JEAN BERTAUT
PAIOPÉE.
J'en verrais le mal vainement , N'y pouvant donner nul remède.
DAMON
Mais vous en avez le pouvoir , Si ma peine en est susceptible.
r ANOPÉE.
Ce que me défend mon devoir , Je me le répute impossible.
DAMON
Ah ! fière et cruelle beauté , Qu'inhumaine est votre rudesse î
p ANOPÉE.
Ce que vous nommez cruauté , D'autres l'appelleront sagesse.
D AMON
Est-on sage pour maltraiter L'amour d'un fîdelle courage?
PASOPÉE.
Est-on cruel pour éviter
Le péril de faire un naufrage.
DAMON
Votre beauté vous garantit Du sort d'Ariane abusée.
P ANOPEE.
Votre jeunesse m'avertit De l'inconstance de Thésée*
CHANSON
Celui seul qui méprise Les appas amoureux , Et garde sa franchise , Est sage et bienheureux :
Et tout ainsi Que d'amour il n'espère Ni grâce ni salaire , Il n'en craint rien aussi.
Il se moque des larmes Des amants insensés ; Il se rit des alarmes Dont ils sont traversés :
Et dans la mer , Sous l'effort de l'orage , Il les voit du rivage Eux-mêmes s'abymer.
Le désir n'est que peine , L'attente que tourment :
La jouissance est pleine De peur d'un changement.
Pensez quel heur Suit la vie amoureuse , Puisque la plus heureuse Est fertile en douleur.
8$ JEA-N BERTAUT.
Non , jamais plus , j*en jure , Mon cœur n'aura de feu :
Bienheureux si je dure En F effet de ce vœu.
Mais , malheureux , De bien loin je menace, Et crains que je ne fasse Un serment d'amoureux !