Maures à haïr.^ Que dirai-je davantage? Si toute

l'Europe est noyée de sang , si tous se» Éiais sont laoguîssans et malades à la mort, ce ûége fatal, Madame, a fait tout cel^, lia çodçu, il a enfanté toutes les misères qui nous travaillenL Cette première ipjustice est coupable de toutes les injustices que nous avons vues.

Grands Dieux ! souvenez-vous de tauteurde ■'tant de maux, et ne le laissez pas ùnpuni! s'écria le. plus homme de. bien de Koffle, après la bataillé de Fhilippes, et étant prêt à rendre l'esprit; car, quoiqu'il fût naturellement veftaeui, néanmoins il avoit été forcé , par la .violence àa temps et par la tempête des affaires, de s'éloigtei quelquefois de son fiaturel et de k vertu. Il n'avoit pu ôter à la guerre la licence ni la cruauté. Mais par ces dernièrespafoles il crutsepouvoff décharger sur autrui de la faute des choses passées, et être assez innocent, puisqu'il n'avoit pas été le premier coupable,

Celui donc qui a premÎCTement abusé d»

armes d'Espagne eu Italie, celui qui nous a. ouvert la lice , et qui a mis aux mains les deui nations, le conseiller de la guerre de M^ferraV sera responsable des ruines et des embrâsemeM de la Chrétienté, des blasphèmes et des sacril^ ges de nos années, aussi-bien que de celles in son maître. Il sera cliareé de «es inî(tuités et ita

d» l'fiutre ,p»i:ti ;: il, rendra çomjHe à 4a. justice divine, nop-seulemeot de:tQp]tJfi;i|);iJ que )es Croates çmi:fyxt^ p3^ aiia^i 4e tCMit^ççliii quie pwvent £pârj& 1^ Smé4pis..

ÂiD^i à pem j^çèfiy ^Madame, .1^ Franice se pçur^

fense de, sa Qau8^.^|Aai& {;^TQq:que^ si qqus sçiuti^ nions ^i affîrms^ûvemeiit quiun ^^%fp^Q\ffi%:^ tors 4^ la çpw a^qtouiene^ la qM^r^Uf r^.nom répaQtiroi( , 4y.?P .pnÇfique autoût 4'aii6rittatioïL, qu'un François qui n'est plus au mQiidQ J3e l'a pas ,v4mlu fipÂr^Rttqui'ary^m deçfteiii de ipefpétuer nos maux , pow j irmdi^e ,ét§TVflh i^on \m^ tprité,,^la. tpuîpur^ iDsélé son AililpSîtiQïA 4^^^ h justice de la cai^e de la Franceyje.i^^wt p49 d avis que nous «exâmioîûns, cette :question avec trop de 0uf iosit^. Puiaque nous, airo»^ {krote$tié de n'accuser quiqli^jce sojjt; sou'v^nops^nous d$ UQt9e«prote&tatipii^ ;^ chercliQPSb: nti S]ui ^dUuipé h f$lu ,»ni qui l'a n^^wni» d'huile ietjdejïQufre^J)! la nain qui a içatani^ ^e corjps de la Chiiétîenté 9 ai Q^Ue qui a esop<)i^naé: sas bles$uresc «Resr pectQôs : l'asile de la mort , et laissûroenirep^s rafflicboo^ Ne laisMonsie pitioès.à peteonàé , eif un timps où. Yotise Ms^esfcé a tânpignéxpi'eUe vouloit faire grâce à tout le monde. . .

Il est. encore mieux de courir après de nou-* veaux £uit^Q»9ies^ ei de s'égarer dans des pensées

vagues , que aaller trop droit à la vérité. Il v«ut mieux ^souffrir, MadànAe, qtiè lès spéculatifs ailtemt j)î*eiidre plus loin -et plus haut- la cause de nos malheurs. Qu'ils disent q\ie c'est, si bon lëiir -semblev OUfWé' supercherie de la fôltiine, ou UÀ6 nfâéësi^ité du d^sti^, <iu la^coiijokléïÎQn de pltisiëutB étc^il(>s nialiàîsatàtes,'(>ù lâeométequi ^nt' méiiaÊet* là terre, ï^tiHét Hiil" six cent dixhuit, et'doîït ie venin a duj?é*ét la malignité s'est fait sènlir'jusqu'à l'année mil six cent^uarante-trdis. ' • , • • V '

