‹ Œuvres choises de Desportes, BertautChapitre 7 sur 193 · CHANT SECOND · texte numérisé non relu

CHANT SECOND

Tous les Bo^a onciéiu et nouveaux.

Instruit , formé par lflui% ieçcns fréffueatee » Bientôt l'élève égala see -régËstes ; De leur ton même, adroit isitaiear, Il exprimoit la pieuse lenteur, Les saints soi^nrs , les notes lauguiassotes Du chant 4es sœurs , colomlies gémissantes :

Final«nent Ver-Vert savoit jtar coeur Tout ce que sait «ne ikère 'de chœur.

Trop reaseiré dsus les homes d'an clottre, UntelmériceauKrinflefkconnOltre; Dans tout fîevers , du matin jusqu'au soir, Il n'étoit bruit que des scènes mignonnes Du perroquet des -bienheureuses nonnra ; De Moulins même on vesott pour le voir.

Le beau Ver-Vert ne bougeoit du pM-loir.

Sœur Mâanie , en guimpe toujours fine , Portoit l'oiseau : d'abord aux apecterteurs Elle en ftiisoK admirer les couleurs, Les a^rrémeats , la douceur enfantine; Son air heureux ne mMiquoh point les «eurs ; Mais la beauté da tendre-néophyte N'étoit encor que le moindre mérite; On oublioit ces attrahs enchanteurs Dès que sa voix frappoit les auditeurs.

Orné , rempli de saintes genlillessea , Que lui dictoient les plus jeunes professes , L'illustre oiseanvonmiêiiçait son récit;

13 VER-VEBT. *

A chaque instant de nouvelles finesses , ' Des charmes neufs varioient son débit.

Éloge unique , et difficile à croire Pour tout parleur qui dit publiquement , Nul ne donnoit dans tout son auditoire :

Quel orateur en pourroit dire autant?

On l'écoutoit; on vantait sa mémcnre.

Lui cependant, stylé parlaitemmit.

Bien convaincu du néant de la glcûre , Se rengorgeoit toujours dévotement , Et triomphoit toujours modestement '

Quand il avcât débité sa science, Serrant le bec , et parlant en cadence, Il s'inclinoit d'un air sanctifié.

Et laissoit là son monde édifié.

Il n'avoit dit que des phrases gentilles , Que des douceurs , excité quelques mots De médisance , et tels propos de filles Que par hasard il apprenoit aux grilles , Ou que nos soeurs traitoient dans leur enclos.

Ainsi vivoit dans ce nid délectable.

En maître , en saint , en sage véritable , Père Ver-Vert, cher à plus d'une Hébé, Gras conune un moine , et non moins vénérable , Beau comme un cœur, savant comnie un abbé , Toujours aimé , comme toujours aimable , Civilisé , musqué , pincé , rangé ; Heureux enfin s'il' n'eût pas voyagé.

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CHANT SECOND. i3

Mus vint ce temps ii'af9igeante mémoire , Ce' temps critique où s'éclipse sa gloire.

O crime ! ô honte ! 6 cruel souvenir !

Fatal voyage ! aux yeux de l'avenir Que ne peut-on en dérober l'histoire !

Ah ! qu'un grand nom est un hien dangereuxJ Un sort caché fut toujours plus heureux.

Sur cet exemple on peut ici m'en croire , Trop de talents, trop de succès flatteurs.

Traînent souvent la ruine des mœurs.

Ton nom , Ver-Vert , tes prouesses hrillantes , Ne ftirent point bornés à ces climats; La Renommée annonça tes appas , £t vint porter ta gloire jusqu'à Nantes.

lia, comme on sait, la Visitation A son bercail de révérendes mères , Qui , comme ailleurs , dans cette nation A tout savoir ne sont pas les dernières :

Par quoi hientdt , apprenant des premières Ge qu'on disoit du perroquet vanté , Désir leur vint d'en vpir la vérité.

Désir de fille est un feu qui dévore, Désir de nonne est cent fois pire encore.

