‹ Œuvres choises de Desportes, BertautChapitre 4 sur 193 · SUR GRESSET · texte numérisé non relu

SUR GRESSET

on approuve dans ses égarements, nfl fte »

point ramenés par son exemple. Il n'y avoit sans doute , dans cette prophétie menaçante , rien qui pût effniver la conscience de Gresset. La TÎe qu'il aviMt menée constamment devoit le mâttre à l'abri de pareilles alarmes. Quoi qu'il en soit, ilprit,ranbéesurvante , la détermination de renoncer à travailler pour le théâtre; et cette sorte d'abjuration, qu'il dépose d'abord entre les mains de son évêque, ftit bientôt rendue publique par une lettre insérée dans les journaux.

Il éioit difficile qu'une résolution manifestée avec autant d'éclat n'excitât point, contre l'auteur du itf^chant, les clameurs de ceux du moins qui , après avoir partagé avec lui les dangers et les honneurs de la scène, ne se sentoient disposés ni à la retraite ni au repentir. Piron , qui aVoit accueilli son élection à l'Académie par une épîgramme fort maligne, se montra des premiers à appeler le ridicule sur cette démarche, par une nouvelle épigramme qu'il terminoit ainsi :

Pbur Dobs qu'il a si bien prêchas, Prions tous que, dans l'autre vie, Dieu veuille oublier ses péchés.

Comme en ce monde on les oublie.

Le trait est excellent; mais Piron avoit trop d'esprit pour croire que dans ce monde on pât oublier le Méchant; et l'auteur de la Métromahie ne s'en soa-

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venoit peut-être que trop lui-même, en ^sant soa

épigramme.

Le silence de Voltaire eût été plus extraordinaire encore que celui de Pîron. Le Pauvre diable alloit parottre. Il jugea que c'étoit uo cadre &vorabIe pour y enchâsser, à sa manière, Taventure de Gresset, et l'y percer lui-même des traits les plus acérés du ri> dicule. Tout le monde a retenu ces vers : .

Greuel,dou^ du double prÎTilè^e D'être an conège au bel esprit mondain Et daoa le monde on homme decoUiga, GreMct , d^vot , long-temp* petit badin* SoDctiSi! par ses paliDodies, n prAendoit avec companction Qu'il avoil fait jadi» des com^ea Dont à la vierge il demandoit pardoa, Greaaet se trompe, il n'est pas ai coupable; Un Tera heorem et d'un tour agréaUc Ne anfEt paa ; il faut aoe action.

De riDtérél,du comique, one fable, Des mœors du temps un portrait vMtable, Ponr conroonar cette oeune du démon.

Voltaire, comme on le voit, n'avoit eu garde d'oublier que le jeune Gresset, en quittant les jésuites pour se livrer aux muses avec plus de liberté, avoit paru sacrifier ses principes à ses goAts, tandis que, dans la maturité de l'âge, ses priocipes l'amenoient au sacrifice de ses goûts. Le parti qu'il tire de ceue circonstance ne dépasse pas toutefois les droits de la satire. On en peut dire autant de la petite poétique

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qu'il applique à la cainë<Jie du Méchant, en remar^ quant pourtant <pie la pièce est bien un portrait des mœurs du temps, et que Voltaire eût mieux fait peutêtre de prendre pour lui le conseil qu'il donne et d'en proëter pour ses propres comédies. Cependant ces petites attaques ne sortent point encore du ton de la satire. Mais ce qui lilesse toutes les bienséances, c'est l'injustice amère avec laquelle Voltaire , depuis ce moment , traita le talent et la personne de Gresset. Stagnât, qui ne pouvoit être égaré que par ses préventions, ne lui permettoit pas de méconnottre tout ce qu'il y a de mérite réel dans un talent aussi gracieux, aussi original. Plusd'uaefois, il avoitlonéaveccbaleur U Ver-Vert, la Chartreuse , les Ombres. La Chartreuse suF-toutétoit l'objet de sa prédilection. C'étoit, selon lui, l'ouvrage de Gresset' où ily a le pbiS(£ expression, degémcvt dé beautés neuves ;Maisj après queTanteur eut renoncé au théâtre, il prétend que le manque d'imagination et le désir d'en montrer ont fait tomber' tous les /letib/joëmes comme Vtr-Vert, la Chartreuse, les Ombres, tjui eurent la vogue pendant quelque temps; et| dans sa correspondance avec ses amis, l'auteur de tant d'écrits aussi élégants qu'ingénieux n'est plus qu'un polisson, un fat orgueilleux, nn plat fanatique^, et un insolent ex-jésuite^.

' Lettre à M. Berger, du lo janvier 1736.

* Art. imagination.

-' Lettre à M. d'Argental, juin 1759.

' Leur* i M. deCideTille,iiiin i7Sg.

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n fiiDt plaindre Voltaire , quand il s'abaisse jusqu'à un pareil langage pour décrier un homme du oarao tère le plus doux et le plus aimable, qui de sa vie n'aroit offensé personne , qui eut la sagesse de ne repoasser que par son silence les satires et les épigrammes , et qui enfin avoit célébré le succès àHAlare par une petite pièce charmante, à laquelle Voltaire eût dû mieux répondre que par les vers du Pauvre diable.

En renonçant au théâtre , Gresset étendît son sacrifice jusqu'aux comédies qu'il avoit en portefeuille et les condamna au feu. On a retenu les titres de plusieurs ouvrages dont ses scrupules religieux nous ont ainsi privés. On cite , parmi les pièces en cinq actes , FEsprit à la mode , et FÉcole de V amour-propre; ses contemporains parlent aussi de deux autres comédies , le Parisien , et le Secret à la mode : Idi-méme , dans la lettre où il rend publique sa résolution, bit mention d'une pièce qu'il achévoit, et dont U a cru pouvoir sauver de la proscription les principes et U$ images, pour leur donner une autre forme. Il se proposoit d'y signaler t«i caractère plut à la mode ^ue U Méchant même, et qui devient, dit-il,' devais en plus un ridicule et un vice national. On en est réduit aux conjectures sur ce que pouvoit être ce caractère, et aux regrets sur tous les ouvrages que je viens de désigner. Il a été impossible d'en retrouver aucun.

Gresset passa ses dernières années au sein de sa ville natale, dans les douceurs de la vie domestique.

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entouré des soins d'une femme qu'il chérissoit et des attentions de quelques vieux amis, ne demandant plus aux lettres qu'on amusement de son esprit, et prêtant une oreille assez iodifférente à tout ce vain bruit de louanges et de satires dont il s'étoit vu alternativement l'objet.

NésousLouisXIVjilïittoutlerégnedeLouisXV, et même les premières années de celui de Louis XVI. Parmi plusieurs autres témoignages de sa bienveillance, ce jeune et infortuné monarque lui donna des lettres de noblesse, laveur dont il eut peu de temps à jouir, et qu'il ne put Uansmettre à ses descendants, étant mort sans enfents, le i6juin 1777, d'un abcès qui creva dans sa poitrine.

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