FLORISE, ARISTE
C'est trop vous désoler; £n vérité , madame , ii ne vaut point la peine Du moindre sentiment de colère ou de haine :
Libre de vos chagrins, partagez seulement Le plaisir que Chloé ressent en ce moment D'avoir pu recouvrer l'amitié de sa mère, Et de vous voir sensible à l'espoir de Valère. Vous ne m'étonnez point , au reste , et vous deviez Attendre de Cléon tout ce que vous voyez.
FLORISE
Qu'on ne m'en parie plus : c'est un fourbe exécrable , Indigne du nom d'homme, un monstre abominable. Trop tard pour mon malheur je déteste aujourd'hui Le moment où j'ai pu me lier avec lui.
Je suis outrée !
Il iaut,. sans tarder, sans mystère, Qu'il soit chassé d'ici.
FLOBISE.
Je ne sais comment faire , Je le crains; c'est pour mm le plus grand embarras. .
4i4 LE MÉCHANT.
AaiSTE.
Méprisez-leàjamais, vous ne le craindrez pas.
Voulez-vous avec lui vous abaisser à feindre?
Vous l'honoreriez trop eu paroissant le craindre;
Osez l'apprécier : tous ces gens redoutés ,
Fameux par les propos et par les faussetés ,
Vus de près ne sont rien ; et toute cette espèce
N'a de Force sur nous que par notre foiblesse.
Des feaunes sans espnt , sans grâces , sans pudeur,
Des hommes décriés , sans talents , sans honneur.
Verront donc à jamais leurs noirceurs impunies ,
Nous tiendront dans la crainte à force d'ioÊunies ,
Et se feront un nom d'une méchanceté
Sans qui l'on n'eût pas su qu'ils avoient existé I
Non; il feut s'épargner tout égard, toute feinte;
Les braver sans foiblesse , et les nommer sans crainte.
Tôt ou tard la vertu , les grâces , les talents ,
Sont vainqueurs des jaloux , et vengés des méchants.
FLOBISE.
Mais songez qu'il peut nuire à toute ma famille , Qu'il va tenir sur moi , sur Génmte et ma fille , Les plus af&eux discours...