‹ Œuvres choises de Desportes, Bertaut (volume 2)Chapitre 18 sur 66 · BAISER · texte numérisé non relu

BAISER

Fais que j e vive , ô ma seule déesse , Fais que je vive , et change ma tristesse

En plaisir gracieux :

Change ma mort en immortelle vie, Et fais , mon cœur , que mon ame ravie

S'envole entre les Dieux.

Fais que je vive , et fais qu'à la même heure, Baissant les yeux , entre tes hras je meure 9

Languissant doucement :

Puis , qu'aussitôt doucement je revive, Pour amortir la flamme ardente et vive

Qui me va consumant.

Ne me défens ni le sein ni la houche , Permets,mon cœur,qu à mon gré j e les toucher

Et baise incessamment , Et ces beaux yeux où l'Amour se retire : Car tu n'as rien qui tien se puisse dire ,

Ni moi pareillement,

Embrasse-moi d'une longue embrassée ; Ma bouche soit de la tienne pressée , Suçant également

De nos amonrs les faveurs plus mignardes , Et qu'en ces jeux nos langues frétilla *?des S'étreignent mollement.

Au paradis de tes lèvres décloses ,

Je vais cueillant de mille et mille roses

Le miel délicieux; Mon cœur s'y paît , sans qu'il se rassasie , De la douceur d'une sainte ambroisie ,

Passant celle des Cieux.

Ce ne sont point des baisers , ma mignonne , Ce ne sont point des baisers que tu donne ,

C'est un miel savoureux , C'est un doux air embaumé de fleurettes , Ou, comme oiseaux , volent les amourettes ,

Les plaisirs et les jeux.

Parmi les fleurs de ta bouche vermeille , Amour oiseau , vole comme une abeille ,

Amour plein de rigueur ; Il est jaloux des douceurs de ta bouche: Car aussitôt qu'à tes lèvres je touche ,

Il me perce le cœur.

VILLANELLi;.

Rosette , pour un peu d'absence Votre cœur vous avez changé , Et moi sachant cette inconstance ,

64 PHILIPPE DESPOItTES.

Le mien autre part j 'ai rangé :

Jamais plus beauté si légère Sur moi tant de pouvoir n'aura.

Nous verrons , volage bergère , Qui premier s'en repentira.

Tandis qu'en pleurs j e me consume

Maudissant cet éloignement ,

Vous , qui n'aimez que par coutume ,

Caressiez un nouvel amant.

Jamais légère girouette

Au vent sitôt ne se vira :

Nous verrons , bergère Rosette ,

Qui premier s'en repentira.

Où sont tant de promesses saintes, Tant de pleurs versés en partant?

Est-il vrai que ces tristes plaintes Sortissent d'un cœur inconstant?

Dieux que vous êtes mensongère !

Maudit soit qui plus vous croira !

Nous verrons , volage bergère , Qui premier s'en repentira.

Celui qui a gagné ma place Ne vous peut tant aimer que moi :

Et celle que j 'aime vous passe De beauté , d'amour et de foi.

Gardez bien votre amitié neuve ,

La mienne plus ne variera;

Et puis nous verrons à l'épreuve

Qui premier s'en repentira.

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