‹ Œuvres choises de Desportes, BertautChapitre 11 sur 193 · ET POÉSIES DIVERSES · texte numérisé non relu

ET POÉSIES DIVERSES

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ÉPITRES

LA CHARTREUSE

Pourquoi de tua sage indolence

Interrompez-vous Theureux cours?

Soit raison , soit indifférencié ,

Dans une douce négligence,

Et loin des muses pour toujours,

J'allois racheter en silence

La perte de mes premiers jours;

Transfuge des routes ingrates

De l'infructueux Hélicon ,

Dans les retraites des Socrates

J'allois jouir de ma raison ,

Et m'arracher, malgré moi-même,

Aux délicieuses erreurs

De cet art brillant et suprême

Qui, malgré ses attraits flatteurs,

Toujours peu sur et peu tranquille.

Fait de ses plus chers amateurs

L'objet de la haine imbécile

Des pédants , des prudes, des sots.

Et la victime des cagots :

LA CHARTREUSE

Mais votre épltie eachaDteresse, Pour moi trop prodigue d'encens.

Des douces vapeurs du Permesse Vient encore enivrer mes sens.

Vainement j'abjurois la rime , L'haleine légère des vents Emportoit mes foibles serments.

Âminte , votre goût ranime Mes accords et ma liberté; Entre Uranie et Terpsichore Je reviens m'amuser encore Au Pinde quej'avms quitté:

Tel , par sa pente naturelle , Par une erreur toujours uouvdle.

Quoiqu'il semble ckanger son cours , Autour de la flamme infidèle Le papillon revi^it tonjours.

Vous voulez qu'en mnes légères Je vous oftre des traits sincères Du gite où je suis traq&planté.

Mais comment &ire, en vérité?

Entouré d'objets déplorables, Pourraî-je de couleurs aimables Égayer le snnhre. tableau De mon domicile' mmveau?

Y répandrai-je ceoe aisance, Ces sentUnenu , ces traits diserts, Et cette molle négligence

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Qui , mieux que l'exacte cadence , Embellit les aimables vers?

Je ne suis plus dans ces bocage»

Où , plein de Hantes images , J'aimai souvent à m égarer ; Je n'ai plus ces fleurs , ces ombrages , Ni vous-m^ue pour m'inspirer.

Quand, arraché de vos nvages Par un destin trop rigoureux , J'entrai dans ces manoirs sauvages.

Dieux ! quel contraste douloureux !

Au premier aspect de ces lieux , Pénétré d'une horreur secrète, Mon cceur, subitement flétri , Dans une surprise muette Resta long-temps enseveU.

Quoiqu'ilensoit, je vis encore; Et, malgré vingt sujets divers De regrets et de tristes airs , Ne craignez point que je déplore Mon infortune dans ces vers.

De l'assoupissante élégie Je méprise trop les fadeurs ; Phébus me plonge en léthargie Dès qu'il fredonne des lanceurs; Je cesse d'estimer Ovide Quand il vient sur de fbibles tcms Me chanter, pleureur insipide,

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LA CHARTREUSE

De longues lamenlatioas :

Uo esprit mâle et vraiment sage, Dans le plus invincible ennui, Dédaignant le triste avantage De se &ire plaindre d'autrui , Dans une égalité hardie Foule aux pieds la terre et le sort, Et joint au mépris de la vie Un égal mépris de la mort; Mais sans cette âpreté stoîque, Vainqueur du chagrin léthat^que, Par un heureux tour de penser.

Je sais me faire un jeu comique Des peines que je vais tracer.

Ainsi l'aimtible poésie , Qui dans le reste de la vie Porte assez peu d'utilité, De l'objet le moins agréable Vient adoudr l'austérité, Et nous sauve au moins par la Ëible Des ennuis de la vérité.

C'est par cette vertu magique Du télescope poétique Que je retrouve encore les ris I^ns la lucarne infortunée Où la bizarre destinée Vient de m'enterrer à Paris.

Sur cette montagne empestée

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Où la foule toujours crottée De prestolets provinciaux Trotte sans cause et sans repos Vers ces demeures odieuses Où r^nent les longs arguments Et les harangues ennuyeuses , Loin du séjour des agrém^its; Enfin, pour fixer votre vue, Dans cette pédanteâque rue Où ti^nte taquins d'imprimeurs.

Avec un air de conséquence, Donnent froidement audience A cent faméliques auteurs , Il est un édifice immense Où dans un loisir studieux Les doctes arts forment l'enfence Des fils des héros et des dieux :

Là , du toit d'un cinquième étage Qui domine avec avantage Tout le climat grammairien, S'élève un antre aérien , Un astrologique ennitage, Qui parolt mieux , dans le lointain , Le nid de quelque oiseau sauvage Que la retraite d'un humain.

