DE MOLIERE ET DE DESTODCHES
Extrait d'uo discours prononcé, à l'Académie françoi9« , le a5 août lySii pa"" Gresset, répondant à Boissy reçu à la place de Destouches.
Messieurs,
Des succès éclatants et toujours légitinieB ont marqué presque tous les pas de M. Destouches dans la carrière dramatique; tous les théâtres de l'Europe sont remplis de ^a renooimée : la France placera toujours au rang des plus grands maîtres le peintre inmiortel qui traça le Glorieux, et qui, par ce tableau sublime , fait pour toutes les nations et pour tous les temps, sut étendre et couronner la réputation brillante qu'il devoit au succès du Curieux intpertinent, du Philosophe marié, et de tant d'autres caractères si bien vus et si heureusement peints. SoD Dom seul suffit sans doute à son éloge; et je ne pourrois rien ajouter à sa gloire, si les hommes n'étoient estimables que par l'éclat des talents , si la célébrité suffisoit au sage , si l'on ne devoit un hommage étemel à la vertu, comme au seul bien réel qui nous survit , et si la mémoire des morts illustra
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D'étoit une leçon pour leur siècle et un mod^e dA k
la postérité.
Hé avec un esprit élevé , une ame ferme , des seotiments nobles , et cette supériorité de talents qui s'étend à tous les genres, M. Destouches sutremplir également bien tous ceux auxquels il fut appliqué. Chargé des af&ires de France à Londres , il sut rendre son ministère également utile et agréable à son maître et à l'Angleterre. Son talent singulier de connoltre, d'aj^irofoudir , d apprécier les honunes, et de lever d'une main prompte et sûre tous les voiles dontrintérét, l'amour-propre, et la feusseté s'eove loppent, ce talent, qu'il a si Wen prouvé, l'auroit conduit plus long-temps et plus loin dans la carrière des négociations et des emplois les plus' distingués, si Tesprit philosophique, insensihie à l'ambition , le penchant impérieux du génie , ne Tavoient ramené dans le sein du loisir que demandent les arts . Philosophe , sans en être moins citoyen , accoutumé à ne voir la gloire réelle des talents que dans l'utilité dont ils peuvent être à la société , il tourna toutes ses vues vers ce but respectable , et montra que ta comédie , quand elle est instructive et noble, bien loin d'être enveloppée dans la proscription autrefois prononcée contre le crime et la bassesse delà Êu'ce antique , doit être regardée comme l'école ae la rïiison et des mœurs; école plus utile par le pouvoir de l'agrément que ne le sont tant de traités de
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morale qu'on lit sans goût, ou qu'on ne lit pas. Il savoit qu'il est des temps où la dépravation et le délire peuvent être portés à un si haut point, que ni le respect des mœurs , ni te frein des bienséances , ni les lois du bon sens lui-même, ne conservent presque plus d'empire sur les hommes , et que dans ces temps fimestes où la raison se tait, où la vertu est également muette , le ridicule , ce tyran universel et si nécessaire , peut seul élever encore avec quelque fruit une voix impérieuse , commander aux esprits égarés, couvrir te vice d'un opprobre salutaire, et rétablir les barrières de la raison et de la vertu. Tels furent ses principes , ses travaux y furent conformes , et le succès dut répondre à ses travaux. Censeur toujours vrai, toujours Ibrt, mais sans ùgreur, incapable d'odieuses personnalités, il n'attaqua que les défeuts et les vices; ennemi austère et courageux de tous les travers qui déparent ou dégradent les hommes, il n'en étoit que plus sociable avec ceux dont le caractère honore l'humanité ; toajouTS vertueux et sensible , il mérita un trésor bien rare, des amis sincères; philosophe chrétien enfin (et c'est ici le titre le plus intéressant de son mérite, et tout ce qui lui reste de ses avantages et de notre encens) , pénétré des vérités sublimes de la religion , il en fit l'occupation la plus chère de sa retraite, le sujet de plusieurs écrits , l'entretien de sa raison, ta consolation de ses derniers moments.