ACTE I, SCÈNE H. 3o
GÉBONTE.
Ah ! te voilà toujours. Od ne sait pas pourquoi 11 te déplaît si fort.
LISETTE
Oh ! je le sais bien , moi.
Ma maîtresse autrefois me traitoit à merveille , Et ne peut me souf&ir depuis qu'il la conseille. Il croit que de ses tours je ne soupçonne rien; Je ne suis point ingrate, et je lui rendrai bien... Je vous l'ai déjà dit, vous n'en voulez rien croire, C'est l'esprit le plus faux , et l'ame la plus noire; Et je De vois que trop que ce qu'on m'çn a dit...
GÉAONTE.
Toujours la calomnie en veut aux gens d'esjmt. Quoi donc ! pa- cequ'il sait saisir le ridicule , Et qu'il dit tout le mal qu'un flatteur dissimule , On le prétend méchant! c'est qu'il est naturel ; Au fond, c'est un bon cœur, un homme essentiel.
LISETTE
Mais je ne parle pas seulement de son style.
S'il n'avoit de mauvais que le fiel qu'il distille , Ce serait peu de chose , et tous les médisants Ne nuisent pas beaucoup chez les honnêtes genSv Je parle de ce goût de troubler, de détruire, Du talmt de brouiller, et du plaisir de nuire : Semer l'aigreur, la haine , et la division , Faire du mal enfin , voilà votre Gléon ; Voilà le bean portrak qu'(»> m'a fiiit de son ame
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3o4 LE MÉCHANT.
Dans le dernier voyage où j'ai suivi madame :
Dbds votre terre ici fixé depuis long-tenps ,
Vous ignorez Paris et ce c[u'on dit des gens.
Moi , le voyant là-bas s'établir chez Florise ,
Et lui trouvant un ton suspect à ma franchise,
Je m'infi>rmai de l'bomme , «t ce qu'on m'en a dit
Est le tableau parfait du plus méchant esprit ;
C'est un enchaînement de tours , d'horreura secrètes ,
De gens qu'il a brouillés , de noirceurs qu'il a feites ;
Enfin, un caractère efi&oyable, odieux.
6ÉHOMTE.
Fables que tout cela , propos des envieux.
Je le connois , je l'aime, et je lui rends justice.
Chez moi , j'aime qu'on rie, et qu'on me divertisse i
Il y réussit mieux que tout ce que je voi.
D'ailleurs , il est toujours de même avis que moi ;
Preuve que nos esprits étoient bits l'un pour Tautre,
Et qu'une sympathie , un goût comme le utftn ,
Sont pour durer toujours ; et puis , j 'aime ma sœur.
Et quiconque lui plaît, convient à mon humeur :
Elle n'amène ici que bonne ctHupagnie;
Et, grâce à ses amis,jamais je ne m'ennuie.
Quoi 1 si Cléon étoit un homme décrié ,
L'auroi»je ici reçu? rauroit-elle prié ?
Mais quand il seroit tel qu'on te l'a voulu peindre.
Faux, dangereux, méchant, moi, qu'eu auroifrj'eàcraindre?
Isolé dans nos bois , loin des sociétés ,
Que me font les discours et les méchancetés ?
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