i'^ Refrain à la Chénier
50 ANTIQUITE HOMERIQUE
Athène a vu longtemps s'accroître ta beauté, 25
Et, depuis que trois fois s'éclaira son été,
Ton front s'est élevé jusqu'au front de ta mère ;
Ici, loin des chagrins de ton enfance amère.
Les Muses t'ont souri. Les doux chants de ta voix
Sont nés Athéniens ; c'est ici, sous nos bois, 30
Que l'amour t'enseigna le joug que tu m'imposes ;
Pour toi mon seuil joyeux s'est revêtu de roses.
(( Tu pars ; et cependant m'as-tu toujours haï,
Symétha ? Non, ton cœur quelquefois s'est trahi ;
Car, lorsqu'un mot flatteur abordait ton oreille, 35
La pudeur souriait sur ta lèvre vermeille :
Je l'ai vu, ton sourire aussi beau que le jour ;
Et l'heure du sourire est l'heure de l'amour.
Mais le flot sur le flot en mugissant s'élève.
Et voile à ma douleur le vaisseau qui t'enlève ; 40
C'en est fait, et mes pieds sont déjà chez les morts ;
Va ; que Vénus du moins t'épargne le remords !
Lie un nouvel hymen ! va ; pour moi, je succombe.
Un jour, d'un pied ingrat tu fouleras ma tombe,
Si le destin vengeur te ramène en ces lieux, 45
Ornés du monument de tes cruels adieux. »
Dans le port du Pirée, un jour fut entendue
Cette plainte innocente, et cependant perdue ;
Car la vierge enfantine, auprès des matelots.
Admirait et la rame, et l'écume des flots : 50
Puis, sur la haute poupe accourue et couchée.
Saluait, dans la mer, son image penchée,
-^' Athène, p. Athènes.
2^ Périphrase chronologique. (Cf. Chénier, Millevoye.)
^^ « Ta lèvre vermeille », touche à la Chénier.