Je**ii6 'les' éinpêëhè 'pdiiit^ de parler -decette sdi^tè. Mais pbur lâéi ; qui ïrift isuis p&s spéculatif, él ^Uii^ssfisxlKrétie#i, j'ai appris à parler tinè au- 11^ liiËigUe. Je^ tnohte eiicéré^ pkit» liaHt c^e les 4Komètes et que le§ étoiles^ Je dis qo6 G''est Dieu, dégût^i exi taât' ^< fa^>dii^']3aF les 'profeôès l^é* cuktife; <çx^ c'iôst IM«u ; Mad^iite , qui de temps èn^*témps> châtie son peupl^è^^et fait desexemplasâe^^s encans, à; cai!tise" que ^n peuple ûe rhbttore que' des Jèvres-, ^^r^dbime son cde«Hr à un autre Dieu; À cau^'4|uesifê ettilaus sont des rebeiles^et des ingrats, qui^ôà-seulement n'usent pas bien <}e f es • ^ces , inaiir^uî learge^etit et ^ks leorropsipepft , mais qui s'en V6iileïit( senris^ cdntre lui. . ' .' ' '* ■". ' '> '.' ^ '^ ■ ( 'il ^

- U nb£»ut point s'expliqa^^plu^ clairement, ni étalçr desivérités»odi)et»esf:)Mais'éi)l^^ grands

( i69) dn monde examhioient leur conscience sur cet article , ils verroient eux-mêmes de combien de miracles ils sont redevables à Dieu, et de quelle félonie ils se sont rendes coupables, à l'heure ineme que les miracles ont été faits , en se les attribuant à faux, comme s'ils en eussent été les auteurs , quoiqu'ils n'en fussent que les témoins. Empereurs et rois, conseils et ministres, tous ont dérobé là gloire de Dieu.'

Or, Madame, puisque sa justice n'a point en ce mondé de plus rude supplice que là guerre , et qu'elle s appel le. le fléau de Dieu, vraisemblablement ce fléau est entre ses mains , et non pas entre les nôtres. Nous né pouvons pas être battus à notre discrétion , être affligés autant qu'il nous phaît , avoir la Aspô^itïon de nos îîialheurs. On na poiht eneoreouï parieur qu'un Criminel fût arbitré de sa propre yeirie , que les misères fussent en'k piiissOTicedès^ misérables i quelafentaisie du malade téglât; là lotigueur de ses accès. ' Bt par-là je condûs,' Madame, de la même sorté^'qtje j'efi tortméùcé: Je m'affêrmià sur li?s proposmônsqiië' j'ai avancées d*àbord.' Je me fortifie dîins' Bofâ' première ràisoni Après avoir détecté ia gUer<*e*avec tous les gens de bien, ne puii->je pfàs diriedei^ëchef à Votre Mlàjesté , que la paix se propose sur-la teirrfe , mais qu'elle ne se feil qtie dans-le Ciel; que les assemblées arrêtées

en Allemagne, les. passç^ports en formel, ^t les plénipotentiaires des rois , sont de gi^siQds ixiçts •enja bouche de Jeurs peuples, paroi^eqt de grandes machines, quand un conteur d^JE^oiivelles les rendue, XQai3 ne^o^Jtq^e dep€^i^ jouent quand la providence divine les veut reny^^i* ? Ce que nous désirons aujourd'h^i avec .tant de chaleur ,et tant de besoin , vient imu^ia^ement du crû de Dieu, est absolumait de sa J^çon,

se nomme par son église une chose inipqs^le

au monde. £t partant,. je redis ^ Madaipe,que

nous l'attendons beaucoup moins de votZMStpuissance qu^ de votre piété; et en le redisant , je ne crois rien dire. de. désavantageux à yotre puissance , ni de rude à vos oreilles.

