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DISCOURS PRONONCE A LA CONFERENCE DE LIYOURNE

à la fois vos ambassadeurs, les pourvoyeurs des pauvres, les serviteurs de Jésus-Christ, de Jésus-Christ, Dieu des pauvres et des riches, le plus grand des riches, puisqu'il l'est par sa nature, le plus saint des pauvres, puisqu'il l'est par sa volonté. Vous vous rendrez ensuite sous le toit de l'indigent, et, après avoir adouci ses insupportables misères par vos propres aumônes et par celles d'autrui, vous sortirez de sa demeure, en messagers de la paix, rapportant, comme autrefois la colombe de l'arche, en signe d'une nouvelle alliance, le rameau vert de l'olivier.

Quand Radagaise, en 406, se précipita sur l'Italie à la tête d'une multitude innombrable qui alla périr misérablement dans les montagnes de la Toscane, ce ne lut pas, comme on Ta cru, l'emportement furieux d'un barbare, ce fut la résolution concertée de plusieurs peuples : toute la Germanie était derrière lui, et pensait à ce coup en fmir avec Rome. A la nouvelle du désastre de leur chef, les Suèves, les Alains et les Vandales, qui les suivaient de loin, tournèrent vers le Rhin, forcèrent le passage et se répandirent sur la rive gauche, brûlant les villes, réduisant les citoyens en esclavage : au pillage des basiliques on reconnaît encore le plus grand nombre des conquérants pour des idolâtres. Une

* La Civilisa tioîi chrétienne chez les Francs. Œuvres complètes, tome IV, chapitre ii.

bande s'empara de Mayence, surprit les chrétiens rassemblés dans l'église au nombre de plusieurs milliers, et les passa au fil de l'épée. Jamais peut-être le paganisme ne parut plus près de venger ses humiliations qu'au moment où les Huns vinrent s'abattre sur les villes chrétiennes de la Gaule. A l'aspect de ces fils du désert nés, disait-on, des sorcières et des mauvais génies, à qui l'on ne connaissait pas d'autre dieu qu'une épée plantée en terre, ni d'autre culte que l'effusion du sang, les cœurs les plus fermes purent regretter les teijqjs de Dèce et de Dioclélien. Les églises disparaissaient, et les dernières traces de culture s'effaçaient comme l'herbe sous les pieds des trois cent mille hommes qu'Attila traînait après lui. Besançon, Strasbourg, Worms, 31ayencè, Langres, Reims, Cambrai, Toul et Trêves, furent emportés : il ne resta de Metz qu'une chapelle dédiée à saint Etienne ; les prêtres périrent au pied des autels, qu'ils paraient ce jour-là pour célébrer la fête de Pâques. Les Huns succombèrent dans les plaines de Chàlons; mais cette lutte sanglante prolongea la terreur de leur passage. C'est au milieu de ces redoutables spectacles que la postérité encore émue plaça la belle légende de sainte Ursule. Ursule, fille d'un roi chrétien de la Grande-Bretagne, est demandée en mariage par un prince idolâtre : elle donne son consentement afin de sauver son père, mais on lui accordera trois ans pour jouir de sa virginité, et, pour présent de fiançailles, dix jeunes filles de la plus pure noblesse des deux royaumes : chacune de

ces dix sera, comme elle, suivie de mille compagnes. Alors elle fait équiper onze galères, et chaque jour elle exerce sa jeune troupe à déployer les voiles, à soulever les rames. Les courses de la flotte virginale charment la multitude rassemblée sur le rivage: ce sont les derniers jeux de ces filles de navigateurs. Un soir le vent du nord s'élève : les onze galères fuient sur l'Océan, arrivent aux bouches du Rhin et le remontent jusqu'à Bàle. Là, aveities par un ange, les voyageuses prennent terre et passent les Alpes pour accomplir le pèlerinage de Rome. Elles revenaient joyeuses el redescendaient le Rhin sur leurs navires ; déjà elles reconnaissaient les clochers de Cologne, quand elles aperçurent les tentes des Huns campés autour de la ville. Enveloppées de toutes parts, brebis parmi les loups, entre le déshonneur et la mort, elles moururent jusqu'à la dernière. Ursule, menée aux pieds d'Attila, refusa de partager son trône ; et, percée d'un trait, la reine de cette blanche armée rejoignit ses compagnes dans le ciel. Voilà le poétique récit du moyen âge. Ces légions de vierges entourées par les païens, et tombant sous les Hcclies, n'étaient-elles pas l'image des jeunes chrétientés de Germanie étouffées dans leur Heur par l'invasion?

Depuis un siècle, l'Italie était fatiguée de la tyrannie théologique des empereurs grecs et de la rapacité de leurs exarques. Les peuples indignés renversaient les images des Césars hérétiques, et refusaient leurs monnaies. La persécution des iconoclastes allait éclater bientôt, et il devenait visible que l'empire d'Orient se détachait delà chrétienté. 11 fallait donc qu'elle réparât ses pertes du côté de l'Occident. Les papes savaient qu'ils avaient là des fils turbulents, mais dont le bras était fort. Dans cette belle nation des Francs, parmi ces tribus austrasiennes qui en faisaient l'élite, on voyait régner, sous le nom de maires de palais, une famille

* La Civilisation chrélienne chez les Francs. Œuvres complètes, tome IV, chapitre v.

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héroïque. Pépin d'Héristal, par la puissance de ses armes, avait frayé le chemin à l'Evangile dans la Frise, et reculé la frontière chrétienne. Charles Martel, son fils, venait de repousser les païens de la Saxe jusqu'au Weser, et de ce côté tout annonçait de grands événements.

Dans ces circonstances, le siège apostolique fut occupé par saint Grégoire II. Issu d'un sang patricien , nourri des traditions de la politique romaine, il jugea les temps où il était venu, et ne les craignit pas. D'une part, il voulut demeurer jusqu'au bout fidèle au passé, et ne point trahir la vieillesse de l'empire. Il contint les Italiens dans le devoir, sans rien abandonner de leurs droits ; il ne rendit point les clefs de Rome aux Lombards. D'un autre côté, il ne renonça pas à l'avenir de la société chrétienne ; il y pourvut en assurant l'adoption des jeunes nations du Nord. Dès lors, deux soins le préoccupèrent : il fallait presser l'effort de l'apostolat dans la Germanie païenne ; il fallait affermir pour jamais les Eglises fondées dans les provinces des Francs. Déjà, par ses ordres, trois légats avaient visité la Bavière, afin d'y rétablir la pureté du dogme et la sévérité de la discipline. Cette légation ne remplit pas tous les vœux du pontife : l'instrument de ses desseins n'était pas encore trouvé, lorsqu'à la fin de l'année 718 un moine anglo-saxon se présenta devant lui, et, tirant de son manteau une lettre de son évêque Daniel de Winchester, attendit humblement la réponse.

Le nom du moine était Winfried, et il avait près de

quarante ans. Né à Kirton, clans le royaume de Wessex, il s'était instruit aux lettres sacrées et profanes dans les monastères d'Excester et de Nutscell. La réputation de son savoir l'avait fait appeler dans les chaires des couvents et dans les conseils des prélats : aucun emploi ne paraissait trop grand pour lui. Au milieu de tant d'honneurs, il s'était senti pressé de cette passion de l'apostolat qui conmiençait à gagner les monastères anglo-saxons, et, se rendant en Frise, il avait voulu voir de « quel côté ce peuple donnerait « accès à l'Evangile. » Mais, au moment où il commençait à parcourir le pays, la guerre qui éclata entre Ratbod, duc des Frisons, et Charles Martel, ayant dispersé pour quelque temps les chrétientés naissantes, Winfried s'était retiré en Grande-Bretagne. Il venait maintenant de la quitter une seconde fois pour visiter Rome et s'y confirmer dans sa vocation. Le pape l'accueillit et le retint, s'assura de sa doctrine et de sa piété, et, après de fréquents entretiens, il lui conféra les pleins pouvoirs dont la teneur suit : « Au prêtre « Winfried, Grégoire, serviteur des serviteurs de Dieu. (( Les pieux desseins de votre zèle enflammé dans le « Christ, et les preuves que vous nous avez données de « votre foi, exigent que nous vous appelions au partage « de notre ministère pour la dispensation de la parole « divine. Apprenant donc que dès l'enfance vous avez « étudié les lettres sacrées, et que, pressé par la crainte « de Dieu de faire valoir le talent qui vous fut confié, « vous êtes parti pour répandre cfiez les nation >incré-

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« dules le mystère de la foi, nous vous félicitons de « votre religion et nous voulons aider à la grâce. Puis « donc que vous avez eu la modestie de soumettre <( votre désir à l'avis du siège apostolique, comme un (( membre qui attend son mouvement de la tête direr- « trice de tout le corps ; au nom de l'indivisible Tn- « nitè , par l'inébranlable autorité du bienheureux « Pierre, prince des apôtres, dont nous occupons la « chaire, nous ordonnons que vous portiez le royaume « de Dieu à toutes les nations infidèles qu'il vous sera « possible de visiter ; et que, par l'esprit de vertu ^ « d'amour et de sobriété, vous versiez dans ces âmes « incultes la prédication des deux Testaments. Enhn, « nous voulons que vous veilliez à l'observation du rite « du baptême, selon la formule qui sera rédigée pour « votre usage par la chancellerie du saint-siège. Ce qui (( vous manquera une fois l'œuvre commencée, vous « aurez soin de nous le faire savoir. Portez-vous bien. « — Donné le jour des ides de mai, sous l'eiupire du « très-pieux seigneur Léon Auguste, grand empereur « couronné de Dieu, de son empire la 5*^ année, iudic- (( tion deuxième'. »

Winfried, muni de ces pouvoirs, revint par la Lombardie, la Bavière, la Thuringe et la France orientale. « 11 allait, selon les instructions du saint-siège, observaut les peuples, et comparable à l'abeille qui voltige

* Willibald, Vitn lionifacu, i-v, édit. Giles. OUilo, Vita Bonifacii, liv. I, cap. i-viii. Episl. Gregorii, inter Bonifacu epial., édit. Giles, II.