Déjà les cœurs s'envolent à Nevers; Voilà d'abord vingt têtes à l'envers Pour nn «seau. L'on écrit tout à l'Jieure En Nivemois à la supérieure, Pour la .prier que l'oiseau plein d'atiraits

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Soit pour nu temps amené par 1» Loire; Et (pie , conduit au rivage nantais , Lui-même il puisse y jouir ie sa gloire , Et se prêter à de tendres souhaits.

La lettre part. Quand viendrs U réponse? Dans douxe jours. Quel siècle jusque làl Lettre sur lettre , et nouvelle semonce :

On ne dort ^us ; sœur Cécile en mourni.

Or à Nevers arrive enfin l'épttre.

Grave sujet ; on tient le grand cfaapitre.

Telle requête efftrooohe d'abord ; Perdre Ver-Veitl ô ciel! {dutôt la mort!

Dans ces tombeaux , sous ces tours isolées , Que fierons-nous si ce cher oiseau sort?

Ainsi parloient les plus jeunes vmléea, Dont le cœur vif, et las de son loisir, S'ouvroit encore à l'innocent plaisir :

Et , dans le vrai , c'étoit la moindre chose Que cette ti«upe , étroitement enclose , A qui d'ailleurs tout autre oiseau manquent, Eût pour le moins un pauvre perroquet.

L'avis pourtant des mères assistantes , De ce sénat antiqnes présidentes , Dont le vieux cour aimoit moine vivement, Fut d'envoyer le pupille charmant Pour quinte jours ; car, en têtes prudentes , Elles craignoient qu'un refus obstiné Ne les brouillât avM; nos soeurs de Nantes :

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CHANT SECOND. i!

Ainsi jugea l'état embéguiiié.

Après ce bill des myladys de rordre Dans la commuoe arrive grand désordre :

Quel sacrifieet y peotKm cwnaentir?

Est-il donc vrai, dit la sceur Séraphine?

Quoi ! noua vivons , et Ver-Vert va partir !

D'une autre part la mère sacristiiie Trois fiais pâlit, soupire (juatre f(»s , Pleure, frémit, sepAme, perd la voix.

Tout est es deuil. Je ne sais quel présage D'un Doir crayon leur trace ce voyage ; Pendant la nuit des songes pleins d'iwrreur Du jour enoor redoublent la terteur.

Trop vains ragretal l'instant funeste arrive : Jà tout est prêt sur la fiitale rive ; Il iaut enfin se résoudre aux adieux , Et conmi«icer une abunee cruelle :

Jà chaque sonir gémit en tourterelle , Et plaint d'avance an veuvage ennuyeux.

Que de baisers au sortir de ces lieux Reçut Ver-Vert! Quelles tendres alarmes 1 Od se l'arradie, on le baigne de larmes; Pins il est prêt de quitter ce séjour, Plus on lui trouve et d'esprit et de charmes. Enfin pourtant il a passé le tour :

Du monastère avec lui fuit l'Amour.

Pars, va, mon fils, vole où l'honneur t'appelle; Reviens charmant, reviens toujours fidèle;

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i6 ■ VER-VERT.

Que les zéphyrs te portent sur les flots , Tandis qu'ici <lan8 un triste repos Je languirai , forcément exilée , Sombre , inconnue , et jamais consolée :

Pars , cher Ver-Vert , et dans ton heureux cours Sots pris par-tout pour l'atné de^ Amours.

Tel fut l'atUeu d'une nonnain poupine, Qui pour distraire et charmer sa langueur, Entre deux draps avoit à la sourdine Très souvent lait l'oraison dans Ratâne , Et qui , sans doute , auroit de très grand cceur Loin du couvent suivi l'oiseau parleur.

Mais c'en est &it , on embarque le drôle , Jusqu'à présent vertueux, ingénu.

Jusqu'à présent modeste en sa parole :

Puisse son cœur, constamment défendu , Au cloître un jour rapporter sa vertu !

Quoi qu'il en soit, déjà la rame vole; Du bruit des eaux les airs ont retenti; Gn bon vent soufiBe, on part, on est parli.