Vous ne. voulez point être traitée 4ç déesse, non pas mémepajr l!^.poëtes , qui font If^r^esse de divinité. Vous, n'eacige^ point de vos §ftjets, d'hymnes, ni de f^âtes^ijf votre wm-rLa* vertu de Votre Majesté rejette|:^jltbiçn V>inradorai^ond6 notre flatterie; et c'^ s^ yerlu, de qui ^ipus sommes partisans en cette ocçasi^on; et pqur qui nous tenons contre sa pi;ii§s?ai(De;€'çst yotçe vertu Madamç, de qui nous, nous pro^ettoiis plus.que de vos armées , quoique toujpws victprienses ; que de vos alliances^ qpioiquç puisi^t^, eten grand nombr^e;; que de y osf apibsisi^eurs , quoique très^saiges et très-habiles. Toule leur politique

( J70 peut être employée inutilement ; mais jw ide "iiQ$ soupits p^Ht travailler avec $^œès.

Que ne pe^Ja smle^doiâjBiir. ^ obamté quand elle ble^^ le eœlar d'une >eioeit la grandeur, quaqd elle se &it: petite.devant Jies >autels? l'humilité ^ tjuand elle .descend de si haut ^ et qu'elle mei) si. lias le^ .^eptresi ist les .coiiroiiines qu'elle en appçi^tf? Ce 3eras£lle:qui persuadera , qui forcera la btQntédeJDûsu^ à qui Dieu se laissera gagner , se laissera vaincre ^ à qui la paix doit être accordée* Et certes , il y abienide Fapparenae que, par une parliçtilièré)éIècti€m^cétte{i0rsc»ine ait été choisi!^ pQW rfeceToiJP là paôx, qui!la;recèî^ vra dans des iliains: nettes! de touÉe/«oHe d*injustice,: avec >un* esprit vjde de toûCeil'aigreiar et de toute l'aiiîmosité des; partis , pbr el ipiio^nt de toute la violence des.i^boses passées., ^ni' n'a eu aucune part àr ducim^ ipoauv^ Ofmaeilv : '

La paix aime la bonté, et âe* plaît parmi les vertus humaines, et sociable;»* Elle se laisée : àf tiirer par la , douceur^ : pap? . la , pléiâckence et par la pitié; et bien qu'à présent eUe soit. éloignée. de notre monde, d'ime • distance pr^^qtfe nafiilie; bien qu'elle s'en soit - foi w plua haut •. d^s ^ieux;, comme par^ent^çï^ personnes inspîr^, ces af* trais de clémeaioe ^ 4e (douoeurpeatentpénétrer jusqu^u dernier cid : joe. sont les^ftçul&jçhannes; il n'^n hvLt point, chercher d'autres^ qcû soAt ca-

( 17^ ) pables d'évoquer la paix, et de la faire voir encore à la terre, ap^s une si longue abseifce, et qui lui diu*e si fort, après de si frécjuentes remises, qui nous font tant tengûir et tant soupirer. ' Redisons donc, Madame, ce qui ne sçauroit être dit trop souvent. Tous les préparatifs et toutes les ^dispositions nécessaires pour la réception d'im si grand bien, se trouvant en Votre Majesté i elle doit espiérér'que non-seulement il vtènifra, mais après les avancés qu'elle a faites, qu'il viepdlra encore pour l'amour d'elle. Elle obtiendra la grâce qu'elle demande^ parce qu'elle la d^oiandé comme il faut; elle aura k paix, parce qu'elle^ la veiit tout »de bon; et s'il y a quelque François ambitieuir quidésire le contraire, car qn^l EspafgnoL le peut désirer, s'il n'est tente par •le désespoir ? je ne pensé pas qu'il y ait de Scythe médiocrement raisbnïïâblé , (pi^il y ait de sauvage tant soit peu apprivoisé, qili iie blâme le dësirde ce François, et qui puisse trouver étrange votre bbnne volonté* pour la paix et votre aversion pour la' gûeribe;

