‹ Œuvres choises de BalzacChapitre 4 sur 38 · DISCOURS PREMIER · texte numérisé non relu

DISCOURS PREMIER

Dans le cabinet , où nous ouïmes Socrate la première fois, il y avoit un tableau de la Nativité de Notre-Seigueur, qui lui donna lieu de nous faire ce discours. .

Il seroit difficile ^ regarder une si sainte peinture y sans être surpris de quelque pensée de piété. Mais «faisons, davantage en cette surprise; rendons-nous volontairement et de bonne foi à la pensée qui nous a surprfs : .suivpnsrla, quand elle nous meneroit plus loin que nous n'avions résolu d'aller jaujourd'hui, • .

Une étable ,* ime t:r^cbe, un bœuiejt un âne. Quel palais; bon Dieu, et. quel équipage! Gela ne s'appelle pas naître dans la pourpre , et jil n'y a rien ici qui «enJte la grandeur de l'empire de

Gonstantinople. Ces priuees/ qu'on nommoîfc Pàrphyrogénètes j celui qui fut roi avant que d*étre homme, le ventre de la reine sa mère

ayant été couronné par les suffrages des ordres de son royaume^ les Ptolomées, les Alexandres et les Césars, faisoient bien plus de bruit en venant au monde. De l'autre côté, il y a eu des princes qui ont été exposés ; il y a eu des con- . quérans qui ont été nourris et élevés par des bétes. Il y a une force retenue et dissimulée ; la vertu est quelquefois en repos ^ la grandeur est quelquefois à l'étroit; la pompe n'accompagne pas toujours la puissance.

Ne soyons point honteux de l'objet de notre adoration : nous adorons un en&nt ; mais cet eiifent est plus ancien que le temps. Il se trouva à la naissance des choses : il eut part à la structure de l'univers;' et rien' ne fut feit sans lui, depuis le premier trait de Tébaucheraent d'un si grand âesseiiï, jusqu'à là dernière piècé'de sa fabrique.

Cet ehfaht'fit taire les oracles avant qu'il coms- Txtençât k parler. Il ferma la bouché aux déhions ^ étant eiicoi^é entre les bras dé sa mère. Son berceau a été*fetal aux .temples 'et aux' autels, ^ ébt^nlë ïès fbndemens de Pidolâtrie , a réfaversé fetrône daprince de ce monde. €ét homme promis à lar riaturé', demandé par lé^ prophètes^ attendu desf nations , cet homm^ , enïBtQi , descendu

du ciel, a chassé, a exterminé les dieiu de la terre.

Quelle eottreprise à cet homme enfant, à cet homme nu, d'avoir attaqué un monde qui s'étoit fortifié plus de trois mille an^ contre la puissaifce de la vérité I II est pourtant vepu à bout de son entreprise y sans armes, sans pas^chines, sans violence. Et qu'estrce y à votre avi^, d'avoir amplli d'abord et par sa seule présence un $i opiniâtre endurcissement , d'aypir arraché des eireur^ confirmées par la vieillesse; qui avoient prjs ra* cine dans les esprits, qi^i s'étoient naturalisées avec eux ? Qu'est^cp que d'avoir délivré ces paur vres esprits d'une infinité de mopstres qui le^ ravagfeoient ? Monstres de difl^eptes espèces et sous djfEérentes fonnes; monstres a^éables ou désagréables aux yeux , selon Thumeur de la si|* perstition , qui les embellissoit ou les barbouil* {oit à sa i^uKtaisie. Les uns se faisoient aimer, les autres se £adsoient craindre; les uns demandoien^ des sacrifices cruels, et étoient altérés de^ sang humain; les autres avoienjl^ des appétits mpins^ gavages et moins déréglés ^^ et se contentoient du sang des betes.

L'homme que nous adorons a nétoyé la i^rrç de cette multitude de monstres que les hpnimes> adoroient. Mais il n'en est pas demeuré \k.

