PRIÈRE AU SOMMEIL
S o:\i3iE , doux repos de nos yeux , L'aimé des hommes et des Dieux , Fils de la nuit et du silence , Qui peux les esprits délier, Qui fais les soucis oublier , Endormant toute violence !
Approche , ô Sommeil désiré !
Las ! c'est trop long-- temps demeuré ;
La nuit est à demi-passée ,
Et je suis encore attendant
Que tu chasses le Soin mordant .
Hôte importun de ma pensée.
Si tu peux nous représenter Le bien qui nous peut contenter , Séparé de longue distance , O Somme doux et gracieux , Représente encore à mes yeux Celle dont je pleure l'absence !
Mais las ! je te vais appelant, Tandis la Nuit en s' envolant Fait place k l'Aurore vermeille: Amour, ô tyran de mon cœur, C'est toi seul qui , par ta rigueur, Empêches que je ne sommeille !
l/\ PHILIPPE DESPOllTES,
SONNET
Si je me sieds à'I'ombre, aussi soudainement Amour, laissant son arc, s'assied et se repose ; Si je pense à des vers , je le vois qui compose ; Si je plains mes douleurs, il se plaint hautement.
Si je me plais au mal, il accroît mon tourment ; Si je répands des pleurs, son visage il arrose ; Si je montre la plaie en ma poitrine enclose , Il défait son bandeau, l'essuyant doucement.
Si je vais par les bois, aux bois il m'aecompagne: Si je me suis cruel, dans mon sang il se bagne ; Si je vais à la guerre, il devient mon soudai t ;
Si je passe la mer, il conduit ma nacelle : Bref, jamais l'inhumain de moi ne se départ , Pour rendre mon amour et ma peine éternelle.