Mass/Mgdanie, que cet ennemi de notre re- .posne jéttè point tfirréèolution dans l'esprit de YotraMaje^. De qurfque spécieuse apparence t]uÊ,se»pArolessom)t colorées, défiez-voiis d'une rhétorique qui veut embelli]^ les précipices et les abimés , d^une rhétorique die feu et de sang >

conseillère de mqrt pt 4e.n^$èFe, ruineuse à votre Etat, mal.affectîûiinée.à votre pelrsoqae. Elle fait soDQer bieo haut 1|^ réputation de vos armes ^ vos avantages sur rennemi, et la. dignité: de votve> couroi3ne. Mais ne l'éçQUl^z.pas aai préjudice de la voi^ publique, qui vous assure que la^ vraie* dignité de la couronne, c'est le salut duirdyauppe,; qui vous conjure d^ çeç^e;?; de vaincre, de île faire pljifô de conquêtes, (}e mettre fin à vos bons succès , puisqufune victoire a toujours besoin^ d'ujie autre victoire; puisque vous étfs ob%ée de payer et de nourrir, vos côçquéH^en; puisque vos bonâ succès me finissent point notice mau-. vaise fortune, et que le gain augmente la pau^ vreté- -, , ' \ ■

Votre puissance, Madfime^ n'a (|Ue fûre du. désordre pour se maintenir; il n'est bqfl qu'à ceux, qui doivent leur autoriljéavt malfeeur î4u t^mpset à la confusion des çhoses.;Ce n'est point ici l'intérêt;, dun usurpateur, qui s'^est /emparé ;di'unfe.tutellçy contre la résistance des lois , et qui rapporte tQujt à lui seul; qui ne cherdie que de |lr'i&H^bari:as et ne veut donner que des procès à spî^^ pupille,, pour profiter avec lesj autres de la dis§^patic^/le son bien. C'e^t la passion d.'une mère ', que les lois et.lai^ujre ai^toipsept, .ijW;V^V^p|u« en ac^ fils qu'en elle-même; qui nepren^ à%l^ peine qîî% pour lui laisser du repos:; qui ne sçnge qu'ai \\ip^

( 17.6 ) doit faire taptd-honni^r à spn règae, et être si

utile à son Ëtat^

Mais à plusieurs autres raisons de désirer un autre temps que celui-ci , qui se présentent à vous d'elles-mémesi ajoutons, Mf^dame j celle qui vous jpresse le plus vivement, e( q^i donne le plus d'inquiétude à votre bonté; Je parle de la passion que vous avez pour la France , et du vœu qufi vous avez fait de la rendre heureuse , qui ne peut être accompli que la guerre ne soit terminée; car de se figurer que la félicité précède la paix au lieu de la suivre , .c'est renverser l'ordre des| choses , et se figurer qu'upe fille est plus vieille que sa mère; c'est penser moissonner au mois de mars; c'est vouloir loger en un j^lais dès le jour que le plan en est dressé , et se fôcher que le dôme ne soit pas plutôt fait que les fondemens.

Voici une proposition d'étemelle vérité : il né peut y avoir de Jiliçité pi^lique y sans une poix générale. \ous la méritez, Madame, de pkiseD plus , par la continuation de vos bonnes œuvres; vous, la demandez in^essaniment dans la ferveur de vos dévotions; vqus iaftçs entrer en cette sol» licitàtion les saints et les saintes de l'une et de l'autre église , de x:elle qui trionjphe et 4« celle qui combat ; vous emp^oyei^ ,4^s .tr^^pe$ entières de vierges amantes de J^$i4Sr-Chj^5); , pour liure* commander notrs cause;, vpus eQiployez b pu*

( Ï77 ) retéméme, et la blancheur même, pour lui recommander la cause des lis. Comprenons tout en fort peu de mots ^ vous nous donnez yôs souhaits , votre mérite et votre crédit. Jusques ici vous n'avez pas pu donner davantage : il faut avoir de la patience pour le reste , et laisser faire te Ciel et vous.

Je l'ai avoué, Madame, dès l'entrée de ce discours, et je ne crie autre chose à ceux que je vois. Je crie de toute ma force qu'il faut que la pauvreté soit humble et obéissante, et non pas fière ni séditieuse; qu'elle invoque et non pas qu'elle menace; qu'elle agisse auprès de Votre Majesté par la modestie de sa douleur, et non par les murmures de son chagrin. Il ne suffit pas que le peuple ait la fidélité dans le cœur , il la doit porter sur le visage ; il doit éviter la mine même et la ressemblance de la révolte; il oe doit pas être extravagant dans sa mauvaise fortune , ni demander l'embonpoint, premier que a guérison.

