DISCOURS QUATRIÈME
J 'ai Ju l'original des inscriptions dont je vous parle. Elles se conservent en une ville d'Espagne , et sont gravées en gros caractères, sur une colonne parfaitement belle. L'allemand Gruterus ne les a pas oubliées dans son gros volume. Mais sans vous donner la peine de visiter les bibliotbèques d'Angoulême , et d'aller lire les inscriptions à une lieue et demie d'ici; puisque vous en voudriez sçavoir les paroles , et qu'il m'en souvient, il ne faut pas vous faire* languir davan-
* tage : Tout présentement votre curiosité sera satisfaite.
Diocletianus Jovius et Maximianus Herculeus^
CœsareSy Augustin nmplificato per Orientent et
* Occidentem imperio romano^ et nornine chris-
. tianorum deleto qui rempublicam e9€rtebant, etc.
* . Diocletianus^ Ctesary Augustus, Galerio in
* Oriente j adôptçito^ superstitione christianorum . ûbiqiie deletâ et cultu deorum propagato^ etc.
(ai )
Vous voyez par là le mécompte des persécu* leurs ; vous voyez l'imposture de Rome payemie , et la fausseté de ses victoires. Cette superstition abolieest maintenant la religion domi^anle. Non seulement elle a survécu à ses bourreaux, mais ^e régne sur le trône de ses ennemis , et la ville étemelle obéit aux successeurs de Saint- Pierre, et non pas à ceux de Jules-César< Dioctétien et Maximien ne sont plus de grands et de redoutables princes : ce sont de fabuleux et de ridicules histrions ; ce sont des fan&rons sur du marbre. Nos pères ont méprisé leurs édits et leurs arrêts; moquons-nous de leurs bravades et de leurs romans. Ainsi pouvons-nous appeler ces inscriptions menteuses , consacrées à leur mémoire par leiu* propre vanité.
Mais il n'y aiura point de mal d'ajouter encore unmot à l'histoire du christianisme, sous l'empire de Diodétient Cet ennemi du peuple de Dieu , ce Pharaon de son siècle n'employa pas toujours le fer et le feu contre les fidèles, non plus que. le premier Pharaon. Il s'avisa de faire périr d'une autre façon les chrétiens de Rome : il les traita comme des Létes de charge qu'on tue à force de les Élire travailler; il voulut qu'ils mourussent, mais de telle sorte qu'ils se sentissent mourir, et ^'il pût tirer du service de leur mort. Pour cet effet, vous sçavez qu'il en consuma une multitude
iÉ&tàè à la structuré de cârtftine$ éturés , dont la pbèe 66 i^omme ehcate aujourd'hui les Thermes Diàclétiennes f et doût \^ ruines sont si grandes ^^elle^ étonnent la tue, et fout peur à Tisnagination de ceux qui leô considèrent.
. Dioelétien ^ iikt-il jamais imaginé que cm
mines dussent être un jour sanctifiées , par la
Religion qu'il perséCutoit; quelles dussei^t être dédiées au culte du Dieu qu'il avoit proscrit ; de tt Dieu dont il hâïssoit si fort le; nèm , la doctrine et les partisans ? Eût-il cru que dans les Thermes Dioclétiennes on eôt chanté jolir et nuit dés hymnes à Jéi^us<3hrist ; qu'on Itii eût rendu des vôefux , qu'on lui eût présenté des sacrifices jusqu'à là fin dû monde? il ne l'eût pas ciii ^ non pas même sur la parole de tous ses devins.
Quand il fài^t travailler les pauvres chrétiens à seë étuves, ce n'étoit pas son dessein de bâtir des églises à leurs successeurs. Il ne penisôit pas être fondateur comme il l'a été, d'un monastère de pères Chartreux, et d'un autre de pères Feuillans. Car, à prendre la chose dans son principe , c'est lui qui a jeté les fondemens de tes deuÈ: maisons religieuses , et qui à fourni les riiatérimnt dont on s'est §ervi pour leur fabrique. C'est MX dépens de Dioelétien, de ses pierres et de son timent qu'on a fait des autels et des chapeiles à Jésus^Christ , des dortoirs et deis réfec-
toûps à ses serviteurs. La Providence de Dieu se joue de cette sorte des pensées dé$ hommes", et les événemens sont bien éloignés des intentions, quand la Terre a un desseii»et le Ciel xm autre.
DB