‹ Œuvres choises de Desportes, BertautChapitre 193 sur 193 · DE LA CHAIRE · texte numérisé non relu

DE LA CHAIRE

lui-ménae a'est point encore assez pour an ministre de la parole sainte; il n'a rien, il n'arrive à riec , s'il ne joint aux talents et au génie l'autorité de l'exemple et l'éloquence des mœurs. On n'inspire point ce <pi'on ne sent pas vivement; il &ut être convaincu pour convaincre , et agir pour persuader. Avec toute l'élévation des idées, toutes les grâces de l'expreseion , et toute la force du sentiment, on est bien foible contre les passions d'autrui quand on est soupçonné de les partager, quand on n'est annoncé que par la vanité , le désir de plaire , et la profonde anh bition.

Ce ne ftit point sons de pareils auspices que M. l'évéque de Vence entra dans la carrière. Rempli des grandes vérités du christianisme , nourri de l'étude des livres saints, il n'ent de guide que la religion elle-même. Ses talents pour la chaire turent bient6t proclamés par la voix publique, et ses succès décidés. Il n'étoit point de ces prédicateurs frivoles et méprisables qui , à la &ce des autels même , dia> chant moins les palmes du sanctuaire que les lauriers des spectacles, viennent montrer qu'ils ne savent que le langage du monde , ne veulent que lui |Jaire, et n'emportent de nos temples, aux yeux du christianisme et de la raison, qu'une gloire sacrilège et des succès ridicules. Ses discours énergiques et sensibles , embellis par toutes les grâces extérieures

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dn talent, receroioit un nanveau poidd, une améorité noavelle , de la répntatioii de sa vont. Solitaire paisible , philoMf^e chrétien , sans cabale, sans protecteurs , attendu par un peuple nombreux , et sans anmir mendié d'anditeors, du fond 6e sa retraite il ▼enoit apporter In Innière, dévoiler les chimères ilo monde, les iUasfans derRinoia''{)n^ve, les petitesses de la grandeur, lâfciblesse des esprits forts , le oéant de la sagesse tnunaioe; il veaoit coosoler l'infoi^ tmje , attendrir la prospérité , apprendre aux impies ïtrembW, aux ÏBcrédules à adwer, aux grands à mourir, aux hommes à s'aimer; il étoit pénétré, il Muchoit. Il ^appartient qu'à la vertu réelle que donne et eansàc3« la reUgïen, d'élever cette voix impérieuse quisomnet la raison,<(}tù't«it tmre l'es- {»it, qui parle au MEur, et commaiidele devoir.

'La gloire qu'il ne cherchoit pas vint le trouver dans la solitude, et l'ilbistrer sans changer ses mœurs. Arrivé à l'épiscopat sans brigues , sans bassesses, et sans hypocrisie i'il y vécut sans faste, sans hauteur, et sans négligence. Ce ne lut point de ces talents qui se'ianem dès qu'ils aontiréooaqoeusés, de ces bouches que Ifc fortune rend muettes., et qui, se fermant dès que le rang estioblenu,' prouvent trop qu'on ne prêche pas toujours pour des conve^ sions. Dévoué tout entier à l'iBst n ic ti on des peuples confiés à son 'c^e, il' leur consacra tous sestalmts.

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tous 8*9 soins, tbus ses jours. Pasteur d'autant plus. ofaer à son troupeau, que ne lequittapt.jai^s il en étffit phiS connu : louwi^ raremiWt<donnée, et bien digne d'être remarquée. Dans le cours de phi« de vingt années d'épiscopat, M. l'évêque de Vence ne sortit jamais de son diocèse, que quand il fut appelé par son devoir à l'assemblée du clergé. Enfin plein d'années, de vertus, et de gloire, il est mort pleiu^ des siens , comme un père tendre , honoré , et chéri , expire au milieu des gémissements d'une famille éplorée, dont il emporte l'estime , la reconnoissance , et les regrets.

L'éloge des morts ne seroit pas plus utile que la critique des vivants, s'il n'étoit une leçon poiu' ceux qui restent. Souvenons-nous donc, en regardant ce tombeau , que les lettres et les talents n'ont de réelle et durable gloire que quand la raison et la religion y sont unies. A la voix de ces cendres encore éloquentes, que la noble émulation s'enflamme dans tous ceux qui osent se destiner à l'éloquence, en quelque genre que ce,^it. On se plaint qu'elle dégénère; mais que la nature seule soit consultée et suivie , que le goût de l'étude renaisse , que le cceiu* inspire , que la r^son parle , alors l'éloquence véritable s'élèvera dans toutes les tribunes. Laisserionsnous enlever cette palme du génie à la splendeur d'un empire qui , sous les lois heureuses du plus

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444 DE L'ÉLOQUENCE DE LA CHAIRE, grand des monarqaes , réunit tous les lanriav des talents et des arts, et tous les titres inuDortels qui coDsaovnt la gloire du maître et le boahenr de» sujets?

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