Nous devons considérer, Madame, que d'autres ot fait les maux, et que Votre Majesté les a fouvés ; que la guerre est cause de la dépense , t que vous n'êtes point cause de la guerre ; qu'il 'Y a point de moyen que les charges cessent , W que durera la nécessité. Nous devons consifrer que cette nécessité est une chose violente

( 17» ) «t impérieuse ; que ses conseils sont absolus et sans condition; qu'elle justifie ce qu'elle conseille ; <]ue non«-seulement elle fait jeter dans la mer les lingots d'or et les caisses de pierreries, mais qu'elle fait fondre les vases sacrés pour battre de la monnoie quand dn en manque ; mais qu'en certain cas elle peut légitimement et sans scrupule mettre à l'encan tout le trésor de Lorette, toute la pompe et toute la magnificence de Rome.

Nous devons et nous ne sçaurions trop considérer la qualité du temps d'aujourd'hui : je veux dire un perpétuel ébranlement , causé piu* une perpétuelle action; une extrême foiblesse, après! d'extrêmes efforts ; les soins , les corvées , le faii des autres États sur ta pauvre France ; le péril toujours voisin de la sûreté; le but qui sembte s'éloigner de nous , quand nous nous vouW approcher de lui; les difficultés , les labyrinthe^ et les ténèbres des choses présentes.

Quelqu'un s'est plaint autrefois de n'avoir ^ gouverner que le naufi:age de sa république. Diei^ nous garde d'être obligés de nous servir jamai^ de ce mot. Mais il est très-vrai que le vaisseafl q^ui nous porte est étrangement fracassé, à forc^ d'aller et de venir, et que s'il ne trouve bientôl le port , la navigation , voire très-heureuse, achd vera de le briser. Il est très-vrai, Madame, qw

( ^79 ) voas avez pris le gouvernail en une fâcheuse saison, et que si Votre Majesté eût fait faire inventaire de Ja France, en l'état où elle l'a trouvée , lé dénombrement de nos maux et de nos désordres eut épouvanté toute la prudence humaine, eût fait fuir tous les sages du Heu où l'on s'assemble pour délibérer de nos affaires..

lïous considérons tout cela , et ne laissons pas d'avoir bonne opinion du sâlut de notre État. Dans cette infinité de désordres et de maux, Hous ne songeons point aux moyens et aux remèdes humains. Nous ne nous fions ni à la science ni à la pratique : nous nous assurons en quelque chose de divin qui accompagne votre personne, et qui porteroit bonheur à des affaires encore plus déplorées que les nôtres. Nous nous imaginons, Madame, que vous avez le secret de rendre les peuples heureux; que vous êtes née pour le rétablissement des Etats et pour la consolation de l'Europe; qu'être à vous et n'être pas ^son aise, implique contradiction morale; et ûous nous l'imaginons de telle sorte, que vous auriez bien de la peine à nous ôter une pensée à laquelle notre esprit s'attache, si fort. Quand Votre Majesté nous défendroit d'espérer par une déclaration expresse , nous désobéirions i l'expresse déclaration de Votre Majesté. Quand 'es mauvaises nouvelles arriveroient en foule

d'Allemagne , et qu'il naîtroit dans la négociation de la paix mille difficultés qui n'ont point été prévues ; quand un démon de discorde entreroit dans l'esprit des députés pour rompre Taffaîre sur le point de sa conclusion; encore pis que cela, ne nous rendvoit pas l'affaire douteuse ; nous nous persuaderions , Madame , que votre bon ange seroit plus fort que le mauvais démon, et qu'il rhabilleroit autant de choses que l'autre en auroit voulu gâter.