Cest pourtant de cette guérite, Cest de ce céleste tomheau , Que votre ami, nouveau styUte,

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LA CHARTREUSE

A la lueur d'uo noir flambeau, Peuché sur un Ut sans rideau.

Dans un déshabillé d'erniite, Vous griffonne aujourd'hui sans brd, Et peut-être sans trop de suite.

Ces vers enfilés au hasard :

Et tandis que pour vous je veille Long-temps avant l'aube vermeille, Empaqueté comme un Lapon , Cinquante rats à mon oreille Ronflent encore en Ëiux-bourden.

Si ma chambre est ronde ou carrée, Cest ce que je ne dirai pas; Tout ce que j'en sais , sans compas , C'est que, depuis l'oblique entrée.

Dans cette cage resserrée On peut former jusqu'à six pas ; Une lucarne mal vitrée , Près d'une gouttière livrée A d'interminables sabbats, Où l'université des chats, A minuit, en robe fourrée, Vient tenir ses bruyants états ; Une table nù-démembrée.

Près du plus humble des grabats; Six brins de paille délabrée.

Tressés sur deux vieux écbalas:

Voilà les meuUes délicats

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Dont ma diartretue est décorée , £t que les frères de.Borée Bouleversent avec frafiBS, .

Lorsque aur ma niche éthérée Ils préludent aux fiers condbals Qu'ils vont livrer sur vos climats.

Ou quand leur troupe conjurée Y vient préparer ces Irimas Qui versent sur chaque contrée Les catarrhes et le trépas.

Je n outre rien; telle est ea somme La demeure où je vis es paix, Concitoyen du peuple gnonae, Des sylphides et des follets:

Telles on nous peint les uutères Où gisent, ainsi qu'au tbtuheau, Les pythonisses , les sorcières , Dans le dtmjon d'un vieux château; Ou tel est le sublime siège D'où flanqué des trente-deux vents , L'auteur de IJahnanach de Liège Loi^e l'histoire du beau temps, Et fabrique avec privilège Ses astronomiques romans.

Sur ce portrait ahominaUe On penseroit qu'en lieu pareil Il n'est point d'instant délectable Que dans les heures du sommeil.

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56 LA CHARTREUSE

Pour moi, qui d'un poids équitable Ai pesé des foibles mortels Et les biens et les maux réels , (^ sais qu'un bonheur véritable Ne dépendit jamais des lieux , a Que le palais le plus pompeux Souvent renferme un misérable.

Et qu'un désert peut être aimable Pour quiconque sait être heureux j De ce Caucase inhabitable Je me tais l'Olympe des dieux; Là , dans la liberté suprême , Semant de fleurs tous mes instants , Dans l'empire de l'hiver même Je trouve les jours du printemps.

Calme heureux! loisir soUtaire!

Quand on jouit de ta douceur, Quel antre n'a pas de quoi plaire?

Quelle caverne est étrangère Lorsqu'on y trouve le bonheur ; Lorsqu'on y vit sans spectateur Dans le silence littéraire,- Loin de tout importun jaseur, Loin des froids discours du vulgaire.

Et des hauts tons de la grandeur; Loin de ces troupes doucereuses Ob d'insipides précieuses , Et de petits fets ignorants,

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ÉPÏTRE I.

Viennent, cooduits par la FoUe , S'ennuyer en cérémonie , Et s'endormir en compUments; Loin de ces plates coteries Où l'on voit souvent réunies L'ignorance eo petit manteau, La bigoterie en lunettes, La minauderie en cornettes , Et la réforme en grand chapeau ; Loin de ce médisant mbme Qui de l'imposture et du blâme Est l'impur et bruyant écho ; Loin de ces sots atrabilaires Qui , cousus de petits mystères , Ne nous parlent <^a incognito; Loin de ces ignobles Zoîles , De ces enfileurs de dactyles , Coiffés de phrases imbéciles Et de classiques préjugés , Et qui, de l'enveloppe épaisse Des pédants de Rome et de Grèce N'étant point encor dégagés , Portent leur petite sentence Sur ta rime et sur les auteurs Avec autant de connoissance Qu'un aveugle en a des couleurs ; Loin de ceâ voix acariâtres Qui , dogmatisant sur des riens ,

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LA CHARTREUSE

Apportent dans les entretiens Le bruit des bancs opiniâtres , Et la profonde déraison De ces disputes soldatesques Où l'on s'iDSulte à Tunisson Pour des misères pédantesqnes , Qui sont bien moins }a vérité Que les rêves creux et burlesques De la crédule antiquité; Loin de la gravité chinoise De ce vieux druide empesé Qui, sous un air symétrisé,' Parle à trois temps , rit à la toise , Regarde d'un <ml apprêté , Et m'ennuie avec dignité; Loin de tous ces iàux cénobites Qui, voués encortout entiers Aux vanités qu'ils ont proscrites, Errant de quartiers en quartiers , Vont, dans d'équivoques visites.