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CHANT TROISIÈME

La même nef, légère et vagabonde , Qui voituroit le saint oiseau sur l'oude, Portoit aussi deux oymphes , trcns dragons , Une nourrice , un mmne , deux Gascons :

Pour un enfant qui sort du monastère C'étoit échoir en dignes compagnons I Aussi Ver-Vert , ignorant leurs àçons , Se trouva là comme en terre étrangère :

Nouvelle langue et nouvelles leçons.

L'oiseau sarjH*is n'eutendoit point leur style : Ce n etoient plus paroles d'évangile; Ce n'étoient plus ces pieux entretiens , Ces traits de bible et d'oraiscms mentales.

Qu'il entendoit chez nos douces vestales ; Mais de gros mots , et non des plus chrétiCDS : Car les dragons , race assez peu dévote , Ke parloient là que langue de gargotte ; Charmant au mieux les ennuis du chemin , Ils ne fétoient que le patron du vin :

Puis les Gascons et les trois pércumelles Y concertoient sur des tons de ru^es :

De leur côté les bateliers juroient , Rimoient ea dieu, blasph^noient, et sacrôient;

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i8 VER-VERT.

Leur voix, stylée aux tons mâles et fermes , Articuloit sans rien perdre des termes.

Dans le fracas, confus, embarrassé, Ver-Vert gardoil un silence forcé; Triste, timide, il n'osoit se produire, Et ne savoit que penser et que dire.

Pendant la route on voulut par favem- Faire causer le perroquet rêveur.

Frère Lubin d'un ton peu monastique Interrogea le beau mélancolique:

L'oiseau bénin prend son air de douceur, Et, vous poussant un soupir méthodique, D'un ton pédant répond, Ave, ma sœur.

A cet Ave jugez si l'on dut rire ; Tous en chorus bernent le pauvre sire.

Ainsi berné le novice interdit Comprit en soi qu'il n'avoit pas bien dit.

Et qu'il seroit mal mené des commères S'il ne parloit la langue des confrères :

Son cœur, né fier, et qui jusqu'à ce temps Avoit été nourri d'un doux encens , Ne put garder sa modeste constance Dans cet assaut de mépris flétrissants.

A cet instant , en perdant patieuce , Ver-Vert perdit sa première innooence.

Dès-lors ingrat, en soi-même il maudit Les cbères sceurs, ses premières maltresses.

Qui n'avoient pas su mettre en son esprit

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CHANT TROISIÈME. ig

Du beau françois les brillantes finesses , Les sons nerveux et les délicatesses.

A les apprendre il met donc tous ses soins , Parlant très peu , mais n'en pensant pas moins. D'abord l'oiseau , comme il n etoit pas bête , Pour faire place à de nouveaux discours, Vit qu'il devoit oublier pour toujours Tous les gaudés qui fardssoient sa tête :

Ils furent tous oubliés en deux jours ; Tant il trouva la langue à la dragonne Plus du bel air que les termes de nonne !

En moins de rien l'éloquent animal , ( Hélas ! jeunesse apprend trop bien le mal ! ) L'animal , dis-je , éloquent et docile , . En moins de rien fiit rudement habile :

Bien vite il sut jnrer et maugréer Mieux qu'un vieux diable au fond d'un bénitier ; Il démentit les célèbres maximes Où nous lisons qu'on ne vient aux grands crimes Que par degrés : il lut un scélérat Profès d'abord , et sans noviciat.

Trop bien sut-il graver en sa mémoire Tout l'alphaJbet des bateliers de Loire.

Dès qu'un d'îceux, dans quelque vertigo, Lâchoitunmoc... Ver-Vert laisMt l'écbo :

Lors applaudi par ta bande susdite , Fier et content de son petit mérite, Il n'aima plus que le honteux honneur

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lo VER-VERT.

De savoir plaire au monde subomenr; Et, dégradant son généreux oi^Mie, Il ne lut plus qu un orateur profane.

Faut-il qu'ainsi Texemple séducteur Du ciel au diable emporte un jeune coeur!