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autour des ileur? d'uu jardin avant de se reposer sur le calice qu'elle a choisi. » C'est alors qu'il apprit la mort de Ratbod et la fin de la persécution qui avait désolé les chrétientés de Frise. Un attrait puissant le poussait vers cette contrée, par où son apostolat devait commencer et finir. Les païens se tournaient vers le Dieu des Francs, dont ils venaient d'éprouver les armes victorieuses ; et, le nombre croissant toujours de ceux qui demandaient à se faire instruire, les ouvriers manquaient à la moisson. Winfried s'offrit donc à l'évêque Willibrord, et le seconda pendant trois ans, détruisant les sanctuaires païens, élevant des églises, jusqu'à ce que le vieil évêque, surchargé d'années et de sollicitudes, lui proposât de l'associer à l'épiscopat. Mais lui, troublé de cette proposition, se déroba aux instances de Willibrord, et quitta la Frise pour chercher des travaux obscurs chez des nations plus abandonnées. Telle était déjà la puissance de sa parole, que, s'étant arrêté au monastère de Palatiolum, près de Trêves, comme il commentait devant la communauté un passage de l'Ecriture sainte qu'on venait de lire durant le repas, un jeune homme de quinze ans, nommé Grégoire, d'extraction royale et de la plus haute espérance, ravi des liscours du missionnaire, déclara qu'd ne le quitterait plus, s'attacha à lui et devint un de ses plus illuslrcs disciples. V\infried s'enfonça donc dans la Thuringe. 11 y trouvait un pays ravagé par des guerres éternelles, des populations appauyries, parmi lesquelles il était réduit à vivre du travail dé ses mains ; un petit nombre

SAINT BOiMFACE ^<>^

e chrétiens dans des bourgades mal défendues contre 3s incursions des barbares. Au milieu de tant d'alarmes, commença à réunir les restes des chrétientés fondées )ar saint Rilian, à corriger les mœurs des prêtres et les i-royances des fidèles. Les païens eux-mêmes quittaient eurs huttes pour aller entendre l'étranger savant qui )arlait leur langue, et qui bravait l'horreur de leurs forêts. Beaucoup devinrent chrétiens ; d'autres, baptisés depuis longtemps, quittèrent les idoles auxquelles ils étaient retournés. Deux frères, Detdic et Deorwulf, qu'il avait arrachés au pratiques du paganisme, lui donnèrent une terre de leurs possessions, appelée Amoinaburg; il y éleva une église et un monastère. Ensuite il s'avança dans le pays des Essois et jusqu'aux frontières des Saxons, où il baptisa plusieurs milliers de barbares. Assuré dès lors de ne point conq^romettre [)ar une prédication impuissante la gloire de l'Évangile, il envoya Binna, son disciple, au souverain pontife, pour rendre compte des fruits obtenus; lui-mênïe le suivit

de près.

Le second voyage de Winfried à Rome ouvre une nouvelle période de sa mission. Le pape Grégoire 111e reçut dans la basihque du Vatican, l'entretint longuement et lui demanda sa profession de foi, que le missioimaire écrivit , pour ne rien laisser au hasard du discours dans une matière si grave. Enfin, le jour de Saint-André de l'an 7-20, le pape le consacra évêque régionnaire, c'est-à-dire sans Umiles de juridiction, et changea son nom barbare contre le nom prophétique

(le Bonifacius. L'élu prêta le serment épiscopal usité dès le temps du pape Gélase, et qu'il faut rapporter en entier, comme l'acte solennel qui fonda le droit ecclésiastique de l'Allemagne : « Au nom du Seigneur Dieu « Jésus-Christ , qui nous a sauvés ; sous l'empire du « seigneur Léon le Grand, empereur, la septième année « après son coïisulat et la quatrième année de son fds « Constantin le Grand, empereur; indiction sixième. « — Moi, Boniface, par la grâce de Dieu, évêque, je (( promets à vous, bienheureux Pierre, prince des (( apôtres, et à votre vicaire le bienheureux Grégoire, u comme à ses successeurs, par la Trinité indivisible, « Père, Fils et Saint-Esprit, et par votre corps très-sacré (f ici présent, de garder la fidéhté et la pureté de la foi « catholique, et de persévérer, avec l'aide de Dieu, « dans l'unité de la même foi, d'où dépend, sans aucun « doute, tout le salut des chrétiens. Je promets aussi (( de ne jamais consentir à aucune instigation contre « l'union de l'Eglise comiimne et universelle ; mais de « prêter en toutes choses , comme je l'ai dit, ma fidé- « lité, ma sincérité et mon concours, h vous et aux « intérêts de votre Eglise, à qui le Seigneur Dieu a « donné le pouvoir de lier et de délier, ainsi qu'à votre (( vicaire et à ceux qui lui succéderont. Si je viens à « connaître des prélats qui vivent contrairement aux ( règles anciennes des saints Pères, je m'engage à n'av< voir avec eux ni conmiuniôn ni commerce; mais, au . contraire, à les réprimer si je puis; sinon, j'en ferai T aussitôt un rapport fidèle à mon seigneur le succès-

« seur de l'apôtre. Que si (ce qu'à Dieu ne plaise !) je « tente d'agir contre les termes de la présente déclara- « tion, en quelque manière ou dans quelque occasion « que ce soit, je veux être trouvé coupable au jugement « éternel, et encourir le châtiment d'Ananie et de Sap- « plîire, qui osèrent vous tromper en vous cachant leurs « biens. — Moi, Boniface, humble évêque, j'ai écrit « de ma propre main ce texte de mon serment, et, le « déposant sur le corps très-sacré de saint Pierre, j'ai « l'ait devant Dieu, pris pour témoin et pour juge, le « serment que je promets d'observer. » En renvoyant Boniface aux nations du Nord, le souverain pontife lui remit le livre des saints canons ; il y joignit des lettres pour Charles 3Iartel, pour les évêques, pour le peuple chrétien, qu'il exhortait à protéger le délégué du saintsiége, à le seconder, à le secourir; enfin pour les idolâtres thuringiens et saxons, auprès desquels il l'accréditait comme l'envoyé de Dieu dans l'intérêt de leurs âmes.

Saint Boniface quitta Rome, et se rendit premièrement auprès de Charles Martel, qui lui fit déUvrer une charte de sauvegarde, souscrite de sa main et revêtue de son sceau. 11 y était ordonné anx évoques, ducs, comtes, et officiers de tout rang, de respecter l'homme apostolique, le maire du palais l'ayant pris sous sa protection (Mundiburdium), et lui prêtant main-forte pour aller et vejiir comme il lui plairait, de façon qu'il trouvât partout justice. Charles Martel devait assurément ce bon procédé au missioimaire, cette réponse à un pape

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qui le louait de sa piété, à des avances qui lui laissaient déjà pressentir ce que Rome pourrait un jour pour la grandeur de sa maison. Mais on a lieu de douter que le maire du palais, distrait par lès soins de la guerre et du gouvernement, circonvenu par des prêtres relâchés, aussi peu favorables au prosélytisme des Anglo-Saxons qu'aux austérités des Irlandais, s'occupât d'entourer Boniface de cette protection vigilante que demandait son ministère en des circonstances si difficiles. Au moment de rentrer dans ses missions deHesse et de Thuringe, on voit le grand évêque s'effrayer de son isolement. Il croit encore et peut-être plus qu'il ne faut, à la nécessité de l'intervention séculière pour contenir les mauvais chrétiens, et pour commencer la conversion des païens, non par la violence, mais par le respect. D'un autre côté, il trouve le prince entouré de prélats courtisans, d'adultères et d'homicides élevés aux saints ordres, de faux docteurs qui, à l'exemple des manichéens, défendent les viandes permises. Alors il se souvient des monastères de Bretagne, de ce peuple de saints, où sa jeunesse trouvait tant de lumières et de consolations. Il écrit à son ancien évêque Daniel, « selon cette habitude des hommes quand ils sont dans la peine, de chercher des adoucissements et des conseils auprès de ceux dont ils connaissent la sagesse et l'amitié. » Daniel lui répond ; il l'encourage par le souvenir des apôtres et des martyrs ; il l'engage à chercher audessus des princes de la terre le seul appui qui ne le trahira point. Surtout il lui prodigue les conseils de sa

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vieille expérience pour la conversion des païens, dans une lettre qu'il faut citer pour y voir la suite de cette politique de saint Grégoire, dont l'Eglise anglo-saxonne avait conservé la tradition.