Porter leurs feces parasites , Et le dégoût de leiu^ moutÎOTS ; Loin de ces faussets du Pâmasse , Qui , pour avMr ^api paribis Quelque épitb^ame à la ^ace Dans un petit monde bourgeois , Ne causent plus qu'en folles rimes , Ne vous pu4ent que d'Apcdto» ■

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De Pégase, et deCupidon, Et telles tadeurs synonymea , IgnoraDt que ce vieux jargon.

Relégué dans Tombre des classes , N'est plus aujourd'hui de saison Chez la brillante âcdmi , Que les tendres lyres des Gtaces Se montent sur un autre ton , Et qu'enfin, de ta foule obscure Qui rampe au marais d'Hélicon , Pour sauver ses vers et son nom , Il Ëtut être sans imposture L'interprète de la nature, Et le p^tre de la raison ; Loin enSn , loin de la présence De ces tioiides discoureurs Qui , non guéris de l'ignorasce Dont on a pétri lem- en&nce , Restent noyée dans mille «reurs.

Et damnent toute ame sensée Qui, loin de la nHite tracée Cherchant la p^'suasion , Ose soustraire sa pensée A l'aveugle prévmtion ?

A ces traits je pourrois, Aaointe , Ajouter encor d'autres mœurs ; Mais sur cette lég^>e empreinte D'un peuple d'^uuyeux causeurs.

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LA CHARTREUSE

Dont j'ai nuancé les couleurs, Jugez si toute solitude Qui nous sauve de leurs vains bruits K'est point l'asile et le pourpris De l'entière béatitude?

Que dis-jel est-on seul, après tout, Lorsque, touché des plaisirs sages, On s'entretient dans les ouvrages Des dieux de la lyre et du goût?

Par une illusion charmante.

Que produit la verve brillante De ces chantres ingénieux.

Eux-mêmes s'oflrent à mes yeux , Non sous ces vêtements fimébres , Non sous ces dehors odieux Qu'apportent du sein des ténèbres Les foulâmes des malheureux , Quand, vengeurs des crimes célèbres.

Ils montent aux terrestres lieux, Mais sous cette parure aisée, Sous ces lauriers vainqueurs du sort.

Que les citoyens d'Elysée Sauvent du souffle de la mort.

Tantôt de l'azur d'un nuage Plus brillant que les .plus beaux jours Je vois sortir l'ombre volage D'Anacréon , ce tendre sage , IjC Nestor du galant rivage.

Le patriarche des Amours.

Épris de son doux badinage, Horace accourt à ses acceuts, Horace , l'ami du faon sens , Philosophe sans verbiage.

Et poète sans fade encens.

Autour de ces ombres aimables, Couronnés de roses durables , Chapelle, Chaulieu, Pavillon, Et la n^ve Deshoulières, Viennent unir leurs vmx légères, Et font badiner la raison ; Tandis que le Tasse et Hilton, Pour eux des trompettes guerrières Adoucissent le double ton.

Tantôt à ce folâtre groupe Je vois succéder une troupe De morts un peu plus sérieux , Mais non moins charmants à mes yeux :

Je vois Saint-Réal et Montagne Entre Séoégue et Lucien :

Saint-Évremond tes accompagne; Sur la recherche du vrai bien Je le vois porter la lumière; La Rochefoucauld , La Bruyère , Viennent embellir l'entretien.

Bornant au doux fruit de leurs plumes Ma bibliothèque et mes vœux ,

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LA CHARTREUSE

Je laisse aux savantas poudreux Ce vaste chaos de volumes Dont rerreur et les sots divers Ont infatué l'univers , Et qui , sous le nom de sdeuce , Semés et reproduits par-tout, Immortalisent l'ignorance , Les mensonges , et le iaux goût.

C'est ainsi que, par la présence De ces morts vainqueurs des destins , On se console de l'absence, De l'oubli même des humains.

A l'abri de leurs noirs orages , Sur la cime de mon rocher.

Je vois à mes pieds les naufrages Qu'ils vont imprudemment chercher.

Pourquoi dans leur foule importune Voudriest-vous me rétablir?