Pendant ces jours , durant ces tristes scènes , Que bisiez-vous dans vos cloîtres déserts , Chastes Iris du couvent de Nevers?

Sans doute, hélast vous faisiez des neuvaines Pour le retour du plus grand des ingrats, Pour un volage indigne de vos peines , Et qui , soumis à de nouvelles chaînes , De vos amours ne faisoit plus de cas.

Sans doute alors l'accès du monastère Ëtoit d'ennuis tristement obsédé ; La grille étoit dans un deuil solitaire , Et le silence étoit presque gardé.

Cessez vos vœux : Ver- Vert n'en est plus digne : Ver-Vert n'est plus cet oiseau révérend.

Ce perroquet d'une humeur si bénigne , Ce coeur si pur, cet esprit si fervent:

Vous le dirai.^e? il n'est plus qu'un brigand , Lâche apostat , hlasphématetu* insigne ; Les vents légers et les nymphes des eaux Ont moissonné le fruit de vos travaux.

Ne vantez point sa science infinie; Sans la vertu que vaut un grand génie?

N'y pensez plus: l'iniame a sans pudeur

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CHANT TROISIÈME

Prostitué ses talents et son coeur.

Déjà pourtant on approche de Nantes, Où languissoient dos sœurs impatientes ; Pour leurs désirs le jour trop tard naissoit. Des deux trop tard le jour disparoissoit.

Dans ces ennuis , l'espérance- flatteuse , A nous tromper toujours ingénieuse.

Leur promettoit un esprit cultivé.

Un perroquet Doblement élevé, Une voix tendre , honnête , édifiante , Des sentiments , un mérite achevé :

Mais , ô douleur 1 6 vaine et Jausse attente !

La nef arrive, et l'équipage en sort.

Une tourière étoît assise au port ; Dès le départ de la première lettre Là chaque jour elle venoit se mettre ; Ses yeux , errant sur le lointain des flots , Semhloient b&ter le vaisseau du héros.

En débarquant auprès de la béguine.

L'oiseau madré la connut à la mine, A son œil prude ouvert en tapinois , A sa grand'coiffe , à sa fine étamine , A ses gants blancs , à sa mourante voix , Et mieux encore à sa petite croix.

11 en frÀnit, et même il est croyable Qu'en militaire il la donnoit au diable ; Trop mieux aimant suivre quelque dragon Dont il savoit le bachique jargon.

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Qu'aller apprendre encor les litanies , La révérence , et les cérémonies .

Mais force fut au grivois liépité D'être conduit au gtte détesté.

Malgré ses cris , la tourière l'emporte :

Il la mordoit , dit-on , de bonne sorte , Chemin disant ; les uns disent au cou , D'autres au bras ; on ne sait pas bien oil :

D'ailleurs , qu'importe? à la fin , non sans peine , Dans le couvent la béate l'enunéne; Elle l'annonce. Avec grande rumeur Le bruit en court. Aux premières nouvelles La cloche sonne: on étoit lors au chceur; On quitte tout, on court, on a des ailes:

■ C'est lui , ma sceur ! il est au grand parloir ! ■ On voie en foule, on grille de le voir; Les vieilles même, au marcher symétrique, Des ans tardife ont oubhé le poids :

Tout rajeunit; et la mère Angélique Courut alors pour la première fois.

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CHANT QUATRIEME

On voit enfin , on ne peut se repaître

Assez les yeux des beautés de l'oiseau :

C'étoit raison , car le iripon , pour être

Moins bon garçon , n'en étoit pas moiiis beau ;

Cet oeil guerrier et cet air petît-maitre

Lui prétoient même un agrément nouveau.

Faut-il , grand dieu 1 que sur le front d'un traître

Brillent ainsi les plus tendres attraits !

Que ne peut-on distinguer et connottre

Les cœurs pervers à de difformes traits !

Pour admirer les charmes qu'il rassemble

Toutes les sœurs parlait toutes oisemble :

Ed entendant cet essaim bourdonner

On eût à peine entendu Dieu tonner.

Lui cependant , parmi tout ce vacarme ,

Sans daigner dire un mot de piété ,

Rouloit les yeux d'un air de jeune carme.

