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ALERTE AU CAMP

Un soir, devant Perpignan, il se passa une chose inaccoutumée. Il était dix heures, et tout dormait. Les opérations, lentes et presque suspendues, du siège avaient engourdi le camp et la ville. Chez les Espagnols on s'occupait peu des Français, toutes les communications étant libres vers la Catalogne, comme en temps de paix ; et dans l'armée française tous les esprits étaient travaillés par cette secrète inquiétude qui annonce les grands événements. Cependant tout était calme en apparence ; on n'entendait que le bruit des pas mesurés des sentinelles. On ne voyait, dans la nuit sombre, que la petite lumière rouge de la mèche toujours fumante de leurs fusils, lorsque tout à coup les

trompettes des Mousquetaires, des Chevau-légers et des Gens d armes sonnèrent presque en même temps boute-selle et à cheval. Tous les factionnaires crièrent aux armes, et on vit les sergents de bataille portant des flambeaux, aller de tente en tente, une longue pique à la main, pour réveiller les soldats, les ranger en ligne et les compter. De longs pelotons marchaient dans un sombre silence, circulaient dans les rues du camp et venaient prendre leur place de bataille ; on entendait le choc des bottes pesantes et le bruit du trot des escadrons, annonçant que la cavalerie faisait les mêmes dispositions. Après une demiheure de mouvements, les bruits cessèrent, les flambeaux s'éteignirent et tout rentra dans le calme ; seulement l'armée était debout... (Chap. xxiv).

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