Leur estime ni leur fortune Ne me causent point un désir.

Pourrois-je, en proie aux soins vulgaires.

Dans la commune illusion , Offusquer mes propres lumières Du bandeau de l'opinion?

Irois-je, adulateur sordide, Encenser un sot dans l'éclat.

Amuser un Crésus stupide, Et monseignenmer un &t;

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Sur des espérances fnvolea Adorer avec lâcheté Ces chimériques feriboles De grandeur et de dignité; Et, vil client de la fierté, A de méprisables idoles Prostituer la vérité?

Irois-je, par d'indignes brignes, Itfouvrir des palais festueux.

Languir dans de fôUes fatigues , Ramper à replis tortueux Dans de puériles intrigues , Sans oser être vertueux? De la sublime poésie Profenant l'aimable harmonie, Irois-je , par de vain» accents , Chatouiller l'oreille engourdie De cent ignares importants , Dont l'ame massive, assou^e Dans des organes inqiuissants.

Ou livrée aux fougues des sens , Ignore les dons du génie.

Et les plaisirs des sentiments?

Irois-je pédir sur la rime Dans un siècle insensible aux arts , Et de ce rien qu'on nomme estime Af&onter les nombreux hasards?

Et d'ailleurs, quand la poésie.

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LA CHARTREUSE

Sortant de la nuit du tombeau , Reprendroit le sceptre et la vie Sous quelque Richebeu nouveau , Pourroi»-je au char de l'immortelle M'enchalner encor plus long-temps?

Quand j'aurai passé mon printemps Pourrai-je vivre encor pour elle?

Car enfin au lyrique essor, Fait pour nos bouillantes années , Dans de plus sobdes journées Voudrois-je me livrer encor?

Persuadé que l'harmonie Ne verse ses heureux présents Que sur le matin de ta vie.

Et que, sans va peu de fbhe, On ne rime plus à trente ans ; Suivrois-je un jour à pas pesants Ces vieilles muses douairières, Ces mères septuagénaires Du madrigal et des sonnets , Qui, n'ayant été que poètes, Rimaillent encore en lunettes , Et meurent au brujt des sifflets?

Égaré dans le noir dédale Où le fantôme de Thémis , Couché sur la pourpre et les lis , Penche la balance inégale.

Et tire d'une urne vénale

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Des arrêts dictés par Cypris; Irois-je, orateur mercenaire Du faux et de la vérité , Chargé d'une haine étrangère , Vendre aux i^erelles du vulgaire Ma voix et ma trauquiUité , Et dans l'aotre de la .chicane, Aux lois d'im tribunal profane Pliant la loi de l'Immortel , Par une éloquence anglicane Saper et le troue et l'autel?

Aux sentiments de la nature.

Aux plaisirs de la vérité.

Préférant le goût frelaté Des plaisirs que Ëiit l'imposture ^ Ou qu'invente la vanité, Voudrois-je partager ma vie, Entre les jeux de la folie Et l'ennui de l'oisiveté , Et trouver la mélancolie Dans le sein de la volupté?

Non , non ; avant que je m'enchaîne Dans aucun de ces vils partis Vos rivages verront la Seine Revenir aux heux d'où j'écris.

Des mortels j'ai vu les chimères; Sur leurs fortunes mensoDgères J'ai vu régner la fbUe erreur;

66 LA CHARTREUSE

J'ai vu mille peines cruelles Sous un vain masque de bonheur, Mille petitesses réelles Sous une écorce de grandeur, Mille lâchetés infidèles Sous un coloris de candeur; Et j'ai dit au fond de mon cceur :

Heureux qui dans la paix secrète D'une libre et sûre retraite Vit ignoré , content de peu , Et qui ne se voit point sans cesse Jouet de l'aveugle déesse , Ou dupe de l'aveugle dieu !

A la sombre misanthropie Je ne dois point ces sentiments :

D'une fausse philosophie Je hais les vains raisonnements; Et jamais la bigoterie Ne décida mes jugements.

Une indifférence suprême , Voilà mon principe et ma loi ; Tout heu , tout destin , tout système , Par là devient égal pour moi.

Où je vois naître la joiu'née, Là, content, j'en attends la fin, Prêt à partir le lendemain , Si l'ordre de la destinée Vient m'ouvrir un nouveau ch^nin.

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Sans opposer un goût rebelle A ce domaine souverain , Je me suis &it du sort humain Une peinture trop âdéle; Souvent dans les champêtres lieux Ce portrait frappera vos yeux.