Premier grief: cet air trop efironté

Fut un scandale à la communauté.

£n second lieu , quand ta mère prieure

D'un air auguste, en fille intérieure,

Voulut parler à l'oiseau libertin ,

Pour premiers mots et pour toute réponse ,

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»4 VER-VEBT.

NoDchalaniment , et d'un air de dédain ,

Sans bien songer aux horreurs qu'il prononce ,

Mon gars répond avec un ton fequin ,

• Par la corbleu ! que les nonnes sont folles I "

L'histoire dit qu'il avoit en chemin

D'un de la troupe entendu ces paroles.

A ce début la sœur Saint-Augustin ,

D'un air sucré , voulant le faire taire ,

En lui disant : Fi donc , tnoo très cher frère !

Le très cher frère, indocile et mutin.

Vous la rima très richement en tain.

Vive Jésus ! il est sorcier, ma mère !

Reprend la sœur. Juste Dieu ! quel coquin !

Quoi ! c'est donc là œ perroquet divin?

Ici Ver-Vert , en vrai gibier de Grève ,

L'apostropha d'un La peste te crève !

Chacune vint pour brider le caquet

Du grenadier, chacune eut son paquet :

Turlupinant les j eunes précieuses ,

Il imitoit leur courroux babillard;

Plus déchaîné sur les vieilles grondeuses,

Il bafouoit leur sermon nasillard.

Ce tilt bien pis quand, d'un ton de corsaire, Las, excédé de leurs fades propos.

Bouffi de rage , écumant de colère , Il entonna tous les horribles mots Qu'il avoit su rapporter des bateaux.

Jurant , sacrant d'une voix dissolue ,

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CHANT QUATRIÈME. a5

Faisant passer tout l'eniier en revue ; Les B, les F, voltigeoient sur son^tec.

Les jeunes sceors crurent qu'il parloit grec. ■ Jour de Dieu!... ntor...! mille pipes de diables !u Toute la grille , à ces mots eflroyables , Tremble d'horreur; les nonnettes sans voix Font , en fuyant , mille signes de croix :

Toutes , pensant être à la fin du monde , Courent en pf>ste aux caves du couvent; Et sur son nez la mère Cunégonde Se laissant choir, perd sa dernière dent.

Ouvrant à peine un sépulcral organe :

Père éternel ! dit la sceur Bibiane , Miséricorde 1 afai qui nous a donné Cet antechrist , ce démon incamé?

Mon doux sauveur! en quelle conscience Peut-il ainsi jurer comme un damné?

Est<% donc là l'esprit et la science De ce Ver-V«t si chéri , si prôné?

Qu'il soit banni, qu'il soit remis en rootel O dieu d'amonrl refMvnd la soeur Écoute, Quelles h(»Teurs I chez nos sœurs de Nevers Quu ! parle-t-on ceiangage pervers?

Quoi ! c'est ainsi qu'on forme la jeunesse !

Quel hérétique 1 ô divine sagesse I Qu'il n'enb% pointl avec ce Ludter En garnison nous aurions tout l'enf^.

Conclunon: Ver-Vert est mis en cage;

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a6 VER-VERT.

On se résout, sans tarder davantage, A renvoyer le parleur scandaleux.

Le pèlerin ne demandoit pas mieux.

Il est proscrit, dédaré détestable, Abominable , atteint et convaincu D'avoir tenté d'entamer la vertu Des saintes sœurs -. toutes de l'exécrable Signent l'an^t , en pleurant le coupable ; Car quel malheur qu'il f&t si dépravé , N'étant encor qu'à la fleur de son âge , Et qu'il portât , sous on si beau plumage , La fière humeur d'an escroc achevé , L'air d'un païen , le cceur d'un réprouvé 1

H part enfin , porté par la tourière , Mais sans la mordre en retournant au port :

Une cabane emporte le compère , Et sans regret il fiiit ce triste bord.

De ses malheurs telle fut l'Iliade.

Quel désespoir, lorsqu'enfin de retour ' Il vînt donner pareille sérénade , Pareil scandale en son premier séjour !

