‹ Œuvres choises de Desportes, BertautChapitre 65 sur 193 · ACTE m, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE II

Quand la main d'un amant peut essuyer tes larmes , Je Uvrerois ton père au glaive d'un bourreau ! J^ttacherois tes yeux sur un affreux tombeau ! O ma chère Eugénie ! ah ! punir ce qu'on aime , Frapper un cœur chéri , c'est se irapper soi-même. Non , son seul souvenir désarme mon transport. Il iaut , chère Aglaé , faire un dernier effort. S'il reste quelque espoir à mon ame enflammée , Rassurez , ramenez Eugénie alarmée :

Qu'abrégeant à-Ia-fois sa peine et mon tourment, Au tribunal d'un juge elle trouve un amant.

Dites-lui mon amour, mes pleurs, ma fureur même; Tout est justifié par un amour extrême :

Mais si , fidèle encore à de dusses vertus , Si pour le vain honneur d'un superbe refus , Trop sûre qu'arrêtant uo jugement sévère Mon cœur va prononcer la grâce de son père , Évitant ma présence, et fuyant ce palais , Elle bravoit mes feux , mon courroux , mes hieufàits ; Il m'en coûtera cher, mais j'atteste la gloire Que de ses vains attraits j'efface la mémoire; Et son père , à l'instant déchu de tous ses droits , N'est plus qu'un criminel que j'abandonne aux lots. Me perdez point de temps ; allez : je vous confie Mes desseins , mon espoir, le secret de ma vie. Priez, promettez tout; effrayez, s'il le faut. Un mot va décider ; le trône ou l'échafaud :

Son sort est dans ses mains -. allez , qu'elle prononce ;

fbïGoogIc

Le destin de mes jours dépend de sa r^MHkse,

SCËME lU.

ALZONDE.

Je ne fbnnois donc pas un frivole soupçon !

Trop heureuse rivale I ... Ah ! que dis-je ? et quel n(Nn !

N'ai-je point immolé mon amour à ma gloire ,

Et rendu tout mon cœur au soin de la victoire?...

Quoi ! des soupirs encor reviennent me trahir !

Falloit-il le revoir, s'il &lloit le haïr?

Ton supplice est entier, amante infortunée !

Il ne manquoit aux niaux qui font la destinée

Que d'entendre d'un cceur dont tu subis la Ich

Des soupirs échappés pour ime autre que toi.

Je n'en puis plus douter; et, pour comhle d'outrage.

On veut que leur bonheur soit encor mon ouvrage !

J'en rends grâce au destin : ce soin qui m'est commis

M'aide à désespérer mes cruels ennemis;

Dans le sang le plus cher, répandu par ma haine.

Que tout ici gémisse et sout&e de ma peine :

On retranche à l'horreur de ses maux rigoureux

Ce qu'on en peut verser sur d'autres malheureux.

Tremble , crédule amant ; en frappant ce qu'il aime ,

L'amoor est plus cruel que la haine elle-même.

Mais ma rivale vient; cachons-lui son bonheur;

Dissimulons ma rage , et trompons sa douleur.

Page 1