« Vous ne devez point, écrivait-il, vous élever contre « les généalogies de leurs faux dieux. Laissez-les répé- « ter devant vous que leurs dieux naquirent les uns des « autres, par l'embrassement de l'époux et de l'épouse. « Vous leur" prouverez ensuite que des dieux et des a déesses nés d'une naissance humaine ne sont que des « hommes, et qu'ayant commencé d'être ils n'existè- « rent donc pas toujours. Alors demandez-leur si le « monde a eu un conmiencement, ou s'il est éternel : « et s'il a commencé, qui l'a créé? Et dans quel Heu, « avant la création, résidaient ces divinités qui nais- « sent? S'ils le disent éternel, qui le gouvernait avant « la venue des dieux? Comment soumirent-ils à leurs « lois ce monde qui n'en avait pas besoin ? D'où est « venu le premier d'entre eux, et par qui fut engendré « celui de qui descendirent tous les autres ? Pensent-ils « aussi qu'il fadle honorer leurs dieux pour le bonheur « temporel et présent, ou pour le bonheur éternel? Si « c'est pour le bonheur temporel, qu'ils disent en quoi « les païens sont plus heureux que les chrétiens? — f< Vous leur adresserez ces objections et plusieurs au- <( très semblables, non comme des provocations et des « insultes, mais avec beaucoup de modération et de « douceur. Et par intervalles il faudra comparer leurs « superstitions à nos dogmes, les effleurant pour ainsi

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« diro, aiin que les païens demeurent confus plutôt . « qu'exaspérés, qu'ils rougissent de l'absurdité de leurs « opinions, et ne pensent point que nous ignorions a leurs fables et leurs criminelles observances. Vous a leur représenterez aussi la grandeur du monde chré- « tien, en comparaison de quoi ils sont si peu de chose. « Et afin qu'ils ne vantent pas l'empire immémorial « de leur idoles, apprenez-leur que les idoles furent {( adorées par toute la terre, jusqu'à ce que la terre eût a été réconciliée avec Dieu par la grâce de Jésus- « Christ. »

Tels étaient les conseils que Boniface méditait, en pénétrant de nouveau chez les tribus païennes de la Hesse. Ces ménagements pour les traditions nationales, cette indulgence soutenue de tant de zèle et d'austérité, attiraient les barbares. Beaucoup abjurèrent leurs erreurs. Mais d'autres, en grand nombre, sacrifiaient ouvertement ou en secret aux arbres et aux fontaines, pratiquaient les divinations et les incantations, et consultaient le chant des oiseaux. Alors, par le conseil des plus sages, et pour entraîner par un grand exemple les esprits ébranlés, il résolut de renverser un arbre d'une merveilleuse hauteur, que les païens dans leur langue nommaient le chêne de Thor, et qui s'élevait au lieu appelé Geismar. Une grande multitude de barbares était accourue, menaçant de défendre à main armée ce dernier signe du culte de leurs pères et de mettre à mort l'ennemi des dieux. L'évêque parut, entouré de ses clercs. Aux premiers coups de cognée, un grand

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vent, qu'on rogarda comme un signe du ciel, fit plier le chêne gigantesque. 11 s'inclina sous le poids de ses branches, et tomba, se brisant en trois endroits, de sorte que, sans aucun travail, il se trouva partagé en quatre grands troncs d'une égale longueur. La foule des idolâtres rétracta ses imprécations, et loua le Dieu des chrétiens.

Le coup porté au paganisme en un jour voulait être soutenu par un effort de plusieurs années. Du bois de l'arbre sacré on construisit un oratoire en l'honneur de saint Pierre. Deux autres églises s'élevèrent auprès d'Altenberg et d'Ohrdruff ; puis, remontant le cours de la Wera, il reprit le chemin de la Thuringe, qu'il trouva livrée à tous les désordres de l'anarchie militaire, jusqu'à ce point que le peuple, fatigué de la tyrannie de ses comtes, s'était donné aux Saxons. En même temps des prêtres concubinaires y prêchaient l'hérésie, en ameutant les nouveaux chrétiens contre le délégué de Rome, dont ils redoutaient l'autorité. Mais lui les confondit publiquement ; et, arrachant la multitude à leurs séductions, il continua de propager la parole de Dieu au milieu de beaucoup de privations et de périls. Le nombre des fidèles s'accrut rapidement, les églises se multiplièrent ; les nouveaux oratoires de Frizlar, d'Erfurt, d'Altenberg, d'Ohrdruff, s'élevèrent pour devenir le centre d'autant de bourgades, et les prédicateurs commencèrent à manquer. Alors Boniface tourna ses espérances vers ses frères d'Angleterre : il écrivit aux évêques, aux abbés , aux

saintes femmes qui gouvernaient des monastères ; il leur confiait sa détresse, l'insuffisance de ses prêtres, les sollicitudes de sa responsabilité épiscopale. « Pour (( celui qui fut appelé au ministère de la parole, disait- « il, c'est peu de vivre saintement : s'il rougit ou s'il « craint de poursuivre les hommes égarés, il périra « avec ceux qui périssent par son silence. » 11 sollicitait donc leur secours ; il demandait des ornements sacerdotaux, des cloches, principalement des livres. On devait chercher pour lui, dans les archives des couvents, les Questions de saint Augustin de Cantorbéry, apôtre des Anglo-Saxons, avec les réponses de saint (Grégoire le Grand, les Passions des martyrs, les commentaires des Pères sur saint Paul, et un volume contenant six prophètes, d'une écriture nette et sans abréviations ni liaisons, comme il le fallait « pour le soulagement de ses vieux yeux. » L'abbesse Eadburg était priée de lui faire transcrire les Epîtres de saint Pierre en lettres d'or, « afin d'honorer les saintes Écritures devant les regards cl'arnels des païens. » Surtout il implorait de nouveaux ouvriers pour la moisson blanchissante fie l'Evangile. Les monastères anglosaxons s'ouvrirent à son appel ; il en sortit un grand nombre de serviteurs de Dieu, lecteurs, écrivains, hommes habiles en différents arts, et ils se rendirent en Germanie. Une génération de disciples se forma autour du maître : c'était Lui, qui devait lui succéder un jour; Willibald, revenu de pèlerinage de Jérusalem; Wunnibald, AVitla. 11 avait déjà auprès de lui le jeune

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Grégoire et Wigbert, qu'il mit à la tête de la colonie monastique de Fritzlar. Plus tard, un homme noble delà province du borique vint lui présenter son jeune fils, pour rélever au service de Dieu. Celui-ci s'appelait Sturm, et devint le fondateur de l'abbaye de Fulde. On vit sortir aussi des couvents de la Grande-Bretagne un essaim de veuves et de vierges, mères, sœurs, parentes des missionnaires, jalouses de partager leurs mérites et leurs périls. Chunihild et Berathgit, sa fille, s'arrêtèrent en Thurinoje. Chunidrat fut envoyée en Bavière; Thecla demeura à Kitzingen, sur le Mein. Lioba, « belle comme les anges, ravissante dans ses « discours, savante dans les Ecritures et les saints ca- « nous, » gouverna l'abbaye de Bischofsheim. Les farouches Germaines, qui autrefois aimaient le sang et se mêlaient aux batailles, venaient maintenant s'agenouiller au pied de ces^douces maîtresses. Le silence et rhumihlé ont caché leurs travaux aux regards du monde ; mais l'histoire marque leur place aux origines de la civilisation germanique : la Providence a mis des femmes auprès de tous les berceaux ^

Au bout de quelques années, Boniface comptait cent mille convertis. iMais c'était peu de mener au baptême ces hommes que nous avons vus si faibles et si tentés, si prompts à quitter le Christ pour retourner aux faux dieux, au meurtre, au pillage : il fallait mettre la cognée aux racines du paganisme dans les cœurs, plus

^ Vit a S. Liobœ, apud Mabillon. Acta SS. Ordims S. Benedkti, sxc. III, Cf. Vita S. Slunni, ap. Pertz, t. Il; Vita S. Willibaldi, ibid.

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fortes et plus tenaces que celles du chêne sacré de Geismar. Ce fut l'ouvrage de la prédication de saint Boniface et de ses disciples. Si nous pouvons en juger par le recueil d'homélies qui nous est parvenu, on y trouve bien la parole toute vivante de l'apôtre, telle qu'il la devait à des néophytes grossiers, mais recueillie et traduite en latin pour servir de modèle et comme de manuel aux prêtres chargés du même ministère. Ces homélies sont au nombre de quinze, en général trèscourtes, et adressées à un auditoire aussi peu instruit des choses humaines que des divines. C'est ainsi que, racontant à ces barbares la naissance du Sauveur, le prédicateur leur apprend qu'il y avait alors une grande ville qui s'appelait Rome, un chef puissant qui se nommait Auguste, et qui fit régner la paix par toute la terre. Il trouve cependant le secret d'introduire ces esprits charnels aux plus hautes considérations du christianisme, aux mystères des saintes Ecritures qu'il cite partout, à la théologie des Pères qu'il rappelle souvent: on remarque dans le sermon dixième, sur l'Incarnation, le souvenir d'un admirable passage des Dialogues de saint Grégoire. Plusieurs de ces discours prennent occasion d'une solennité, de la Nativité, du Carême, de la fête de Pâques, pour résumer en peu de paroles, mais avec beaucoup de simplicité, de clarté et de chaleur, l'économie de la Rédemption, les points principaux de la foi, de la morale, delà disciphne. Mais c'est surtout dans le quinzième sermon qu'on surprend pour ainsi dire les communications de l'évêque avec les nouveaux

SAINT bonU'ACl: r)7i

baptisés, lorsqu'au sortir de l'eau sainte il les instruit (les devoirs de la vie chrétienne.

