‹ Œuvres choises de Desportes, Bertaut (volume 2)Chapitre 51 sur 66 · SUR LE MEME SUJET · texte numérisé non relu

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aujt comme j'aimois, que ne devois-je craindre ?

Pouvois-je être assuré qu'elle se dût contraindre,

Et que, changeant d'humeur au vent qui l'emportoit ,

Elle eût pour moi cessé d'être ce qu'elle étoit ;

Que, laissant d'être femme, inconstante et légère,

2 74 MATHURIJC REGNIER.

Son cœur, traître à l'amour, et sa foi mensongère, Se rendant en un lieu l'esprit plus arrêté , Pût , au lieu de mensonge , aimer la vérité ?

Non,jecroyois tout d'elle, il faut que je le die ; Et tout m'étoit suspect hormis la perfidie. Je craignois tous ses traits que j'ai su du depuis , Ses jours de mal de tète , et ses secrètes nuits , Quand , se disant malade et de fièvre enflammée, Pour moi tant seulement sa porte étoit fermée. Je craignois ses attraits, ses ris, et ses courroux ; Et tout ce dont Amour alarme les jaloux.

Mais la voyant jurer avec tant d'assurance , Je l'avoue , il est vrai , j'étois sans défiance. Aussi, qui pourroit croire, après tant de serments, De larmes , de soupirs , de propos véhéments , Dont eile me juroit que jamais de sa vie Elle ne permettroit d'un autre être servie ; Qu' elle aimoit trop ma peine, et qu'en ayant pitié, Je m'en de vois promettre une ferme amitié ; Seulement, pour tromper le jaloux populaire , Que j e devoi s, constant, en mes douleurs me taire, Me feindre toujours libre, ou bien me captiver ; Et, quelque autre perdant, seule la conserver ?

Cependant , devant Dieu , dont elle a tant de crainte , Au moins comme elle dit, sa parole étoit feinte ; Et le ciel lui servit , en cette trahison , D'infidèle moyen pour tromper ma raison.

Et puis il est des dieux témoins de nos paroies ï

Non, non, il n'en est point: ce sont contes frivoles

Dont se repaît le peuple , et dont l'antiquité

Se servit pour tromper notre imbécillité.

S'il y avoit des dieux , ils se vengeraient d'elle ,

Et ne la verroit-on si fière ni si belle ;

Ses veux s'obscurciraient, qu elleatantparjurés;

Son teint serait moins clair, ses cheveux moins

dorés ; Et le ciel, pour l'induire à quelque pénitence , Marquerait sur son front son crime et leur ven-

geance,

Ou s'il y a des dieux , ils ont le cœur de chair ; Ainsi que nous d'amour ils se laissent toucher ; Et de ce sexe ingrat excusant la malice , Pour une belle femme ils n'ont point de justice.

ELEGIE(i).

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