^ Il n'est pas possible à la crainte, à la défiance, et aux autres firoides passions de trouver entrée dans notre cœur, de nous partager tant soit peu l'esprit, de nous donner seulement une fausse alarme. Nous possédons déjà vos bienfaits par la force de notre imagination , et notre espérance nous en saisit. Pour le moins nous sommes gens à signes et à présages, et avons appris à parler de l'avenir comme du présent. Vous nous avez enseigné une nouvelle sorte d'astronomie. Par votre moyen, nous sommes judiciaires dans la morale ; nous faisons , Madame , l'horoscope de la paix.

Ce sera donc une paix solide et durable, pleine d'honneur, de bienséance et de dignité; car autrement elle ne seroit pas digne de vous, et ne mériteroit pas d'être nommée la paix de Votre Majesté. Ce sera une paix, Madame, qui d'abord

TOUS acquerra tous les esprits, et obligera toutes les bouches àvous louer ;.qui un jour bénira votre mémoire par la gratitude de tous les siècles; qui, d'uQ consentement universel, et par la voix de toutes les nations , appellera Anne d'Autriche la mère de la commune patrie, la libératrice du monde chrétien , la tutrice de la France.

Ce sera une paix, par conséquent^qui ne continuera pas les maux de la guerre, qui ne sera pas souillée de nQS larmes, ni noire de notre deuil; qui ne versera, pas sur les échafauds le sang que les batailles sauront épargné; ce sera une paix qui ramènera dans le monde la douceur et l'humanité, les vertus et les maximes chrétiennes; qui donnera de la respiration au peuple, après de si longues défaillances; qui rendra la sujétion aussi bonne que la liberté , parce qu'elle fera, régneç la loi aussi absolument, que le Prince^

Cette paix^Madame,.n'étonaera point le monde par les . excès, et\ les déréglemens d'un pouvoir aveugle, par des spectacles de grandeur énorme plutôt, que de véritable majesté. Elle ne formera point de météores qui obscurcissent les astres et qui cachent le soleil ; elle n'élèvera point de domestiques qui chassent les enfans de la maison, ni de favoris qui choquent les princes ; elle ne produira point de corps étranges, monstrueux et tumultuaires, pour les opposer aux légitimes et

naturelles juridictions 9 aux corps imm(X'tels des compagnies souveraines.

Cette paix laissera la liberté aux oracles, et rendra au parlement son autorité, qui est la . vôtre, Madame, et qui ne court point de fortune cnlre ses mains. Mais c'est une chose déjà faite, et que la France île devra point à la paix. Ce parlement, qui plus d'une fois a sauvé ITÉtat , qui, de la mémoire de nos pères, a été le fidèle gardien de la loi salique ; qui nouvellement a témoigné tant de zèle et de dévotion à votre service, ayant reçu de Votre Majesté l'honneur qui lui avoit été ravi , a reçu le pouvoir de sauver encore l'État si l'orage le .menaçoit encore, si les pirates s'en vouloiént encore saisir, si la sûreté pubhque avoit encore besoin de sa résistance et de son courage.

Ce ne sera pas pourtant une paix si occupée à procurer le bien de plusieurs, qu'elle ne songe principalement à conserver les avantages d'un seul. Elle corrigera l'abus de l'autorité, comme un très-grand mal , mais elle en étouffera le mépris , comme le plus grand de tous les maux ; elle n'oubliera rien à prévoir, ayant des lumières infaillibles qui la guideront; elle n'oubliera rien à entreprendre, étant animée de l'esprit de sage conseil , qui n'a garde de favoriser la confusion , puisqu'il est lui-même le premier effet

de l'ordre que Votre Majesté nous vient d'apporter.

Ainsi^ Madame 9 vous et votre paix nous apportant peu à peu de salutaires nouveautés et une sainte réformation, ce ne sera pas la France de dernièrement et d'aujourd'hui que nous regarderons avec pitié ; ce sera la France du temps de nos pères, la France purgée et rajeunie^ que nou5 considérerons avec merveille. Le fort et le solide étant établis , les beautés et les ornemens viendront après la solidité ; car avec le temps ce sera une paix riche et libérale , inventive et spirituelle, florissante en arts et en connoissances , pompeuse et superbe par là magnificence publique, cotu'onnée des mémies rayons de gloire et de la même splendeur que la paix du roi Salomon, que celle de l'empereur Auguste, que celle de Henri-le-Grand, beau-père de Votre Majesté.

