BAISER
Fais que j e vive , ô ma seule déesse , Fais que je vive , et change ma tristesse
En plaisir gracieux :
Change ma mort en immortelle vie, Et fais , mon cœur , que mon ame ravie
S'envole entre les Dieux.
Fais que je vive , et fais qu'à la même heure, Baissant les yeux , entre tes hras je meure 9
Languissant doucement :
Puis , qu'aussitôt doucement je revive, Pour amortir la flamme ardente et vive
Qui me va consumant.
Ne me défens ni le sein ni la houche , Permets,mon cœur,qu à mon gré j e les toucher
Et baise incessamment , Et ces beaux yeux où l'Amour se retire : Car tu n'as rien qui tien se puisse dire ,
Ni moi pareillement,
Embrasse-moi d'une longue embrassée ; Ma bouche soit de la tienne pressée , Suçant également
De nos amonrs les faveurs plus mignardes , Et qu'en ces jeux nos langues frétilla *?des S'étreignent mollement.
Au paradis de tes lèvres décloses ,
Je vais cueillant de mille et mille roses
Le miel délicieux; Mon cœur s'y paît , sans qu'il se rassasie , De la douceur d'une sainte ambroisie ,
Passant celle des Cieux.
Ce ne sont point des baisers , ma mignonne , Ce ne sont point des baisers que tu donne ,
C'est un miel savoureux , C'est un doux air embaumé de fleurettes , Ou, comme oiseaux , volent les amourettes ,
Les plaisirs et les jeux.
Parmi les fleurs de ta bouche vermeille , Amour oiseau , vole comme une abeille ,
Amour plein de rigueur ; Il est jaloux des douceurs de ta bouche: Car aussitôt qu'à tes lèvres je touche ,
Il me perce le cœur.
VILLANELLi;.
Rosette , pour un peu d'absence Votre cœur vous avez changé , Et moi sachant cette inconstance ,
64 PHILIPPE DESPOItTES.
Le mien autre part j 'ai rangé :
Jamais plus beauté si légère Sur moi tant de pouvoir n'aura.
Nous verrons , volage bergère , Qui premier s'en repentira.
Tandis qu'en pleurs j e me consume
Maudissant cet éloignement ,
Vous , qui n'aimez que par coutume ,
Caressiez un nouvel amant.
Jamais légère girouette
Au vent sitôt ne se vira :
Nous verrons , bergère Rosette ,
Qui premier s'en repentira.
Où sont tant de promesses saintes, Tant de pleurs versés en partant?
Est-il vrai que ces tristes plaintes Sortissent d'un cœur inconstant?
Dieux que vous êtes mensongère !
Maudit soit qui plus vous croira !
Nous verrons , volage bergère , Qui premier s'en repentira.
Celui qui a gagné ma place Ne vous peut tant aimer que moi :
Et celle que j 'aime vous passe De beauté , d'amour et de foi.
Gardez bien votre amitié neuve ,
La mienne plus ne variera;
Et puis nous verrons à l'épreuve
Qui premier s'en repentira.