« Écoutez, mes frères, et méditez attentivement ce « que vous venez d'abjurer au baptême. Vous avez ab- (( juré le démon, ses œuvres et ses pompes. Qu'est-ce « donc que les œuvres du démon? Ce sont l'orgueil, « ridolâtrie, l'envie, l'homicide, la calomnie, le men- « songe, le parjure, la haine, la fornication, l'adultère, « et tout ce qui souille l'homme; le vol, le faux té- « moignage, la gourmandise, l'ivresse, les paroles « honteuses, les querelles. C'est de s'attacher aux « sortilèges et aux incantations, de croire aux magi- « ciennes et aux hommes-lcups, de porter des amu- « lettes et de désobéir à Dieu. Ces œuvres et celles qui « leur ressemblent sont du démon ; vous les avez abju- « rées au baptême, et, selon les paroles de l'Apôtre^ « ceux qui vivent de la sorte n'entreront point dans le « royaume des cieux. Mais, comme nous croyons que, « par la miséricorde divine, vous avez renoncé à toutes « ces choses de fait et d'intention, il me reste à vous « rappeler, mes frères bien-aimés, ce que vous avez « promis au Dieu tout-puissant.

« Car vous avez premièrement promis de croire en « Dieu tout-puissant, en Jésus-Christ son Fils, et en « l'Esprit Saint: un seul Dieu dans une Irinité parfaite. a Voici les commandements que vous devez garder : « Vous aimerez ce Dieu, que vous avez confessé, de « (out votre cœur, de toute votre Ame, de toutes vos « forces; ensuite le prochain com*me vous-mêmes.

T>n SAINT BONIFACE

(( Soyez patients, miséricordieux, bons et chastes. En- « seignez la crainte de Dieu à vos enfants et à vos ser- « viteurs. Mettez la paix dans les discordes; que celui « qui juge ne reçoive pas de présents, car les présents « aveuglent même l'esprit des sages. Observez le jour « du dimanche, et rendez-vous à l'église pour y prier, « non pour y tenir de vains discours. Donnez l'au- « mône selon vos forces. Si vous avez des festins, in- « vitez-y les pauvres, exercez l'hospitalité; visitez les « malades, servez les veuves et les orphelins, rendez la « dîme aux éghses ; ne faites point ce que vous ne voûte lez point qu'on vous fasse; ne craignez que Dieu, «mais craignez le toujours. Croyez à la venue du « Christ, à la résurrection de la chair et au jugement « universel K »

Tout indique dans ce discours une Eglise constituée, qui a ses oratoires, ses fêtes, ses observances régulières. Telle fut en effet la puissance delà prédication et l'activité du zèle qui en organisait les conquêtes, qu'en 75'2, les paysans s'étant jetés sur la Thuringe, où ils brûlèrent trente églises, tant paroisses que monastères, Boniface, écrivant au pape Etienne, parlait de ces pertes comme d'un accident qui avait retardé sa lettre, mais qu'un peu de soin venait de réparer. C'était sous la menace des incursions, dans un pays où la civilisation antique n'avaitlaissé ni ruines ni souvenirs, qu'il fallait asseoir une société durable. Comment ce grand esprit,

' OpefVf S. Bonifadi, edidit Giles, t. II, p. 57,

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capable de mesurer la difficulté de son œuvre/ne s'en iïit-il pas effrayé? Quoi de surprenant s'il hésite, s'il s'efforce de concilier la sévérité des lois ecclésiastiques avec la faiblesse d'un peuple nouveau ; s'il prend conseil des évêques anglo-saxons, ses anciens maîtres ; s'il soumet une série de questions au souverain pontife ? Grégoire II lui répond en douze articles avec la fermeté et la condescendance romaines. Il traite de la législation du mariage, de la discipline cléricale, de l'administration des sacrements. 11 interdit l'usage des viandes immolées ; en cas de maladies contagieuses, il ordonne aux prêtres et aux religieux de rester, et, s'il le faut, de mourir à leur poste. « Sur le point des empêchements « en matière matrimoniale, nous prononçons qu'il se- (( rait mieux de s'abstenir jusqu'au degré où la parenté H cesse d'être reconnaissable; mais, comme nous pence chons à l'indulgence plutôt qu'à l'application du (( droit strict, surtout en faveur d'une nation barbare, « nous voulons qu'après la quatrième génération les a noces puissent être permises... Les lépreux, s'ils sont « fidèles chrétiens, doivent être admis à la participation « du corps et du sang du Sauveur ; mais ils ne se môle- « ront point aux banquets publics... En ce qui con- « cerne les prêtres et les évêques irréguliers, ne refusez « pas de les admettre à vos entretiens et à votre table. « Il arrive souvent que les esprits rebelles aux correc- (( tions de la vérité se laissent captiver par la familia- « rite d'une vie commune et par la séduction d'un avérer tissement amical. Vous en userez de même h l'égard

« des chefs temporels qui vous prêteront leur appui. « Les décisions du pape consolaient le charitable évêque. Cet homme inflexible pour lui-même, qui n'interrompait jamais les jeûnes monastiques au milieu des fatigues de l'apostolat, ne se lassait point de solliciter des décisions, des interprétations indulgentes, pour adoucir à sa jeune Eglise les rigueurs des saints canons. En 7o2, il reçut de Rome le pallium, insigne de l'autorité métropolitaine, et le pouvoir d'achever, par l'établissement de plusieurs évêchés, l'organisation de la société catholique aux mêmes lieux où, neuf ans auparavant, il s'effrayait de sa solitude.

Mais les chrétientés nouvelles ne pouvaient se constituer sans une réforme générale de l'EgUse germanique, dont les désordres renaissants faisaient la douleur de Boniface, quand il voyait, disait-il, des prêtres tombés et des moines apostats éclater avec les païens en injures contre l'Eglise, et devenir un effroyable obstacle à l'Evangile. En effet, rien n'était plus effrayant pour les contemporains, mais rien n'est plus instructif que les vicissitudes de ce long combat, où chaque effort pour éclairer, pour civiliser les peuples, succombait sous une nouvelle révolte de la barbarie.

Au moment même où Charles Martel, vainqueur des infidèles, tendant la main à la papauté, semblait devenir le sauveur de la civilisation chrélienne, elle faillit périr des suites de la victoire. Les exploits de ce grand homme de guerre, en assurant la supériorité des Austrasiens sur la Neustrie et de l'aristocratie miUtaire sur

SAINT DOMFACE 7,75

la royauté, avaient encore une fois changé la face du pays. Les Francs orientaux s'établirent en conquérants dans les villes de Touest et du centre, jusque-là paisiblement gouvernées par des officiers des rois ; et l'on vit toutes les violences d'une invasion barbare, avec les changements d'une révolution politique. En même temps les armées sarrasines, passant les Pyrénées, avaient ravagé la Septimanie et l'Aquitaine. D'un côté, elles remontèrent la vallée dn Rhône, prirent Lyon, Besançon, et s'avancèrent jusqu'à Sens ; de l'autre, elles descendirent la Garonne, et, maîtresses de Poitiers , elles meneçaient déjà de livrer aux flammes le sanctuaire national de Saint-Martin de Tours. La bataille qui sauva l'Église des *Gaules lui coûta cher : ses biens furent donnés en fiefs aux guerriers. Charles, importuné des exigences de ses leudes, leur jetait les crosses des évêchés et des abbayes. Le siège de Mayence fut occupé successivement par deux soldats , Gerold et Gewielieb, son fils : le premier périt en combattant les Saxons ; le second vint en armes défier le meurtrier de son père, le tua d'un coup d'épée, et retourna sans remords au service de l'autel. De semblables chefs n'étaient pas faits pour contenir le clergé ; le désordre ne trouva plus de résistance. Les derniers vestiges de la réforme accomplie par saint Colomban s'effacèrent; et, s'il en faut croire Hincmar, le christianisme sembla un moment aboli, et dans les provinces orientales les idoles furent restaurées.

D'un autre côté, les hérésies grecques, propagées au

midi de la Germanie par les Goths et les Hérules, renaissaient de leurs cendres. L'arianisme reparaissait dans la Bavière ; des religieux africains y avaient porté les doctrines manichéennes. On y trouvait des évêques sans siège, des prêtres sans mission, des serfs tonsurés échappés des manoirs de leurs maîtres, des clercs adultères qui sortaient de leurs orgies avinés et chancelants pour aller Ure l'Evangile au peuple. D'autres immolaient des taureaux et des boucs au dieu Thor, et venaient ensuite baptiser les enfants, on ne sait au nom de quelle divinité. Un Irlandais nommé Clément parcourait les bords du Rhin, traînant à sa suite une concubine, prêchant l'erreur, s'élevant contre la doctrine des Pères et contre les traditions de l'Eglise. Un autre hérétique, nommé Aldebert, faisait lire devant lui une lettre du Christ apportée par les anges, se vantait de ses miracles, distribuait lui-même ses reliques. La foule, entraînée à ses oratoires, qu'il érigeait sous sa propre invocation, désertait les éghses, et n'écoutait plus la voix des pasteurs. Ces égarements rappelaient les erreurs du gnosticisme, et montraient combien la raison humaine, énervée par l'idolâtrie, avait de peine à ressaisir la vérité.