Que résoudront nos soeurs inconsolables?

Les yeux en pleurs , les sens d'horreur troublés , En manteaux longs , en voiles redoublés , Au discrétoire entrent neuf vénérables :

Figurez-vous neuf siècles assMnblés. Là , sans espoir d'aucun heureux suffrage , Privé des soeurs qui j^deroi«it pour loi ,

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CHANT QUATRIÈME

En plein parquet enchaîné dans sa cage , Ver-Vert parolt sans gloire et sans appui.

On est aux voix : déjà deux des sibylles £d billets noirs ont crayonné sa mort; Deux autres soeurs , un peu moins imbécilles , Veulent qu'en proie à son malheureux sort Ou le renvoie au rivage pro^me Qui le vit naître avec le noir brachmane ; ' Mais de concert les cinq dernières voix Du châtiment déterminent le choix :

On le condanme à deux mois d'abstinence, Trois de retraite, et quatre de silence; Jardins , toilette , alcôves , et biscuits , Pendant ce temps lui seront interdits.

Ce n'est point tout: pour comble de misère, Oq lui choisit pour garde , pour geôlière , Pour entretien, l'Alecton du couvent, Une converse , infimte douairière , Singe voilé, squelette octogénaire.

Spectacle (ait pour l'ceil d'un pénitent.

Malgré les soins de l'Argus inflexible.

Dans leurs loisirs souvent d'aimables sceurs , Venant le plaindre avec un air sensible , De son exil suspendoient les rigueurs:

Sœur Rosahe , au retour de matines , plus d'une fois lui porta des pralines; Mais , dans les fers , loin d'un libre destin , Tous les bonbons ne smit que chicotinv

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i8 VER-VERT.

Couvert de honte , instruit par l'infortUBe , Ou las de voir sa compagne impiHtune, L'oiseau contrit se reconnut enfin :

Il oublia les dragons et le moine ; Et, pleinement remis à l'unisson Avec nos sœurs pour l'air et pour le ton , II redevint plus dévot qu'un chanoine.

Quand on Ait sûr de sa conversion , Le vieux divan , désarmant sa vengeance , De l'exilé borna la pénitence.

De son rappel, sans doute, l'heureux jour Va pour ces lieux être un jour d'alégresse; Tous ses instants , donnés à la tendresse , Seront filés par la main de l'Amour.

Que (Us'je? hélas ! ô plaisirs infidèles !

O vains attraits de délices mortelles !

Tous les dortoirs «toient joncbés de fleurs; Café par&it , chansons , course légère , Tumulte aimable et liberté plénière; Tout exfHÎnuMt de charmantes ardeurs , Rien n'annonçoit de prochaines douleurs:

Mais , de nos weurs ô largesse indiscrète !

Du sein des maux d'ime Itmgue diète Passant trop lot dans des flots de douceurs , Bourré de sucre , et brûlé de liqueurs , Ver-Vert tond>ant sur un tas de dragées , En noirs cyprès vit ses roses changées.

En vain les sceurs tâcluùeat de retenir

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CHANT QUATRIÈME

Son ame errante et sod dernier soupir; Ce doux excès hâtant sa desdnée , Du tendre amour victime fortunée , Il expira dans le sein du plaisir.

Oa admiroit ses paroles dernières.

Vénus enfin , lui fermant les pan|M^<e8 , Dans l'Elysée et les sacrés bosquets Le mène au rang des héros perroquets , Près de celui dont l'amant de Corine A pleuré l'ombre et chanté la doctrine.

Qui peut narrer combien l'illustre mort Fut regretté ! La sœur dépositaire En composa la lettre circulaire D'où j'ai tiré l'histoire de son stvn.

Pour le garder à la race future , Son portrait fut tiré d'après nature.

Plus d'une main , conduite par l'amour, Sut lui donner une seconde vie Par les couleurs et par la broderie ; Et la Douleur, travaillant à son tour, Peignit, broda des larmes à l'entour.