Il y a bien du chemin à -faire pour en venir là. Mais cependant, Madame, cette paix, travaillant au plus aisé, qui n'est pas le moins nécessaire, renouvellera l'ancien culte de nos pères et la vieille dévotion françoise pour le sacré caractère du ssoig de France, tiendra en parfaite union la maison royale, sera soigneuse et jalouse de ses droits , la fera révérer par toutes les autres maisons souveraines.' Elle sçaura distinguer les princes, et garàer les bornes et les entre-déuK qui

( .184 ) les séparent; elle ne souffrira point de comp^ raison avec la race de saint Louis.

Elle tirera particulièrement hors du pair, et mettra au-dessus de toutes choses la personne de monseigneur le duc. d'Orléans. Et en cet étatlà, nous le pourrons voir à notre aise et à découvert; BOUS verrons, enfin, cet excellent prince, que les vapeurs et les nuages d'un temps contraire, pour ne pas dire les violences et les artifices d'une cour ennemie, nous empêchaient de voir tel qu'il est. N'ayant plus à combattre la résistance du cabinet , et ' ne rencontrant plus d'obstacle entre lui et le public (pareilles interpositions causent les éclipses), il y a de l'apparence qu'il va remplir le monde de sa lumière; il va agir si, fortement , soit du coeur, soit de l'esprit, qu'on çonnoîtra bien que, sans autre droit que celui qu'a la hajute vertu sur les entreprises diffijQiles, c'étoit à son^gr^nd mérite qu'étoient dûs les grands emplois v^t que pour être le premier en estime, comme en dignité, il ne lui manquoit que d'être en sa place.

Vous sçavez, Madame^ le tort qui lui a. été fait; vous avez toujours été assurée de ses bonnes intentions : mais à présent personne n'en doute; et cette vérité obscnrcie parut si nette et si pure le jQur que Votre Majesté fiit au parlement, qu'elle . redoubla en quelque façon la clarté d'un si beau

jour. Les paroles que dit son Altesse Royale en votre présence, pleines de feu et de passion pour le bien à,e sa patrie , et pour la grjmdeur de Vos I Majestés^tjustifièrent glorieusement sa conduite et ses actions passées ; elles détrompèrent la crédililité; elles fumèrent à jamais la bouche à la calomnie : et qui ne vit ce jour là /par le bon exemple qu'un prince si puissant et si regardé donna à toute la France , qu'il ne s'étoit éloigné de la cour à diverses fois que|pour se conserver à l'Etat, 6t qu'il faisoit même le service du feu roi lorsqu'il sembloit ne pas fai#e sa volonté ?

tDe quelque ardeur que son courage soit allumé, et quelque gloire que lui promette la guerre , Votre Majesté désirant la paix, il ne s'opposera pas à votre désir. Mais aussi cette paix , approuvée de ses avis et maintenue par ses soins , ne sera pas ingrate , quand il faudra rendre à sa fidélité les honneurs extraordinaires qu'il n'aura pas voulu devoir à son ambition; ne sera pas muette çiand il faudra publier que le salut du royaume lui a été plus cher que sa propre gloire, et qu'il trouve bon que la renommée se taise de ses victoires, pour parler de votre paix.

Je ne finirois jamais si je voulois compter tous lesavantages qui doivent naître de cette bienheuîeuse paix : il faut conclure par le plus grand et le J)lus considérable, c'est, Madame, qu'elle four: *

ra à Votre Majesté des journées tranquilles et un beau loisir, pour remployer àla bonne nourriture du Roi votre fils. Vos pensées, qm se divisent au* jourd'hui en autant d'endroits que la chrétienté a de besoins, et qui embrassent en même temps plusieurs provinces et plusieurs royaumes , seront alors toutes recueillies et toutes arrêtées en ce seul objet Après nous avoir donné un prince, Votre Majesté nous fera un second présent de ce même prince; et, par une excellente institution^ elle nous le redonnera le meilleur et le plus vertueux de son siècle.

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