Deux dangers, l'un politique, l'autre théologique, menaçaient donc la Germanie chrétienne : ils faisaient toute la sollicitude de Boniface, et occupèrent la troisième période de sa mission. •

Elle commença, comme les deux autres, par un pèlerinage. T/évêque venait de visiter les bords du Da-

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niibe; il y avait vu la tyrannie des grands, la corruption des ecclésiastiques, la hardiesse des sectaires. Ces maux voulaient une répression décisive. Il résolut d'en conférer avec le pape Grégoire III, qui avait succédé au pontificat de Grégoire II et à ses desseins. Boniface partit pour Rome en 7o8 avec une suite nombreuse ; il y fut accueilli par l'hospitalité fraternelle du souverain pontife, par la vénération des Romains et par le pieux empressement des étrangers. Une multitude innombrable de Francs, de Bavarois, d'Anglo-Saxons, pèlerins de tous les pays de l'Occident, l'accompagnaient pour ne rien perdre de ses discours. Il séjourna un an dans la ville éternelle, occupé de régler les affaires de son Eglise avec Grégoire IIÏ, et de visiter les tombeaux des saints, afin de recommander à leurs prières le reste de ses vieilles années. Enfin il s'éloigna, comblé de présents, muni de trois lettres pour tous les prélats, pour les nations converties, pour les évêques des Alemans et des Bavarois. Il était chargé d'une délégation nouvelle, à l'effet d'instituer des sièges épiscopaux, de réformer le clergé et le peuple, et d'achever enfin l'organisation ecclésiastique des contrées qui obéissaient aux Francs.

Le délégué du saint-siége se rendit premièrement en Bavière, et, de concert avec Odilo, duc de cette nation, il y commença la réforme rehgieuse. Son premier soin fut de convoquer un synode, dont on ne peut marquer exactement ni le temps ni le lieu, mais dont les décrets partagèrent la province entre les quatre

cvcclics de Salzbiirg, Freisingen, Ratisbonne et Pas<au. Vivilode Passaii fut maintenu dans son siège ; pour les trois autres, on fit choix de trois hommes éprouvés. Autour d'eux les rangs du sacerdoce se resserrèrent, les hérésies et les idoles rentrèrent dans l'oubh, et l'on vit se relever avec gloire l'ouvrage ruiné de saint Severin et de saint Rupert. Roniface rendit compte de sa mission au siège apostolirpie, et remonta vers le Nord. L'an 742, et quand la mort de Charles-Martel permit de mettre la main à la réforme de ce clergé simoniaque et belliqueux dont il s'était entouré, un second synode fut célébré sous l'autorité de Carloman, fils de Charles- Martel, et en présence de ses guerriers. On y reconnut l'autorité archiépiscopale de Roniface, et le partage qu'il venait de faire de la Franconie en trois diocèses : Wurtzbourg, Rurabourg, Eichstsedt. Erfurty fut joint pour la Thuringe. I^e synode commença par rétablir les églises dans leurs droits et dans leurs biens ; il prononça la dégradation des prêtres intrus et concubinaires; rappela le clergé aux anciennes maximes qui lui interdisaient l'habit laïque, la compagnie des femmes, l'usage des armes, des meutes et des faucons. Enfin, des prohibitions sévères poursuivaient les restes du paganisme, l'observation des augures, les sortilèges, les feux allumés en l'honneur des faux dieux, les sacrifices sur les tombeaux. L'année suivante (745), en présence de Carloman, une autre assemblée fut tenue pour l'Austrasie, à Leptines, non loin de Cambrai : Roniface y présida. Tous les ordres du clergé, «évêques, prêtres.

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et diacres, avec les clercs inférieurs, promirent de faire revivre, par leurs mœurs et leur doctrine, les saintes règles des Pères et les lois de l'Eglise. » Les abbés et les moines se soumirent h la règle de saint Benoît. Les périls de la guerre et les besoins de l'Etat décidèrent les évéques et le peuple à laisser au prince la jouissance précaire d'une partie des biens ecclésiastiques, à charge d'une redevance annuelle de douze deniers par feu. D'autres articles interdirent l'adultère, l'inceste, les noces illicites, la vente des esclaves chrétiens aux idolâtres. Le dernier renouvelait la défense des pratiques païennes, sous peine de quinze pièces de monnaie. On dressa, pour éclairer le zèle des prédicateurs, une liste de trente superstitions populaires, monument instructif du paganisme germanique; et la formule suivante, rédigée en langue tudesque, fut proposée aux convertis : « Je renonce au démon, à la communion du dé- « mon, aux œuvres et aux paroles du démon, à Dunar, (( Woden et Saxnot, et à tous les esprits impurs qui « sont avec eux ^ » Le concile tenu l'année suivante à Soissons, sous Pépin, étendit les mêmes bienfaits aux provinces neustriennes. On y ajouta l'ordre de publier dans tout le pays le symbole de^'icée et les canons des anciens conciles. Cette mesure indique le péril de la foi, ébranlée par les prédications des sectaires , et, en effet, il est recommandé de détruire les croix super-

* WillibaUl, X, Giles, Opéra Bonifacii, t. II, p. il. CapUulare Karlomanni de Concilio Liplinensi, 745. Indiculus super stilionum : Abrcnuntiatio diaboli, apud Pcrlz, t. II.

stitieuses que l'hérétique Aldebert plantait sur son chemin. Entin le bras séculier se fait sentir, en infligeant une amende proportionnelle « à quiconque enfreindra c( un de ces articles établis par vingt-trois évêques et « d'autres serviteurs de Dieu, avec le consentement du (( duc Pépin et des chefs des Francs. » Une restait plus que de réunir les deux clergés d'Austrasie et de>eustrie, pour donner à ces décisions le sceau d'une loi nationale ; et tel semble Fobjet d'un synode tenu, l'année suivante, en présence des deux maires h la fois, Pépin et Carloman. Ces assemblées solennelles, bénies par le souverain pontife, conduites par un saint, sous la protection de deux chefs puissants, excitèrent l'admiration des peuples. Elles renouaient la suite des synodes nationaux, interrompus depuis quatre-vingts ans. Les contemporains les comparèrent aux grands conciles de Nicée, de Constantinople, d'Éphèse et de Chalcédoine. Les uns et les autres servirent puissamment le christianisme. Les définitions de ^icée et d'Éphèse fixèrent les dogmes dans l'Eglise ; les règlements de Soissons et de Leptines y fixèrent les nations.

Le concile de Soissons avait ordonné que les synodes seraient célébrés tous les ans; et Boniface, principal auteur du décret, en pressa l'exécution dans une suite d'assemblées, dont les statuts annuels, appropriés au besoin des temps et des lieux, naturahsèrent en quelque façon la foi chrétienne dans l'esprit et jusque dans la langue des barbares. Injonction fut faite aux prêtres d'enseigner à tous les fidèles de leurs paroisses l'oraison

SAIÎST BONIFACE 581

dominicale et le symbole, comme aussi de se mettre en état d'entendre dans l'idiome du pays les abjurations, professions de foi et confessions des catholiques. Enfin, |)our affermir la discipline de l'épiscopat, dont les désordres avaient fait le péril principal de ce siècle, on releva la juridiction des métropolitains qui devaient se rattacher par un lien plus étroit à la chaire de saint Pierre. Boniface ne réussit qu'imparfaitement à reconstituer la juridiction archiépiscopale en Neustrie. Mais, à moins d'abandonner l'ouvrage de tant d'années, il fallait sur les bords du Rhin un siège puissant, dont l'autorité s'étendît à la fois sur la frontière chrétienne et sur le champ de bataille des missions. L'assemblée des Francs choisit Mayence pour métropole; et Boniface, qu'on a accusé d'avoir convoité ce siège, d'en avoir dépossédé Gevvielieb afin de s'en ménager l'usurpation, ne l'accepta qu après une longue résistance. Ses vues s'étaient arrêtées sur Cologne, plus près du ^'ord et des païens de la Frise, dont le souvenir le poursuivait. Cependant, par un bref en date du 4 novembre 748, le pape Zacharie lui conféra l'Eglise de Mayence érigée en métropole, « ayant sous sa juridiction Tongres, Cologne, « Worins, Spire et Utrecht, avec tous les peuples de la (( Cermanie, où la prédication du vénérable évêque « avait porté la lumière du Clirist. » Le travail de restauration qui s'achevait ainsi dans l'Eglise germanique devait se continuer dans l'Etat. L'esprit de discipline, ramené dans les rangs du clergé, gagna les grands; tout tendit à l'unité. 11 était temps de mettre

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fin au désordre d'une royauté impuissante sous des maires souverains. Le pape, consulté, conseilla de rétablir la vérité, en réunissant sur une même tête le titre et le pouvoir. En 752, les guerriers réunis à Soissons élevèrent Pépin le Bref sur le bouclier, et les évêques lui donnèrent l'onction des rois d'Israël. Ce rit nouveau, inconnu des Francs mérovingiens, était emprunté à la liturgie de l'Eglise anglo-saxonne, et plusieurs chroniques témoignent en effet que Boniface sacra Pépin.

