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DISCOURS PRONONCÉ A LA CONFÉRENCE DE LIVOURNE

connu, pour un étranger, pour un homme dont la plupart d'entre vous ignoraient même le nom, vous avez adressé à Dieu les plus ferventes prières. Doux effet de cette fraternité chrétienne, qui fait de nous des amis avant même que nous ayons échangé un regard, avant d'avoir entendu le son de nos voix, avant de nous être serré affectueusement la main ! Ce sentiment d'amour fraternel, qui unit sur la terre tous les catholiques, et qui de tant de peuples divers ne fait qu'une seule famille, se retrouve au plus haut degré parmi les membres de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Le monde pourrait dire d'eux ce que les païens étonnés disaient des premiers chrétiens, ainsi que l'atteste Tertullien : Voyez comme ils savent s'aimer î

Messieurs et chers Confrères , pardonnez-moi si, comme un des aînés de notre Société, je me prévaux d'une longue expérience pour lui rendre un solennel témoignage. Quand viennent pour un chrétien les jours mauvais de la vie, quand il se trouve aux prises avec de graves infirmités, c'est pour lui le moment de remonter, par la pensée, les jours passés, d'évoquer le souvenir du bien ou du mal qu'il a faits : du mal, pour s'en repentir de plus en plus; du bien, pour y puiser des motifs de consolation et de soulagement dans l'affliction présente. J'en fais aujourd'hui l'expérience, et j'éprouve la plus grande douceur à repasser dans ma mémoire le peu de bien qu'en regard de tant de mal j'ai eu occasion de faire au sein de la Société de Saint-

Vincent-de-Paul, dans les premières et heureuses années de ma jeunesse. La parole est impuissante à retracer les consolations que ces souvenirs répandent dans mon âme, maintenant surtout que je ne sais si Dieu m'accordera longtemps encore la joie de voir le bien que fait notre Société. Elle est bien juste et bien vraie, cette admirable parole de la sainte Ecriture : Beatus qui mtelligit super egenum et pauperem; in die mala liberabit eum Dominus ! Heureux celui qui a l'intelligence de sa mission près du pauvre et de l'indigent ; le Seigneur lui viendra en aide aux jours mauvais. — Messieurs et cbers Confrères, je vous souhaite du fond du cœur des jours heureux et tranquilles ; mais il vous sera bien difficile de suivre le cours de la vie présente, sans rencontrer, ou plus tôt ou plus tard, les jours mauvais. Alors, vous aussi, vous trouverez une grande consolation à vous rappeler le bien que vous aurez fait dans la Société de Saint- Vincent-de-Paul, et vous bénirez les heures employées à secourir des malheureux qui, peut-être, ont souffert plus encore que vous. Ce souvenir allégera vos épreuves, et vous sera en même temps une occasion d'avancer de plus en plus dans la voie du bien.

Pour obtenir plus sûrement ces heureux résultats, il faut chercher à accroître le nombre de vos associés. La multitude des pauvres qui ont besoin de vos secours doit d'abord vous y engager fortement. Dans l'origine, il fut utile, il fut nécessaire d'être en petit nombre, afin de former comme un noyau plein de sève, capable

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tle geriiiei', de pousser des rameaux et de porter des fruits. Et je. me félicite avec vous que vous ayez commencé votre CiOnférence exactement comme l'avaient fait à Paris les premiers membres de la Société. Vous aussi, en effet, vous vous êtes réunis au nombre de huit ; vous aussi, vous avez commencé dans le mois des lïeurs, mois consacré à Marie, notre protectrice spéciale. Je me félicite plus encore de voir se conserver religieusement parmi vous les traditions et l'esprit de notre Institut. Cet esprit vit dans votre président, il anime votre président honoraire, qui porte avec tant de dignité et de grâce la devise de saint Vincent de Paul. Il respire surtout dans votre zélé et illustre pasteur, monseigneur l'évêque Gavi, qui a donné de si grandes preuves de son affection à cette Conférence naissante. Et comment ne pas reconnaître cet esprit et cette charité traditionnels dans les membres actifs qui rivaHsent entre eux de soins pour les familles qui leur sont confiées, et dans les membres honoraires ou bienfaiteurs qui ont tant contribué par leurs aumônes au développement de vos bonnes œuvres?

En deux années d'existence, vous avez fait de grands progrès. 11 faut avancer encore ; il faut que la Conférence deLivourne devienne un des centres les plus actifs de la Société de Saint- Vincent-de-Paul en Itahe.

Ceux qui ont déployé et qui déploient encore le plus de zèle pour la propagation de notre œuvre se plaignent de rencontrer deux principaux obstacles. Le premier est le respect humain. Que de jeunes gens qui s'inscri-

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raient volontiers parmi, les membres de la Société de Saint- Vincent-de-Paul, et qui porteraient dans le service des pauvres toute la généreuse ardeur de leurs vertes années, s'ils n'étaient retenus par la crainte d'être raillés, parce que le peu de bien que nous essayons de faire, nous le faisons au nom de Dieu sous le patronage d'un saint 1

Répondez-leur qu'une semblable crainte aurait dû, à plus forte raison, arrêter les huit jeunes étudiants qui, émus des paroles méprisantes qu'adressaient aux catholiques quelques-uns de leurs condisciples, commencèrent la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Dans quelle ville, en effet, le respect humain est-il plus fort qu'il ne l'était, à cette époque, dans Paris? Toutefois ces jeunes gens n'eurent aucun souci de ce qu'on pourrait dire d'eux, sûrs qu'ils étaient de voir se lever le jour de la vérité et de la justice.