En promenant vos rêveries Dans le silence des prairies , Vous voyez un foihle rameau Qui , par les jeux du vague Éole, Enlevé de quelque arbrisseau , Quitte sa tige, tombe, vole Sur la siu&ce d'un ruisseau; Là , par une invincible pente , Forcé d'eirer et de changer, U flotte au gré de l'onde errante Et d'un mouvement étranger; Souvent il parott, i! surnage.

Souvent il est au fond des eaux; Il rencontre sur son passage Tous les jours des pays nouveaux , Tantôt un fertile rivage Bordé de coteaux fortunés , Tantôt une rive sauvage.

Et des déserts abandonnés :

Parmi ces erreurs continues Il fuit, il vogue jusqu'au jour Qui l'ensevelit à son tour

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LA CHARTREUSE

Au sein de ces mers incooDues Où tout s'abyme saos retour.

Mais qu'ai-je Ëiit? Pardoa, Ajoûnt^, Si je viens de moraliser; Dans une lettre san^ contrainte Je ne prétendois i^ue causer- Où sont, hélas! ces douces heures Où, dans vos aimables demeures, Partageant vos discotu^s charmants , Je partageois vos sentiments ?

Dans ces solitudes riantes Quand me verrai-je de retour?

Ck>urez , voles; , heures trop lentes Qui retardez cet heureux jour !

Oui , dès que les deùrs aimables .

Joints aux souveoirs délectables , M'emportent vers ce doux séjour^ Paris n'a plus rien qui me pique.

Dans ce jardin si magnifique , Embelli par la main des rois , Je regrette ce bois rustique Où l'écho répétoit nps voix.

Sur ces rives tumultueuses Où les passions fostueuses Font régner le luxe et le bruit.

Jusque dans l'ombre de la nuit, Je regrette ce tendre asile Où sous des feuillages secrets

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Le Sommeil repose tranquille Dans les bras de l'aimable Paix.

A l'aspect de ces eanx captives Qu'en mille foimes fugitives L'art sait enchaitier dans les airs , Je regrette cette dnde pure Qui , bbre dans les antres verts , Suit la pente de la nature, Et ne connolt point d'autres f^^, En admirant la mélodie .

De ces voix , de ces sbits parfaits , Où le goût brillant d'AUsOrtie Se mêle aux agréitlebts françois , Je regrette les chansonnettes Et le son des sithples musettes Dont retentisseat les ccMeaux , Quand vos bergèt«ë ibrtunées , Sur les soirs des- betlee jourliées , Ramènent gaiement lenrs troupeaux .

Dans ces palais où la tttollesse , Peinte par les mains de l'Amour Sur une toile enchanteresse , Offre les fastes de sa cour, Je regrette ceS jeunes hêtres Où ma muse plus d'une fois Grava les loubnges champétteS Des divinités de voè btrië. ' Parmi la foule tlr^ habile

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LA CHARTHEUSE.

Des beaux diseurs du nouveau style ,

Qui , par de bizarres détours ,

Quittant le ton de la nature,

Répandent sur tous leurs discours

L'académique enluminure

Et le vernis des nouveaux tours ,

Je regrette la bonhomie ,

L'air loyal , l'esprit non pointu ,

Et le patois tout ingénu

Du curé de la seigneurie.

Qui, n'usant point sa belle vie

Sur des écrits laborieux ,

Parle ccMnme nos bons aïeux ,

Et donneroit , je le parie.

L'histoire, les héros, les dieux,

Et toute la mythologie,

Pour un quatlaut dé Condrieux.

Ainsi de mes plaisirs d'automne Je me remets l'enchantement; Et, de la tardive Pomone Rappelant le règne charmant, Je me redis incessamment :

Dans ces solitudes riantes Quand me verrai-je de retour?

CoTu^z , volez , heures trop lentes Qui retardez cet heureux jour.

Claire fontaine , aimable Isore , Rive où les Grâces font éctore

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ÉPITBE I.

Des fleurs et des jeux étemels, Près de ta source , avant l'aurore , Quand reviendrai>je boire encore L'oubli des soins et des mortels?

Dans cette gracieuse attente, Anunte, l'amibe constante Entretenant nun souvenir, Elle endort ma peine présente Dans les songes de l'avenir.

Lorsque le dieu de la lumière.

Échappé des feux du lion , Du dieu que couronne le lierre Ouvrira l'aimable saison , J'en jure le pèlerinage :

Envolé de mon ermitage , Je vous apparoltrai soudain Dans ce pjrc d'éternel ombrage, Où souvent vous rêvez en sage , Les lettres d'Usbeck à la main; Ou bien dans ce vallon fertile Où , cherchant un secret asile , Et trouvant des périls nouveaux, La perdrix, en vain fugitive, Bappelle sa troupe craintive Que nous chassons sur tes coteaux.