Devenu le législateur religieux d'un nouvel empire, et, après le souverain pontife, le plus grand nom de l'Eglise d'Occident, Boniface tenait le serment qu'il avait prêté le jour de son ordination : il étendait sa sollicitude aux intérêts généraux de la chrétienté. Déjà il avait visité dans Pavie Luitprand, roi des Lombards, afin de contenir ce prince ambitieux, que Rome avait vu plusieurs fois camper sous ses murs. 11 écrivait au roi anglo-saxon Ethelbald pour l'arracher aux désordres d'une mauvaise vie. Dans cette lettre, signée de lui et de ses quatre suffragants, on reconnaît toute la prudence d'un zèle vraiment chrétien, et moins pressé de foudroyer le pécheur que de le convertir.

D'un autre côté, il gourmande le zèle endormi du clergé d'Angleterre. « Soyons fermes dans la justice, (( écrit-il à Cuthbert, et préparons nos cœurs à l'éc( preuve, mettant notre confiance en celui qui a placé « le fardeau sur nos épaules. Mourons, si Dieu le veut, « pour les saintes lois de nos pères, afin de mériter

« avec eux l'hérilage éternel. » Cet homme, accusé de s'être rendu l'aveugle instrument des papes, de les avoir importunés de consultations qui attestent la timidité de son esprit et de son caractère, ne craignait pas de faire entendre au siège apostolique de sévères avertissements : il réclamait hautement contre les abus de la chancellerie romaine ; il pressait le zèle du pape Zacharie, et demandait la suppression des danses idolàtriques, tolérées à Rome aux calendes de janvier. Des pèlerins qui avaient visité la ville sainte à cette époque lui rapportaient avec horreur qu'ils avaient vu sur les places, et jusqu'au seuil des églises, des danses accompagnées de chasts sacrilèges et de grands cris à la manière des païens, les tables chargées de viandes pendant la nuit, les femmes portant et vendant publiquement des phylactères et des amulettes. A ces récits, le vieil archevêque, qui a passé des années à poursuivre les restes de l'idolâtrie, s'indigne, et écrit au pape : « Que Votre « Paternité daigne m'éclairer sur ce point, pour éviter (( à l'Eglise, aux prêtres et au peuple chrétiens la dou- « leur de voir naître des scandales, des schismes et des « erreurs nouvelles. Car, si des hommes charnels, des « Alemans, des Bavarois, des Francs, qui ne savent « rien, voient pratiquer publiquement à Rome ce que « nous leur défendons comme péché, ils le croient per- « mis par l'Eglise, et en tirent une accusation contre « nous, un scandale pour eux. De là un grand obstacle « à la prédication et à l'enseignement, selon cette pa- « rôle de l'Apotre : Vous observez encore les temps et

« les jours à la manière des païens : je crains bien d a- « voir travaillé inutilement à votre salut. » Ce n'est pas là le langage du schisme, mais c'est celui d'un amour exigeant et jaloux, qui ne souffre rien d'imparfait dans l'exercice d'une autorité qu'il voudrait faire honorer de toute la terre.

11 restait à saint Boniface d'assurer la durée de son œuvre, en fixant pour longtemps au cœur de la Germanie ces missions anglo-saxonnes qui avaient mis à son service tant d'excellents ouvriers. Le secret de ses succès était dans le nombre, le zèle et la discipline de cette milice religieuse que l'Angleterre lui donna, qu'il distribua d'abord sur les points les plus importants, à Amoneburg, à Ohrdruff, à Buraburg, à Fritzlar. Il fallait reher entre eux ces différents postes, et les fortifier par un établissement plus considérable, destiné à devenir comme la citadelle du monachisme au centre de la barbarie et sur les confins des Saxons. Le disciple Sturm, chargé de cette mission, « sella son àne, et, prenant le viatique, il partit seul, se recommandant au Christ qui est la voie, la vérité et la vie. Il s'enfonça dans la forêt qu'on nommait Budionia^ et il commença à parcourir les vastes espaces, remarquant les collines, les vallons, les torrents, les rivières. Il cheminait ainsi en récitant les psaumes et ne se reposait que la nuit. Alors, avec la serpe qu'il portait, il abattait du bois pour abriter son àne contre les bêtes sauvages; et lui, s'étant signé, dormait tranquille. » Pendant plusieurs jours, Sturm erra dans les profondeurs de la forêt vierge sans rien

voir que le ciel, la terre et de grands arbres, sans rencontrer autre chose que les bêtes fauves, des volées d'oiseaux effrayés, et des bandes de sauvages qui descendaient à la nage le cours de la Fulda. 11 s'arrêta enfin dans un lieu voisin de la rivière, dont la beauté lui plut, et, l'ayant béni et marqué d'un signe, il alla dire à l'archevêque ce qu'il avait trouvé. Saint Boniface approuva le choix, se rendit auprès du duc Carloman, et en obtint la concession du lieu indiqué, « jusqu'à un « rayon de quatre mille pas à l'orient et à l'occident, « au septentrion et au midi. » Le douzième jour de mars de l'an 744, sept moines sous la conduite de Sturm, pourvus d'une donation de Carloman, avec l'assentiment de tous les hommes nobles du pays, prirent possession du sol avec des chants et des prières. Ils défrichèrent ensuite l'espace où devait s'élever le monastère, et au bout de deux mois Boniface vint le trouver avec un grand nombre de disciples et de serviteurs. Pendant que ceux-ci aidaient les frères à renverser les arbres, à balayer les ronces et les broussailles, l'archevêque ravi bénissait Dieu d'avoir préparé un tel séjour à ses serviteurs. En effet, il aima cette solitude, il y revint souvent ; il s'y plaisait à instruire les moines, à leur interpréter les Ecritures, à leur donner l'exemple des austérités et du travail. 11 avait voulu, en 748, que Sturm, accompagné de deux frères, allât se former à la règle de saint Benoit dans les plus saints monastères d'ItaUe. En 751, il soUicitait du saint-siége apostolique un privilège qui mît la nouvelle abbaye hors de

toute juridiction épiscopale. « Tl y a, écrivait-il, un lieu « sauvage, au plus profond d'une solitude immense, au « milieu des peuples de mon apostolat, où j'ai élevé un « monastère pour y mettre des moines sous la règle de « saint Benoît, des hommes d'une sévère abstinence, « qui n'usent ni de vin, ni de viande, ni de serviteurs, (f mais qui se contentent du travail de leurs mains. J'ai « obtenu cette possession de plusieurs hommes relift gieux , et surtout de Carloman , alors prince des « Francs, et je l'ai consacrée au nom du Sauveur. C'est (( là qu'avec le bon plaisir de Votre Sainteté j'ai résolu (( de donner un repos de quelques jours à mon corps « brisé par la vieillesse, et de choisir une sépulture; (( car cet endroit est dans le voisinage des quatre peu- (( pies auxquels, par la grâce de Dieu, j'ai annoncé la « parole du Christ. » Le privilège fut accordé, et commença la grandeur de cette puissante abbaye de Fulde, qu'on verra, rivale de Saint-Gall, réaliser l'idéal des colonies monastiques de l'Angleterre, et porter dans l'Allemagne centrale toutes les lumières de l'île des Saints.

Ainsi, au milieu des agitations d'une vie mêlée à toutes les affaires de l'Eghse et de l'Etat, Boniface n'avait perdu ni les traditions ni les habitudes du cloître, et, sous son manteau d'archevêque, c'était le cœur d'un moine qu'il gardait. C'était dans les monastères de sa patrie qu'il avait contracté le goût des lettres, dont il ne se défit pas : il y avait enseigné la grammaire, l'éloquence et l'art des vers, avec un éclat qui attirait au=

SAINT nONIFAŒ ÔS?

tour de lui un nombreux audiloire ; et cet homme destiné à de si grandes choses avait composé un Traité des huit parties du discours. On y trouve assurément peu de vues nouvelles ; mais il y avait quelque mérite, en des temps si difficiles, à conserver, à méditer, à reproduire dans une compilation judicieuse, les écrits de Donatus, de Diomède et de Charisius. Plus tard, et dans son exil de Thuringe, l'ancien maître entretient une correspondance littéraire avec ceux qui regrettent ses leçons. S'il presse de soUicitations ses amis de la Grande-Bretagne, ce n'est pas seulement pour en obtenir des livres de hturgie, de théologie, de droit canonique ; il veut suivre les progrès de ces écoles dont il a vu commencer la prospérité. 11 prie l'archevêque Egbert, d'York, de lui faire transcrire « quelques-uns des « opuscules de Bède, de ce maître fameux qu'il a en- « tendu vanter comme une intelligence enrichie des « dons de la grâce divine; afin, dit-il, que, si Dieu vous « a donné un flambeau, nous en jouissions aussi. » En échange de ces écrits que les évêques et les moines tiraient pour lui de leurs bibliothèques, il leur envoyait les productions des pays barbares, des tissus de poils de chèvre, des peaux préparées ; et à son vieux maître Daniel, une fourrure pour lui tenir les pieds chauds. Il avait pour les princes des présents plus riches : il offrit au roi Elhelbald un épervier, deux faucons, deux boucliers, deux lances ; et à la reine, un peigne d'ivoire et un miroir d'argent. Tout le recueil de ses lettres témoigne de cette politesse d'esprit et de mœurs qui ne