On lui rendit tous les honneurs funèbres Que l'Hélicon rend aux oiseaux célèbres.

Au pied d'un myrte on plaça le tombeau Qui couvre encor le Mausole nouveau :

Là , par la main des tendres Artémises , En lettres d'or ces rimes furent mises Sur un porphyre envirotmé de fleurs :

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3o VER-VERT. CHANT QUATRIÈME.

En les lisant on sent naître ses pleurs :

x Novices, qui venez causer dans ces bocages

» A l'insu de nos graves soeurs , 1 Un instant, s'il se peut, suspendez vos ramages; Apprenez nos malheurs.

a Vous VOUS taisez : si c'est trop vous contraindre , Parlez , mais parlez pour nous plaindre ; a Un mot vous instruira de nos tendres douleurs : ■ Ci-^t Ver-Vert , ci gisent tous les cœurs. »

On dit pourtant ( pour terminer ma glose En peu de mots ) que l'ombre de l'oiseau Ne loge plus dans le susdit tombeau ; Que son esprit dans les nonnes repose , Et qu'en tout temps , par la métempsycose , De sœurs en sœurs l'immortel perroquet Transportera son ame et son caquet.

FIN DE VEB-VEBT.

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LE CARÊME

IN-PROMPTU

Sous un àel toujours rigoureux , Au sein des flots impétueux , Non loin de l'armorique plage, Il est une tie , affreux rivage , Habitacle marécageux , Moidé peuplé , moitié sauvage, Dont les habitants malheureux , Séparés du reste du monde.

Semblent ne connoltre que l'onde , Et n^étre connus que des deux.

Des nouvelles de la nature Viennent rarement sur ces bords ; On n'y sait que par aventure , Et par de très tardiis rapports , Ce qui se passe sur la terre.

Qui fait la paix , qui tait la guerre , Qui sont les vivants et les morts.

De cette étrange résidence Le curé , sans trop d'embarras , Enseveli dans l'indolence D'une héréditaire igncwance , Vit de baptême et de trépas,

LE CARÊME

Et d'offices qu'il n'eatend pas ; Parmi les DOtables de l'Ile Il est regardé comme habile Quand il peut dire quelquefois Le mois de l'aa , le jour du mois.

On va penser que j'exagère, Et que j'outre le caractrâ^ :

> Quelle apparence , dira-t'4Ui I « Quelle Ue assez abandonnée Il Ignore le temps de l'ennée!

■ Non , ce trait ne peut être bon « Que dans une lie imagiiiée « Par le fabuleux Robinsob. "

De grâce, censeur incrédule.

Ne jugez point sur ce soupçon.

Un Eût narré sans fiction Va TOUS enlever ce scrupule:

Il porte la conviction; Je n'y mettrai qne la laçou.

Le curé de Tlle susdite , Vieux papa , bon Israélite , ( N'importe quand advint le cas J N'avoit point avant les étrennes Fait apporter de nos climats De guide-ânes ni d'almanax^s , Pour le guider dans ses aaéennes , Et régler ses petits états.

Il recomiut sa négligence;

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IN-PROMPTU. Mais trop tard vint la pr^oyance.

La saisoD ne pennettiMt pas De taire voile vers la France :

Abandoimée aux noirs frimas La mer n etoit f4us praùcable , Et l'on n'espéroit les bous vents Qui rendent londe navigable , Et le continent abordable , Qu'à la naissance du printemps.

Pentbnt ces trois mois de tempête Que Ëiire sans calendrier?

Comment placer les jours de fête?

Gomment les différencier?

Dans une pareille méprise Quelque autre curé plus savant N'auroit pu régir son église ; Et peut-être dévotement , Bravant les fougues de la bise , Se seroit livré sans remise Aux périls du moite élément; Mais , pour une telle imprudence Doué d'un trop bon jugement, Notre bon prêtre assurément Cbérissoit trop son existence.

C'étoit d'^lleurs un vieux routier, Qui , s'étant fait une babitude Des fonctions de son métier, Officioit sans trop d'étude .

ibïGoogIc —

SJf LE CARÊME

Et qui , dans sa àéaréjtitude , Dégoisoh psaumes et leçons Sans y faire tant de façons.