U ne s'est pas contefité de rniner l'idolâtrie

et d'imposer silence aux démons , il a de plus confondu la sagesse humaine; il a ôté la parole aux philosophes. Leurs sectes ont feit place à son Église, et leurs dogmes à ses commandemens; toute l^éloquence d'Athènes lui a cédé. C'est lui qui a humilié l'orgueil du Portique; qui a décrédité le Lycée et les autres écoles de Grèce. Il a fait voir qu*il y avoit de l'imposture partout, qu'il y àvoit des fables dans la philosophie , et que les philosophes li'étoient pas moins extravagans que les poètes ; mais qtie leur extravagance étôit plus grave et plus composée. Il a fait avouer aux spéculatifs, qu'ils avoient rêvé lorsqu'ils avoient voulu méditer. Il leur a montré que de cent cinquante et tant d'opinions, qui visoient au souverain bien , il n'y en avoit pas une qui eût touché au but : vous pouvez voir et compter ces opinions , dans les livres de la cité de Dieu de saint Augustin. Jésus-Christ a ainsi traité les sages du monde : de cette sorte il a pacifié leurs querelles et leurs guerres. En les réfutant tous,,iries a tous accordés. -

Avant lui oh se doutoit bien de quelque chose. On donnoit de légères atteintes à la vérité ; on avoit quelques soupçons et quelques conjectures

de ce qui est.. Mais les plus intelligens étoient

les plus retenus et lés plus timides à se faire entendre ; ils n'osoient se déclarer sur quoi que ce

soit; ils ne parloient c[u'çn tremblant et en hésitant, des affaires de l'autre vie; ils consultoient et délibéroient toujours, sans jamais se résoudre ni prendre parti.

Je ne m'en étonne pas néanmoins; car comment eussent-ils pu trouver la vérité qu'ils cher^ choient , puisqu'elle n'étoit pas encore née ? Il falloit que. la vérité se fît chair, afin de se rendre sensible, afin de devenir familière aux hommes, afin de se faire voir et toucher.

Cette vérité n'est autre que Jesus-Christ : et c'est ce Jésus-Christ qui a feit cesser les doutes et les irrésolutions de Facadémie, qui a même assuré le pyrrhonîsme.' lî est venu arrêter les pensées vagues de l'esprit humain, et fixer ses raisonnemens en l'air. Après plusieurs siècles d'agitaiion et de trouble , il est venu faire prendre terre à la philosophie^ et donner des ancres et des ports à une mer qui n'avoit ni fond ni rive.

Par son moyen , nous sçavons ce qu'Aristote , ce que le maître d'Aristote, ce que les disciples d'Aristote ont ignoré. Ils avoient les yeux bons, mais ils cheminoient de nuit, et la subtilité de leur vue n'étoit point comparable à la pureté de notre lumière. Assidus, mais malheureux courtisans de la nature, ils ont vieilli dans la bassecour; et nous, favoris de Dieu, quoique indignes

C 7 ) mais le réservoir de la lumière ; qu'il a été allumé avast que de luire; que les astres ont été faits par une main qui en pourroit faire de plus beaux.

Nous disons que l'âme de l'homme est un feu inextinguible et perpétuel ; qu'elle est origi*naire du ciel ; que c'est une partie de Dieu même , et par conséquent qu'il y a bien plus d'apparence qu'elle se ressente de la noblesse de sa race que de la contagion de sa demeure; qu'il est bien plus à croire qu'elle dure, pour se réunir à son principe , pour acquérir la perfection de son être , pour devenir raison toute pure , qu'il n'est à croire qu'elle finisse, pour tenir compagnie* à la matière, pour s'éloigner de sa véritable fin , poiur courir la fortune d^.ce qui est son oobtraire plutôt que son associé- La même doctrine nous décoavre les afutres Becrets du ciel , avec la mâne certitude ; maïs ce sont les secrets importans et qui contribuent k noire salut, et non paslesseoi^ts inutiles, et qui ne font que dcmner de l'exercice à notre curio^ «ité. GeUe doctrine nous enseigni^ tout ce ipi'U est nécessaire que nous apprenions.

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