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s'altérait ni par l'isolement ni par le commerce des barbares. Sa latinité n'a pas toute l'enflure, toute la recherche que les écrivains anglo-saxons avaient imitées des derniers rhéteurs romains. Mais les héllénismes nombreux dont elle est mêlée indiquent une connaissance de la langue grecque, moins rare qu'on ne pense quand les disciples de saint Théodore de Cantorbérj occupaient toutes les chaires. Peut-être le grammairien se trahit-il plus qu'il ne faut, quand il doute de la vahdité du sacrement conféré par un prêtre qui baptisait innominePatria et Filia. Mais, lorsqu'il féhcite le pape Zacharie de son joyeux avènement, on aime à le voir trouver sous sa plume d'élégants hexamètres, et prouver qu'à soixante ans il se souvient des jeux classiques de sa jeunesse. On ne sait pas assez l\ quel point le démon des vers latins possédait ces Anglo-Saxons, hommes et femmes, derrière les murs des cloîtres comme dans les périls de l'apostolat. Une parente de saint Boniface lui écrivait la lettre suivante, qu'il faut citer pour pénétrer dans les mœurs de cette société mal connue, et pour surprendre tout ce qui s'y cachait de tendresse de cœur et de culture d'esprit : « Au très-révérend seic( gneur et évêque Boniface, très-aimé dans le Christ, (( sa parente Leobgytha, la dernière des servantes de « Dieu, santé et salut éternel. — Je conjure Votre Cléce mence de daigner se souvenir de l'amitié qui vous (( unit jadis à mon père, qui se nommait Tinne, habi- « tant du Wessex, et qui a quitté ce monde il y a huit « ans, en sorte que vous vouliez bien prier pour le repos

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a de son âme. Je vous recommande aussi ma mère (( Ebbe, votre parente, comme vous le savez mieux que « moi, qui vit encore dans une grande peine, et depuis « longtemps accablée d'infirmités. Je suis leur fille « unique; et plaise à Dieu, tout indigne que j'en suis, « que j'aie l'honneur de vous avoir pour frère ! car nul (( homme de notre parenté ne m'inspire autant de con- « fiance que j'en ai mis en vous. J'ai pris soin de vous (( envoyer ce petit présent, non que je le croie digne c( de vos regards, mais pour que vous vous souveniez (( de ma petitesse, et qu'en dépit de la distance des « Ueux le nœud d'une véritable tendresse nous unisse « pour le reste de nos jours. Voici donc, frère très- « aimable, ce que je demande avec supplication : c'est « que le bouclier de vos prières me couvre contre les « traits empoisonnés de l'ennemi. Je demande aussi « que vous excusiez la rusticité de cette lettre, et que « Votre Affabilité ne me refuse point quelques mots de « réponse après lesquels je soupire. Vous trouverez « ci-dessous des vers que j'ai cherché à composer selon « la règle de l'art poétique; non pas par confiance en (( moi-même, mais pour exercer le peu d'esprit que « Dieu m'a donné et pour solliciter vos conseils. J'ai « appris ce que je sais d'Eadburg, ma maîtresse, qui 'X ne cesse d'approfondir l'étude de la loi divine. Adieu • « vivez d'une vie longue et heureuse; intercédez pour « moi.

Oiio le juge puissant, créateur de la terre, Qui règne glorieux au royaume du Père,

'.90 SAINT BUNIFACK

Vous conserve brûlant île son feu chaste et doux, Jusqu'au jour où le temps ]>erdra ses droits sur vous.

Ceile qui écrivait ainsi était la même que cette belle et savante Lioba, appelée un peu plus tard au gouvernement du monastère de Bichofsheim, où elle enseigna sans doute la prosodie latine aux filles des Germains. Boniface répondit à de si touchantes prières en l'associant à ses travaux ; on peut croire qu'il lui adressait, à son tour, son poëme des Vertus. C'est un ouvrage d'environ deux cents vers, dédié à une sainte femme : « J'ai voulu, dit-il, envoyer à ma sœur dix « pommes d'or cueillies sur l'arbre dévie, où elles pence (J aient parmi les fleurs. » Ces dix pommes d'or sont dix énigmes dans ce goût recherché qui tient à la fois de la décadence latine et de la poésie barbare. Chaque énigme contient la définition d'une vertu dont le nom se forme des initiales de chaque vers. Le poète met successivement en scène la Charité, la Foi, l'Espérance, la Juslice, la Vérité, la Miséricorde, laPatience,la Paix, l'Humilité, la Virginité. Je cite l'énigme de la Justice, où l'on voit mieux qu'ailleurs quelle place les souvenirs mythologiques tenaient encore, au huitième siècle, dans l'imagination d'un saint. « On dit que le foudroyant ({ Jupiter me donna le jour, et que, vierge, j'ai quitté « à cause de ses crimes la terre profanée. Piarement c( mon visage se montre aux enfants des hommes. Fille « glorieuse du Roi des cieux, me jouant dans les em- ^ « brassements de mon pAio, je gouverne le monde par

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« ses lois. La famille des hommes jouirait d'un âge d'or « éternel, si elle gardait la règle de la vierge qui les « aime. Le jour où je fus méprisée, l'essaim des maux « s'abattit sur les peuples; ils foulèrent, sans repentir, « les préceptes du véritable maître du tonnerre, les lois « du Christ : voilà pourquoi ils descendent tristement « dans la nuit de l'Erèbe, et vont habiter en pleurant « le brûlant royaume de Pluton. » Je ne me fais pas d'illusion sur le mérite de ces jeux d'esprit ; mais je ne puis m'empecher de remarquer tout ce qu'il y a de légitime, de respectable, dans les lettres humaines, pour qu'un homme si saint, si occupé des intérêts de l'éternité, n'ait pu se détacher de cette dernière consolation terrestre, et que saint Boniface ait eu la faiblesse de faire des vers^

C'est qu'en effet, en étudiant de plus près la correspondance de saint Boniface, on y trouve plusieurs de ces faiblesses qu'on aime dans les grandes âmes chrétiennes, comme une preuve qu'on a affaire à des cœurs de chair, et non de bronze. On sait bien que ces scrupuleux, ces mélancoliques, ces pusillanimes, remueront le monde, parce qu'ils trouvent leur force dans la pensée môme des devoirs qui les effrayent, mais qu'ils remplissent. En suivant l'apôtre des Germains dans des travaux qui égalent en hardiesse, en activité, en persévérance, les plus belles conquêtes romaines, on ne se douterait pas que toutes ses lettres font voir une* âme

^ GMcs. Opéra BouifaeU, II, 109, ^>nigmata de virlntibus,

délicate, froissée de la dureté d'un siècle pour lequel elle ne semble pas née, tourmentée de scrupules du côté de Dieu, d'inquiétudes du côté des hommes. A son entrée en Germanie, vers 724, il confie à son ancien évêque Daniel le trouble de sa conscience, partagée entre la nécessité de porter ses conseils et ses représentations au duc des Francs, et la crainte de violer les saints canons en communiquant avec les prêtres sacrilèges qui fréquentent le palais. C'est en vainque Daniel le rassure par l'exemple du Christ, qui s'asseyait à la tabledes pécheurs, et que, plus tard, le pape Grégoire II lui répond dans le même sens. Yingt-six ans après, la même crainte le poursuit; il s'accuse auprès du pape Zacharie de n'avoir pu s'abstenir corporellement du commerce des excommuniés, quand le besoin des églises le conduisait au palais des princes. « Seulement, « ajoute-t-il, j'ai gardé, sinon la lettre, du moins l'esi( prit de mon serment, puisque mon cœur ne s'est point « associé à leurs conseils. » Un autre soin le tourmente et le presse davantage, à mesure que ses années se multiplient : c'est celui de tant de disciples qu'il a tirés des cloîtres d'Angleterre, et qu'il laissera exposés à tous les hasards de l'exil et de la persécution chez un peuple à demi barbare. Il leur cherche un protecteur puissant en la personne de Fulrad, abbé de Saint-Denis et conseiller de Pépin, et il lui écrit en ces termes : « Je vous conjure, au nom du Christ, de mener abonne « fin l'ouvrage que vous avez commencé, c'est-à-dire « de saluer en mon nom notre glorieux et aimable roi

SAIIST UONIFACE oO."

