CHANT D'AMOUR
Puis que je suis épris d'une beauté divine J Puis qu'un amour céleste est roi de ma poitrine, Puisque rien de mortel je ne veux plus sonner , Il faut à ma Diane ériger ce trophée , Et faut qu'à ce grand dieu,quiin'ai'ame échauffée, Je consacre les vers que je veux entonner.
C'est un grand dieu qu'Amour , il n'a point de
semblable , De lui-même parfait , à lui-même admirable , Sage, bon, connoissant, et le premier des dieux ; Sa puissance invincible en tous lieux est connue : Son feu prompt et subtil, qui transperce la nue, Brûle enfer, la marine, et la terre et les cieux.
Durant le grand débat de la masse première, Que l'air, la mer, la terre, et la belle lumière Mêlés confusément faisoient un pesant corps : Amour qui fut marri de leur longue querelle, De la matière lourde en bâtit une belle, Rangeant les éléments en paisibles accords.
C'est donc , Amour , par toi que les bois reverdissent , C'estpar toi que les blés es campagnes jaunissent, C'est par toi que les prés se bigarrent de fleurs ; Par toi le doux printemps suivi de la jeunesse , De Flore et de Zéphire , étale sa richesse ,
Peinte diversement de cent mille couleurs.
Tout rit par où tu passe, et ta vue amoureuse Qui brûle doucement, rend toute chose heureuse: La Grâce quand tu marche est toujours au devant, La Volupté mignarde en chantant t'environne , Et le Soin dévorant qui les hommes talonne , Quand il te sent venir s'enfuit comme le vent.
Par toi le laboureur en sa loge champêtre , Par toi le pastoureau menant ses brebis paître, Se plaît en sa fortune et bénit ton pouvoir : Et d'une vilanelle en chantant il essaie D'amollir Galatée , et de guérir sa plaie , Modérant la chaleur qui le fait émouvoir.
Les rois par ta douceur tout remplis d'allégresse, Donnent quelquefois trêve au souci qui les presse: Des graves magistrats les pensers tu défais ; Tu te prends, courageux, aux plus rudes gendarmes , Et souvent au milieu des combats et des armes Tu chasses la querelle et nous donnes la paix.
Tu délectes les bons , tu contentes les sages , Tu bannis les frayeurs des plus lâches courages : Rendant l'homme craintif, hautain et généreux, Tu es le seul auteur de toute courtoisie ; Et sans toi ne peut rien la douce poésie , Car un parfait poëte est toujours amoureux.
l f\ r in I, J P P R DES PORTES.
SO NN ET
I J in ■ jour l'aveugle Amour, ©iane et m;» maîtresse, Ne pouvam s'accorder de leur dextérité , S'essayèrent de l'arc vers mi but Limité, Et mire ni pour le prix leur plus belle richesse.
Amour gagea son arc , et la chaste déesse
Qui commande aux forêts, sa divine beauté:
IVhi maîtresse gagea sa père pruauté
Qui me fait consommer éa mortelle tristesse.
Las! ma dame gagna , remportant pourguerdon La beauté de Diane et L arc de Cùpidon ,
El la dure impitié dont son aine es! couve rie. Pour essayer ses traits elle a percé mon CGÇUr,
Sa beauté m, éblouit , je meurs par sa rigueur; Ainsi sur moi chétif tombe toute la perte.
CHANSON
C K i) \ qUÎ peignent Amour sans yeux N'ont pas bien sa force connue :
.1 1 voit plus clair (pf aucun des Dieux , Las! j ai trop essayé sa vue.
Hélas ! a-i-il mauvais regard ?
[De cent mille traits qu'il m'adresse,
Il ne me Trappe en nulle part
Qu'au cœur , où toujours il me blesse
AMOURS DE T)IAJÎ(E. Il}
II a donc des yeux et voit bien , A quelque but qu'il veuille atteindre ; Mais il est sourd et n'entend rien ; On a beau soupirer et plaindre.
Que me faut -il donc espérer , Suivant ce Dieu plein de furie ?
Il voit bien pour me martyrer , Et n'entend rien , quand je le prie.
SONNET
Elle pleuroit , toute pâle de crainte , Lorsque la mort sa moitié menaçoit , Et tellement l'air de cris remplissoit , Que la mort même à pleurer eut contrainte.
Hélas , mon Dieu , que sa grâce étoit sainte ! Que beau son teint qui les lis elïaçoit! Le trait d amour cependant me blessoit, Et dans mon ame engravoit sa complainte.
L'Air en pleurant sa douleur témoigna ,