Répondez encore à ces captifs du respect humain qu'à peine les premiers membres de la Société eurent franchi l'escalier du pauvre, distribué le pain à des familles en pleurs, envoyé aux écoles les enfants jusque-là négligés ; à peine eut-on reconnu à ces signes que le peuple avait en eux de vrais amis, qu'ils trouvèrent aussitôt autour d'eux, non-seulement tolérance, mais faveur et respect. Ce siècle, en effet, tout corrompu qu'il soit sur tant de points, honore et respecte, il faut le dire à sa louange, ceux qui se vouent à l'amélioration du sort du peuple et qui cherchent à rendre plus léger le joug qui pèse sur la tête des fus désolés

d'Adam. Lorsque, en France, dans les jours funèbres de 1793, on dépouillait les églises et les autels, on n'hésita pas à proposer d'élever une statue à saint Vincent de Paul, bienfaiteur de l'humanité; et, si je puis me servir de ces paroles téméraires et sacrilèges en un sens, les impies, en retour du bien qu'il avait fait aux hommes, lui pardonnaient d'avoir aimé Dieu.

Dites enfin à ceux qu'arrête le respect humain que peut-être aurait-on pu comprendre leur timidité et y compatir dans l'origine, alors que nos Conférences n'offraient ni les avantages du nombre, ni les résultats d'une longue expérience. Mais, aujourd'hui, qui donc peut empêcher les ouvriers delà troisième heure d'eutrer dans la vigne du père de famille, déjà remplie de vendangeurs, et de faire partie d'une Société répandue dans les pays les plus civihsés, dans les cités les plus savantes du monde, à Londres conmie à Paris, à Berlin aussi bien qu'à Rome ? A Dieu ne plaise que je veuille ici glorifier nos Conférences, qui attachent le plus grand prix à rester, non pas secrètes, mais obscures ; non pas cachées, mais humbles ! Si je parle ainsi, Dieu et notre saint patron me le pardonneront, car c'est pour fortifier les faibles. Que ceux-ci ne craignent donc pas de venir parmi nous ; ils y trouveront assez de frères pour que leur timidité se rassure, assez d'exemples de charité pour éveiller en eux la pkis noble émulation. Ils y trouveront l'amitié chrétienne et cette affectueuse fraternité qui ne leur laisseront d'autre regret que celui de les avoir connues trop tard.

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Le second obstacle à la propagation de notre œuvre vient d'une crainte vague que la Société de Saint- Vineent-de-Paul, sous le voile de la charité, ne cache un but politique. Dans beaucoup de lieux, j'ai vu naître cette crainte ; on nous a crus tantôt d'un parti, tantôt d'un autre tout opposé, ce qui suffirait déjà pour démontrer que nous ne sommes d'aucun parti. A ceux qui vous témoigneraient une semblable crainte il ^faut répondre : Jamais la Société de Saint-Vincent-de-Paul ne s'est mêlée de politique ; l'esprit de parti en est absolument exclu, et, Dieu merci, elle est toujours restée étrangère aux discordes civiles. Elle n'a qu'un seul but : sanctifier ses membres en exerçant la charité et en secourant le pauvre dans ses besoins temporels et spirituels. Voyez Paris : nos Conférences ne s'y sont trouvées compromises dans aucun des derniers bouleversements. Quatre gouvernements divers se sont succédé en France, dans l'espace de quatre ans, et notre Société, conservant toujours son caractère exclusif de société charitable, est restée entourée du respect de tous, parcequ'elle n'est hostile à personne. Voyez deux autres pays, de mœurs et de caractères bien différents, la Hollande, régie par un pouvoir peu favorable au prosélytisme catholique, et l'Espagne, catholique il est vrai, mais toujours défiante à l'égard des œuvres qui ont pris naissance de l'autre côté des Pyrénées : eh bien, ces deux gouvernements, après la plus minutieuse enquête, ont cru devoir non-seulement tolérer les Conférences de Saint- Vincent-de-Paul, mais encore

en autoriser l'établissement par des décrets solennels. INos Conférences vivent sons le despotisme mitigé qui règne snr les rives du Bosphore et du Jourdain ; elles prospèrent à l'air libre du 3ïexique et des Etats- Unis.

Du reste, disons-le hautement, nos Conférences s'occupent de la plus intéressante des questions modernes. Regardant comme un devoir d'y porter une main bienfaisante, elles s'efforcent d'éteindre les fatals ressentiments du pauvre contre le riche et d'empêcher que la société ne se divise en deux camps, ceux qui ont et ceux qui n'ont pas. De même qu'autrefois, dans votre Italie, quand des factions implacables ensanglantaient les plus belle cités, on voyait un père Jean de Vicence, un saint Bernard de Sienne, se jeter, le crucifix à la main, entre les combattants, proclamer la paix et réconcilier les partis hostiles ; de même aujourd'hui les membres de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, bien que leur faiblesse ne permette pas de les comparer à de semblables héros, animés cependant du même esprit, font leurs efforts pour avancer ce grand ouvrage d'une conciliation universelle.

Dans votre vaste et florissante cité, il y a certainement des riches qui n'ont ni la facilité ni le temps d'aller en personne secourir les pauvres. Allez à eux et dites-leur: Si vous ne pouvez visiter vous-mêmes 1 indigent dans sa demeure, s'il vous est impossible de le secourir personnellement, nous voici prêts à nous charger de cette mission ; nous tiendrons à honneur d'être

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