ET DE DESTOUCHES
«nie l'usage me prescrit ne me permettent point de développer ma pensée dans toute l'étendue ([u'elle semble exiger; mais je ne parle point au bel esprit uniquement avide de détails, de superficies, et de petits ornements; je parle au génie, dont la vue p^^nte et rapide reconnolt la vérité au premier trait qui l'annonce, en prévoit, en embrasse toute la marche dès les premiers pas qu'elle lait , et la voit briller de tous ses rayons, là même où des yeux vulgaires ne sont frappés qu'à peine d'un foible crépusctde.
L'émulation ne peut s'élever à des progrès nouveaux qu'en marchant sur les traces des plus grands modèles. Je sais que le vol sublime de Molière ne peut être égalé; que l'admiration est le seul sentiment que ce grand homme nous laisse; et qu'il faudra toujours adorer la trace lumineuse de l'aigle de Thalie, sans espoir de l'atteindre. Plus profond, plus élevé, plus créateur que les maîtres renommés des théâtres d'Athènes et de Rome , législateur enfin et souverain de l'empire dramatique , Molière y donna des lois invariables, y laissa des monuments immortels, et parut fait poiu* éclairer, soumettre, et charmer son siècle et l'avenir. C'est le sort des génies supérieurs; ils paroissent, ils donnent la loi; l'éclat de leurs prédécesseurs s'eBace ; ils régnent sans rivaux, et meurent sans successeurs. Mais s'il nous est interdit, ainsi qu'à ceux qui doivent nous
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suivre, de ponroir attebidre à l'eMor àt l'antaur éa Mùtmthnpe, otons du moins contep^ler agq exumple; «miidArons le point d'oii il est pai^ti, les pnndpes qui Toot guidé, et les sources. de sa ^oire. Malgré le ton de raison et de bienséance doat la oomédie du tfmteurvenoit de crayoïuier nn mod^e, le théâtre , quand Molière parut , éloit encore livré à la bouCEbnnerîe, aux pointes, et à l'obscénité. Du sein de cette bassesse et du mauvais goût, Molière, éclairé par la nature, osa s'élanœr courageusement loin des routes communes , et porté par les ailes du génie , il sut bientAt s'élever à une spbèra nouveUe, d'où il donna aux bouunes des préceptes, desntodéles , et des plaisirs. Voilà son exemple , que dous enseigne-t-il? l'invariable principe de ue point se laisser subjuguer par le goût du teipps , quand le vrai goût s'altère . s'éclipse , et touche au moment de sa chute. Il est à .craindre que la manie des nouveautés , pour qui le luxe de nos. jours multiplie si laboriensraoentlescolifichetset les riens, et &it servir la magnificence à la petitesse, ne vienne également usurper au tbé&tre la place des. objets vraî- ■aent nobles , vraiment utiles , .n'y fasse succéder la gentillesse à la grandeur, les.phosf^ores à. la la- Uuère,le néantà l'existaioe; ^ est à craindre que, u'oORrant plus sur la scène, qu'une foule de petitsiUibleaux plus ou moins neaâ , on ne n^^ige Cotd»> ment de peindre les gro«ds caractères. Les demi-
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canBoisseai«,.qui ment tout ce,qiii les pasae , ptré?. taudront que touslee granda caractères sont épuûâ» ; <{B'ii n'est plus de .ces couleurs. priiattixes.&.t^Àr^ et qu'il ne rests que des. nuances légères k crayon? ner : langage de l'igBocaac» et de \» médioçri^ Si Von n'a phis à caractérisOT de ces lidieules grossiers d'un siècle moins éclairé, un iqonde tout nouve^a ne reste-ftîl point à peindre, àînstTUJj'e, depuis qu'à la bonté des hommes , les vices les plus funestes ^ sont polis , colorés , embellis au point de n'être plus que des sujets de plaisanterie? La carrière du comique ne s'étend-elle point de jour en jour, depuis que la déraison s'accrédta sons le nom d'esprit, que les pr&entions de toute espèce font tant de petites renommées sans mécifevet que les ridicules même seeFQientraii:et,leton,des£P^aces?Qsons donc.arrasha d'nne main coiuageuse tous ces voUes imfOUeoTB ; portops le j<Hir de la vérité par-tout pi)- A manque encore ; et si la résolution du thé&tre et du goût est ^léritable, ainsi. que celle des mœurs, retardon»«n du moins le moment funeste.
Cest à TOUS, monsieur, qu'on peut avec confiance en déférer l'emploi , et c'est à vous que j'en adresse les vœux et l'augure. La raison et la patrie nous appellent; éclairés par l'étude du monde, échanCFés par l'amour du vrai , et réunis à ceux de nos contemporains qui se sont illustrés dans la carrière de Thalie, redoublons nos efforts pour y ra-
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436 DE MOLIËBE ET DE DESTOUCHES, mener ce boo sens , cette noblesse , cette chaloir, enfin cette Jorce comique qae les caractères peuvent seuls donner , par leur vérité , leurs efiets, et leurs contrastes. Mais comme la leçon utile net jamais plus sûre de son saccès cpie quand elle est présentée par le plaisir, chenihons à rappeler sur la scène le viai ton de plaisanterie noble, heurense,ct sans efibrt ,dont on se pique si aisAnent sans l'aYotr, et ramenons cette véritable joie de l'âme , cette gmeté naturelle et sincère qui est si bonne et si rare. Par le cboix de nos tableaux , par l'utilité de leur objet, par l'énergie et les grâces de l'exécutioii, méritons, s*il se peut, le suffire éclairé de notre auguste maître ; méritons qu'au sortir des travaux qui ocoipentdiaquejour,pourlBfiËlicitépublique,lepèrede la patrie, ses regards sublimes s'abaissent sur m» jeux. Quel succès plus intéressant pour nos ouvrages I quel prix plus cber et plus glorieux de nos. veilles , que de délass«- quelquefois , et de pouvoir amuser, dans ses nobles loisira, le plus grand, le plus dier, et le plus henreux des monarqnes !