Vous me verrez toujours le même , Mortel sans soin, ami sans ferd.

Pensant par goût, rimant sans art.

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LA CHARTREUSE

Et vivant dans uo «alae extrême Au gré do temps et da hasard.

Là, dans de charmantes parties.

D'humeurs liantes assorties, PorUnt des esprits dégagés De soucis et de préjugés , Et retranchant de notre vi« Les façons , la cérémonie , Et tout populaire lardeau , Loin de l'humaine comédie.

Et comme en un monde nouveau , Dans une charmante pratique Nous réaliserons enfin Cette petite république Si long-temps projetée en vain."

Une divinité commode, L'Amitié, sans bruit, sans éclat, ' Fondera ce nouvel état; La Franchise eu fera le code; Les Jeux en seront te sénat; Et sur un tribmial de roses; ' ' Siège de notre consulat, L'Enjouement jugera les causes.

On exclura de ce climat Tout ce qui^rte l'air d'étude':

La Raison, quitt^itson tau rude, Prendra le ton du sôMiment; La Vertu n'y wra point prude;

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L'Esprit n'y sera point pédant; Le Savoir n'y sera mettable Que sous les traits tle l' Agrément :

Pourvu que l'eu Sftche être aimal:^ , On y saura suffisamment :

On y proscrira l'étalage Des phrasiers , des i^éteurs bouffis :

Rien n'y prendra le »om d'«tivrsge; Mais , sous le nom de badina^ , Il sera quelquefois permis De nmer quelques chansonnettes , Et d'embellir quelques SM-nettes Du poétique coloris , En répandant avec finesse.

Une nuance de sagesse Jusque sur Bacchus et les Bis.

Par un arrêt en vaudevdles On bannira les feux plaisants , Les cagots lùdes et rampants , Les complimenteurs imbéciles , Et te peuple de froids savants.

Enfin cet heureux coin du monde N'aura pour but dans ses statuts Que de nous soustrau^ aux abus Dont ce bon univers abonde.

Toujours sur ces lieux encbanteurs Le soleil , levé sans nuages , Fournira son cours sans orages ,

LA CHARTREUSE

Et se couchera dans les fleurs.

Pour prévenir la décadence Du nouvel établissement, Nul indiscret, uul inconstant, N'entrera dans la confidence :

Ce canton veut être inconnu.

Ses channes, sa béatitude.

Pour base ayant la solitude.

S'il devient peuple, il est perdu.

Les états de la république Chaque automne s'assembleront; Et là notre regret unique , Nos uniques peines seront De ne pouvoir toute l'année Suivre cette loi fortunée De philosophiques loisirs , Jusqu'à ce moment où la Parque Emporte dans la même barque Nos jeux , nos cœurs, et nos plaisirs.

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LES OMBRES

Des régions de Sylphirie ,

iDe ce séjour aérien

Dont ma douce philosophie

Sait bannir la mélancolie

En rimant quelque aimable rien ,

Salut, santé toujours fleurie,

Solitude , et libre entretien

A la république chérie

Dont ime tendce rêverie

M'a déjà rendu citoyen.

Dans votre épltre ingénieuse Vous prétendez que le pinceau Qui vous a tracé la Ghartheuse N'en a pas fini le tableau , Et vous m'engagez à décrire D'un crayon léger et badin La carte du classique empire , Et les moeurs du peuple latin.

A la gaieté de nos maximes Pour ajuster ce grave objet, Et ne point porter dans mes rimes La sécheresse du sujet,

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•/d LES OMBRES.

Ecartons la muse empesée Qui , se guindant sur de grands mots , Préside à la prose toisée Des poètes collégiaux.

Je vous ai dépeint l'Elysée Dans le plaisir pur et par&it De mon ermitage secret :

Par un contraste assez bizarre , Dans ce nouvel amusement.

Je vais vous chanter le Ténare, Non sur un ton triste et pesant; Ennemi des muses plaintives , Jusque sur les fatales rives Je veux rimer en badinant.

Un peuple déjeunes esclaves Dans un silence rigoureux , Des pleurs , des prisons , des entraves , Du séjour vaste et ténébreux , ■ Des cœurs dévoués à la plainte, Des jours filés par les ennuis, ■ N'est-ce point la fidèle empreinte Du triste royaume des nuits?

N'en doutez pdint, ce que !« feble Nous a chanté des èonlbt'es bords , Cette peinture redolitable Du profijnd empire dés mtirt^ , C etoit l'image prtJpfaétiquè Des manoirs que j 'oflïe à vos yeux ,

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Et l'histoire trop véridiquc De leurs habitants malheureux, ÂvQc l'Érébe et sofî cwt^ge Confrontez ces antres divers.