Prenant donc son parb sans p^e , Il annonce le premier mois , . .

Et l'ecommaode par trcùs fois A son assistance chrétienne De ne point finir la semaine Sans chonuner la fête des Bois.

Ces premiers points étoient ^Ues; Il ne trouva de rembarras Qu'en pensant qaïl ne sauroit pas Où ranger les fêtes mobiles. ' Qu'y faire enfin? Peu scrupuleux , Il décida , ne pouvalit mieux , Que ces fêtes , comme ignorées , Ne seroient chez lui célébrées Que quand au retour du zéphyr, Lui-même il auroit pu venir Prendre langue dans nos contrées.

Il crut cet avis selon Dieii:

Ce liit celui de son vicaire , De Javotte sa ménagère, £t de son magiater Mathieu , La plus forte tête du heu.

Ceciposé, janvier se passer Plus agile encor dans son cours.

Février fuit, mars le remplace.

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IN-PROMPTU

Et l'aquilon régnoit toujours :

Du printemps avec patience Attendant le prochaiB retour.

Et sur l'annuelle abstinence Prétendant cause d'ignorance, Ou , bonnement et sans détour, Par faute de réminiscence , Notre vieux curé chaque jour Se mettoit sur la conscience Un chapon de sa basse-cour.

Cependant , poursiût la chronique , Le carême depuis un mois Sur tout l'univers catholique Étendoit ses austères lois :

L'Ile seule, grâce au bon homme, A l'abri des statuts de Borne, Voyoit ses libres habitants Vivre en gras pendant tout ce temps.

De vrai, ce n'étoit fine chère; Mais cependant chaque insulaire , Mi-paysan et mi-bourgeois , Pouvoit parer son ordiitaire D'un fin lard flanqué de vieux pois.

A l'exemple du presbyt^^, Tous, dans cette erreur salutaire, Soupoient pour nous d'un cœur joyeux, Tandis que nous jeûnions pour eux.

Enfin pourtuit le froid BiH-ée

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LE CARÊME

Quitta l'onde plus tempérée.

Voyant qu'il étoit plus que temps D'instruire nos impénitents , Le diable , content de lui-même , Ne retarda plus le printemps :

C'étoit lui qui, par stratagème, Leur rendant contraire tout veat, Âvoit voulu, chemin feisant, Leur escamoter un carême.

Pour se divertir en passant.

Le calme rétabli sur Tonde, Mon curé, selon son serment, Pour voir comment alloit le monde, S'embarque sans retardement, S'étant bien lesté la bedaine De quatre tranches de jambon:

Fait digne de réflexion^ Car de la sainte quarantaine Déjà la cinqui^ne semaine Venoit de commencer son cours.

11 vient; il trouve avec surprise Que dans Tempire de l'Église Pâque revenoit dans dix jours:

■ Dieu soit loué ! prenons courage, « Dit-il enfonçant son castor; a Grâce au Seigneur notre voyage « Se trouve iàit à temps encor a Pour pouvoir, dans mon ermitage.

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IN-PROMPTU

■ FÊter Pàque seloD Tusage. « Content il rentre sur son bord , Après avoir fait ses emplettes £t d'almanachs et de lunettes.

Il part, il arrive à bon port Dans ses solitaires retraites.

Le lendemain , jour des Rameaux , -

Prônant avec un zélé extrême.

Il notifie à ses vassaux

La date de notre carême:

* Mais, poursuit-il, j'ai mon système,

■ Mes frères, nous n'y perdrons rien, •> Et nous le rattraperons bien :

« D'abord , avant notre abstinence,

« Pour garder l'usage ancien,

a Et bien remplir toute observance ,

■ Le mardi-gras sera mardi;

■ Le jour des cendres , mercredi ;

' Suivront trois jours de pénitence ,

a Dans toute t'tle on jeûnera ;

a Et dimanche , unis à l'église ,

a Sans plus craindre aucune méprise ,

<• Nous chanterons VAlUluia. »

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