(( Pépin, de lui rendre grâce de toutes les œuvres cha- « ritables qu'il a faites pour moi, et de lui dire qu'il « paraît vraisemblable à moi et à mes amis que mes « infirmités mettront bientôt fm au cours de ma vie (( temporelle. C'est pourquoi je supplie notre roi très- « haut, au nom du Christ Fils de Dieu, de vouloir bien « me faire savoir, en mon vivant, ce qu'il compte or- « donner de mes disciples après moi ; car presque tous « sont étrangers, et plusieurs sont prêtres et chargés, « en beaucoup de lieux, du ministère des églises. D'au- « très mènent la vie religieuse dans nos monastères et « ont été destinés, dès l'enfance, à l'enseignement des « lettres. Il y a aussi des vieillards qui ont longtemps « travaillé avec moi. Ils font tous mon inquiétude, et « je désire qu'après ma mort ils aient le conseil et la « protection de Votre Grandeur, et qu'ils ne soient pas c( dispersés comme des brebis qui n'ont point de ber- « ger, et que les peuples qui touchent aux frontières « des païens ne perdent pas la loi du Christ. C'est pource quoi je vous prie instamment, si Dieu le veut et que « Votre Clémence l'approuve, de faire instituer, dans c( ce ministère des peuples et des églises, mon cher fils f< et coévêque Lull ; et j'espère, si Dieu le veut, que les « prêtres auront en lui un maitre; les moines, un doc- « teur régulier ; et les peuples chrétiens, un fidèle préce dicateur et pasteur. J'insiste surtout, parce que mes a prêtres, sur la frontière des païens, mènent une vie « bien pauvre. Ils ont du jfain, mais ils ne peuvent « trouver des vêtements ni se maintenir dans ces lieux

594 ^A^NT r.ONll'ACE

« pour le hien des peuples, s'il n'ont un conseil et un « appui, comme j'ai essayé de leur en servir. Si la piété « du Christ vous inspire de consentir à ma prière, (( veuillez me le mander par mes envoyés ou par vos « lettres, afin que, grâce à vous, j'éprouve un peu de « joie, soit qu'il faille vivre ou mourir \ »

Ces pressentiments ne le trompaient pas. Au milieu de tant de grandes fondations, ses sollicitudes ne s'étaient jamais détachées des missions de Frise, première passion de sa jeunesse. Il apprenait avec douleur que ces chrétientés mal affermies ret-ournaient aux faux dieux et compromettaient, par leurs défections, l'ouvrage entier de son apostolat. Déjà, en 755, il avait parcouru une partie de la Frise, recueillant les chrétiens tombés et baptisant les païens ; mais il comprit que la conversion de ce peuple voulait tout l'effort de ses dernières années. Agé de soixante et quinze ans, tout cassé d'infirmités, rien ne put ébranler sa résolution d'aller finir chez les barbares. 11 remit à Lull, son disciple, la dignité archiépiscopale, lui légua la charge d'achever les églises de Thuringe, de construire la basilique de Fulde et de conserver la foi des peuples. (( Pour moi, ajouta-t-il, je me mettrai en chemin, car « le jour de mon passage approche. J'ai désiré ce dé- « part, et rien ne peut m'en détourner. C'est pourquoi, a mon fils, faites préparer toutes choses, et placez dans « le coffre de mes livres le linceul qui doit envelopper

1 Bonifacii Ep„ 42, 24, To, 80.. 70.

(( mon vieux corps. » Il emmena donc avec lui l'évêque Koban, les prêtres Walther, Wintrig, les diacres Hamund, Skirbaid et Bosa ; les moines Waccar, Gundwaccar, lllesher et Batliowulf, et tous ensem])le descendirent le fleuve jusqu'à Utrech t. Après avoir pris quelque repos, on commença à évangéliser la contrée, et plusieurs milliers d'hommes, de femmes et d'enfants reçurent le baptême.

Un jour, le 5 juin, le pavillon de Tarclievêque avait été dressé près de Dockum, au bord de la Burda, qui sépare les Frisons orientaux et les occidentaux. L'autel était prêt et les vases sacrés disposés pour le sacrifice, car une grande multitude était convoquée pour recevoir l'imposition des mains. Après le lever du soleil, une nuée de barbares, armés de lances et de boucliers, parut dans la plaine et vint fondre sur le camp. Les serviteurs coururent aux armes et sa préparèrent à défendre leurs maîtres. Mais l'homme de Dieu, au premier tumulte de l'attaque, sortit de sa tente entouré de ses clercs et portant les saintes reliques, qui ne le quittaient point. « Cessez ce combat, mes enfants ! s'écria-t-il ; « souvenez-vous que l'Ecriture nous apprend à rendre c( le bien pour le mal. Car ce jour est celui que j'ai « désiré longtemps, et l'heure de notre délivrance est (( venue. Soyez forts dans le Seigneur, espérez en lui, « et il sauvera vos âmes. » Puis, se retournant vers les prêtres, les diacres et les clercs inférieurs, il leur dit CCS paroles : « Frères, soyez fermes, et ne craigne? point « ceux qui ne peuvent rien sur l'Ame ; mais réjouissez-

390 SA TNT BONIFACE

« VOUS en Dieu, qui vous prépare une demeure dans la « cité des anges. Ne regrettez pas les vaines joies du (( monde, mais traversez courageusement ce court pas- « sage de la mort, qui vous mène à un royaume éter- « nel. » Aussitôt une bande furieuse de barbares les enveloppa, égorgea les serviteurs de Dieu, et se précipita dans les tentes, où, au lieu d'or et d'argent, ils ne trouvèrent que des reliques, des livres, et le vin réservé pour le saint sacrifice. Irrités de la stérilité du pillage, ils s'enivrèrent, ils se querellèrent et se tuèrent enlre eux. Les chrétiens, se levant en armes de toutes parts, exterminèrent ce qui était resté de ces misérables. Le corps de saint Boniface fut retrouvé. Auprès de lui était un livre mutilé par le fer, taché de sang, et qui semblait tombé de ses mains. 11 contenait plusieurs opuscules des Pères, entre lesquels un écrit de saint Ambroise : Du Bienfait de la mort ^

11 fallait s'arrêter devant ce grand homme, comme, au ternie d'une longue marche dans les forêts du Nord, le voyageur s'arrêtait devant la statue d'un saint qui lui annonçait les approches de l'abbaye voisine, et par conséquent de la civilisation. 11 fallait étudier le missionnaire intrépide jusqu'au martyre, l'évêque qui eut le courage plus grand de mettre la main à la réforme d'une société dégénérée, le moine qui n'eut pas peur de la solitude, ni de confier au désert de Fulde l'école

^ WilUbakl, XI. De passione sancti Bouifacu. Oihlon, II, 21. Vita S. Luidfjeri, ap. Pciiz, II, 406. Supplément aiicf. presbyt. Mogimt., III, 10.

de la Germanie chrétienne. 11 fallait animer, s'il se pouvait, cette image de sa vie, en faisant revivre sa belle âme, en pénétrant dans la familiarité de cet esprit passionné pour les lettres, dans les faiblesses de ce cœur tourmenté, mais invincible. Il fallait enfin lui donner la couronne d'une sainte mort. Mais, après avoir admiré avec émotion cette héroïque figure, ne craignons pas de rabaisser la statue en considérant le piédestal qui la porte. 11 n'y a pas d'homme si grand qui ne soit soutenu par une pensée plus grande que lui. C'est une partie de la gloire de saint Boniface, de ne point s'être enfermé dans cet isolement où la mission de saint Colomban se borna ; d'avoir emporté avec lui l'esprit indulgent de l'Eghse anglo-saxonne; de s'être rendu l'esclave de tous, en se livrant à tous les bons desseins des peuples, des princes et des papes. La docilité qu'on lui reproche fit sa force; il ne maîtrisa son temps qu'après lui avoir obéi, et sa vie ne nous attache que par la bienfaisante révolution qu'elle sert.

A l'entrée du huitième siècle, on était encore en pleine barbarie ; c'était en vain que depuis quatre cents ans les Germains erraient au milieu des institutions de la société chrétienne ; vainement l'épiscopat et le monachisme s'étaient réunis pour l'éducation de ces peuples ignorants. Après dix générations de rois catholiques, les Francs allaient retourner aux idoles. Les sacrifices de Woden ensanglantaient l'autel du Christ, et peut-être quelque temps plus tard ne serait-il resté qu'un souvenir lointain de l'Evangile, comme une fa-

ble de plus dans la mythologie de l'Edda. Voilà ce que fût devenu le christianisme abandonné, comme plusieurs écrivains le voudraient, au libre génie des Germains.

Ces esprits indomptés, qui résistaient aux lumières, ne devaient céder qu'à l'ascendant d'un grand pouvoir : la papauté l'exerça. Elle avait ce caractère de paternité qu'elle tient de son institution divine; elle avait la force des idées, les habitudes du gouvernement avec le prestige du temps et de la distance, et la majesté du nom latin. C'est par là qu'elle maîtrisa les Francs, et par eux le reste des peuples. Le moment décisif fut celui où Grégoire II dicta à Boniface, évêque, le serment d'obéissance. Ce jour-là seulement, Rome vit s'accomplir ce qu'elle avait pressenti lorsque les soldats d'Alaric rapportèrent en pompe les vases sacrés dans la basilique de Saint-Pierre. Rome vit recommencer son empire sur ces nations mêmes qui l'avaient renversé ; elle vit un pontife saxon agenouillé, au nom de la Germanie, aux pieds d'un citoyen romain. Le représentant des barbares se releva délégué du Vatican. Ce proconsul des temps nouveaux, sans licteurs, sans glaive et sans fisc, portait avec lui le génie législatif du vieux sénat. Pendant trente-sept ans il poursuivit les desseins de cette politique romaine dont il s'était fait le serviteur. Les hommes du Nord reçurent la domination bienfaisante qui venait à eux, non plus avec les aigles, mais avec les symboles de la colombe et de l'agneau. Ils sortirent de Tincertitude entre l'idolâtrie

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et l'Évangile, où ils avaient hésité durant quatre cents ans. Le légat du siège apostolique renouvela l'onction des rois de Juda sur le front des ducs austrasiens. Les Francs, confirmés dans leur mission, se trouvèrent, comme la Providence les avait voulus, les défenseurs de l'Eglise, les continuateurs des Romains, et l'obstacle invincible des invasions ; et tous les pouvoirs semblèrent réunis pour inaugurer le règne de Charlemagne.

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