Et dans le portrait d'un collège Vous reconnoîtrez les enfers.

Tel étoit le vrai parallèle Que dans cette dernière nuit Un songe of&oit à mon esprit :

Anûnte, je me le rappelle; Dans ce délire réfléchi Je croyois vous c<Hiduire ici; Et , si ma mémoire est fidèle , Je voua entretenois ainsi :

Venez, de la docte poussière Osez frandiir les tourbillons; Perçons l'infernale carrière Des scolastiques régions :

Là , conune aux sotirces du Cocyte, On ne connott plus les beaux jours ; Sur cette démettre proscrite La nuit semble régner toujours ; Là , de la charmante nature On ne trouve plus les beautés; Les edux , les fleurs , ni la verdure, N'ornent point ces lieux détestés; Les seuls oiseaux d'af&eux augure Y formeift des sons redoutés.

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LES OMBRES

Dès l'abord de ce gouffre horrible Tout oous retrace rÂchéron.

Voyez ce portier inflexible.

Qui , payé pour être terrible , Et muni d'un cœur de Uuron , Réunit dans son caractère La triple rigueur de Cerbère Et Tame avare de Caron :

Ainsi que ces ombres légères Qui pour leurs demeures premières Formoient des regrets et des vœux.

Les jeunes captifs de ces lieux Voltigent auprès des barrières , Sans pouvoir échapper aux yeux De ce satellite odieux.

Entrons sous ces voûtes antiques Et sous les lugubres portiques De ces tribunaux renommés :

Au lieu de ces voiles funèbres Qui de l'empire des ténèbres Tapissoient les murs enfumés , D'une longue suite de thèses Contemplez les vils monuments.

Archives de doctes fadaises , Supplice étemel du bon sens.

A la place des Tisiphones , Des Sphinx , des Larves , des Gorgones , Qui du Styx étoient les bourreaux ,

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J'aperçois des tyrans nouveaux, L'hyperbole aux longues échasses , La catachrèse aux doubles Ëices , Les logogripbes efirayants , L'impitoyable syllogisme, Que suit le ténébreifx sophisme , Avec les ennuis dévorants.

Quelle inexorable Mégère Ici rassemble avant le temps Ces mânes jeunes et tremblants , Et ravis au sein de leur mère 1 Soi leurs déplorables destins.

Dans des heux voués au silence , Voyez de pâles souverains Exercer leur triste puissance; Un sceptre noir arme leurs mains :

Ainsi Bhadamanthe aux traits sombres , Balançant l'urne de la mort, Sur le peuple muet des ombres Prononçoit les arrêts du sort.

Mais quelles alarmes soudaines 1 D'où partent ces longues clameurs?

Pourc[uoi ces prisons et ces chaînes?

Sur qui tombent ces fouets vengeurs?

Tel étoit l'appareil barbare Des tortures du Phlégéton; Tels étoient les cris du Tartare Sous la fourche du vieux Pluton.

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LES OMBRES. Près de ces cavernes &talea Quels sont ces brûlants soupiraux?

Que vois-je ! quels nouveaux Tantales Maudissent ces perfides eaux?

De ce parallèle grotesque Moitié vrai, moitié romanesque, Aminte , pour vous égayer, J'aurois rempli le cadre entier, Si , dans cet endroit de mon soi^ , Un cruel , osant m'éveiller.

M'eût dissipé ce doux mensonge.

Et le prestige officieux Qui vous préseutoit à mes yeux:

Ce hideux bourreau , moins un homme' Qu'un patibulaire Bmtôme, Tel qu'on les peint en noirs lambeaux, Et, dans l'horreur du crépuscule.

Tenant leur conciliabule Parmi la cendre des tombeaux; Ce spectre , dis-je , au liront sinistre , Du tumulte bruyant ministre, Aflfiiblé de l'accoutrement, D'un précurseur d'euterremeat.

Bien avant l'aube matinale, Chaquejour troublant mon réduit, Armé d'une lampe infernale, M ofire un jour plus noir que la luùt, Et, d'ime bouche sépulcrale.

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M'annODce que l'heure fatale Ramène le démon du bruit.

Par cet arrêt impitoyable , Arraché du sein délectable Et des songes et du repos , L'œil encor chargé de pavots, Aux cieux je cherche en vain l'aurore; Un voile épais couvre les airs , Et Phébus n'est point prêt encore A quitter les nymphes des mers.

Astre qui réglas ma naissance , Pourquoi ta suprême puissance, En formant mes goûts et mon cœur, Y versa- t-elle tant d'horreur Pour la monacale indolence?

Plus respecté dans mon sommeil , Exempt des craintes du réveil , J'eusse les deux tiers de ma vie Dormi sans trouble , sans envie , Dans un dortoir de victorin , Ou sur la couche rebondie D'un procureur génovélain.

Il est vrai qu'un peu d'ignorance Eût suivi ce desùn flatteur.

Qu'importe? le nom de docteur N'eût jamais tenté ma prudence; Jamais d'un sommeil enchanteur Il n'eût violé la constance.

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LES OMBRES

Une éternité de science Vaut-elle une nuit de bonheur?

Par votre missive charmante Vous me chargez de vous donner Quelque nouvelle intéressante, Ou quelque anecdote amusante.

Mais que puis-je vous griffonner'.

Les politiques rêveries Des vieux chapiers des Tuileries Intéressent fort peu mes soins , Vous amuseroient encor moins ; Et d'ailleurs , selon le génie De notre aimable colonie , Je ne dois point perdre d'instants , Ni prendre une peine fiitile A disserter en grave style Sur les bagatelles du temps :

Qu'on fesse la paix ou la guerre , Que tout soit changé sur la terre.

Nos citoyens l'ignoreront; Exempts de soucis inutiles, Dans cet univers ils vivront Comme des passagers tranquilles Qui , dans la chambre d'un vaisseau , Oubliant la terre , l'orage , Et le reste de l'équipage , Tâchent d'égayer le voyage Dans un plaisir toujours nouveau ;

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Sans savoir comme va la flotte Qui vogue avec eux sur les eaux , Ils laissent la crainte au pilote , Et la manœuvre aux matelots.

A tout le petit consistoire , Où ne sont échos imprudents, Rendez cette lettre notoire , Aimable Aminte , j'y consens; Mais sauvez-Ja des jugements De cette prude à l'humeur noire , Au froid caquet , aux yeux bigots, Et de médisante mémoire , Qui , colportant ces vers nouveaux , Sur-le-champ iroit sans repos.

Dressant la crête et battant l'aile, Glapir (juelque alarme nouvelle Dans tous les poulaillers dévots ; Ou qui , pour parler sans emblème , Dans quelque parloir médisant Iroit afficher l'iinathème Contre un badiuage innocent.

Et le noircir avec scandale De ce fiel mystique et couvert Que vient de verser la cabale Sur l'histoire de dom Ver-Vert, Faite en cette critique année Où le perroquet révérend Alla jaser publiquement.

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LES OMBRES

Entraîné par sa 'destinée , Et ravi , je ne sais comment , Au secret de son maître absent.

Selon la gazette neustrique , Cet amusement poétique, Surpris , intercepté , transcrit Sur je ne sais quel manuscrit Par un prestolet famélique , Se vend à l'insu de lauteur Par ce petit-coUel pro&ne.

Et déjà vaut une soutane Et deux castors à l'éditeur.

Si ma main n'étoit pas trop lasse , Ce seroit bien ici la place D'ajouter un tome nouveau Aux mémoires du saint oiseau; De narrer comme quoi la pièce , Portée au sortir de la presse Au parlement visilandin , Causa dans leurs saintes brigades Une ligue, des barricades, Et sonna par-tout le tocsin ; Comme quoi les mères notables, L'état-major, les vénérables , Vouloient , dans leur premier accès , Sans autre forme de procès , Brûler ces vers abominables , Comme erronés , comme exécrables , Jansénistes, impardonnables.

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Et notoirement imposteurs ;

Mais comme quoi des jeunes sœurs.

Lajurîspmdence plus tendre

A jusqu ià paré les coups ,

Ravi Ver-Vert à ce courroux ,

Et sauvé rhonneur de sa cendre.

Suivant le lardou médisant

Les jeunes sœurs d'un œil content

Ont vu draper les graves mères,

Les révérendes douairières,

Et la grand'chambre du couvent.

Une nonne sempiternelle

Prétend prouver à tout fidèle

Que jamais Ver-Vert n'exista ,

Vu, dit-elle, qu'on ne pourra

Trouver la lettre circulaire

Du perroquet missionnaire

Parmi celles de ce temps-là.

Je crois que la remarque habile

De la clottrière sibylle

( N'en déplaise à sa charité }

Sera de peu d'utilité;

Car dès que Ver-Vert est cité

Dans les archives du Parnasse ,

Quel incrédule auroit l'audace

D'en soupçonner la vérité?

Toutefois ce procès mystique

Au carnaval se jugera;

Dans un chapitre œciuuénique

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