‹ Œuvres choisiesChapitre 39 sur 52 · I. Le cliristianisme. (NoU de Lamartine J · texte numérisé non relu

I. Le cliristianisme. (NoU de Lamartine J

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L-i àiiibeaux vivants se déchire, Comme un vaste et pesant manteau Fait pour les robustes épaules Qui portaient le Rhin et les Gaules * Et l'esprit reprend son marteau I

De ces nations mutilées

Cent peuples naissent sous ses pas.

Races barbares et mêlées

Que leur mère ne connaît pas ;

Les uns indomptés et farouches.

Les autres rongeant dans leurs bouches

Les mors des tyrans ou des dieux :

Mais l'esprit, par diverses routes,

A son tour leur assigne à toutes

Un rendez- vous mystérieux.

Pour les pousser où Dieu les mène.

L'esprit humain prend cent détours,

Et revêt chaque forme humaine

Selon les horomes et les jours.

Ici, conquérant, il balaie

Les vieux peuples comme Tivraie ;

Ul, sublime navigateur,

L'Lastinct d'une immense conquête

Lui fait chercher dans la tempête

Un monde à travers l'équateur.

Tantôt il coule la pensée

En bronze palpable et vivant.

Et la parole retracée

Court et brise comme le vent ;

Tantôt, pour mettre un siècle en poudre.

Il éclate comme la foudre

Dans un mot de feu : Liberté !

Puis, dégoûté de son ouvrage.

D'un mot qui tonne davantage

n réveille l'humanité !

Et tout se fond, croule ou chancelle ; Et, comme un flot du flot chassé.

Le temps sur le temps s'amoncelle,

■i'"t le présent sur le pc:ssé l

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Et sur -ce sable où tout s'enfonce.

Quoi donc, ô mortels, vous annonce

L'immuable que vous cherchez?

Je ne vois que poussière et lutte.

Je n'entends que l'immense chute

Du temps qui tombe et dit : « Marchez ! i

Marchez ! l'humanité ne vit pas d'une idée I Elle éteint chaque soir celle qui l'a guidée, Elle en allume une autre à l'immortel flambeau : Comme ces morts vêtus de leur parure inmionde. Les générations emportent de ce monde Leurs vêtements dans le tombeau.

Là c'est leurs dieux ; ici les mœurs de leurs ancêtres. Le glaive des tyrans, l'amulette des prêtres. Vieux lambeaux, vils haillons de cultes ou de lois : Et quand après mille ans dans leurs caveaux on fouille. On est surpris de voir la risible dépouille De ce qui fut l'homme autrefois.

Robes, toges, turbans, tunique, pourpre, bure, Sceptres, glaives, faisceaux, haches, houlette, armure. Symboles vermoulus fondent sous votre main, Tour à tour au plus fort, au plus fourbe, au plus digne. Et vous vous demandez vainement sous quel signe Monte ou baisse le genre humain.

Sous le vôtre, ô chrétiens ! L'homme en qui Dieu travaille Change éternellement de formes et de taille : Géant de l'avenir, à grandir destiné, Il use en vieillissant ses vieux vêtements, comme Des membres élargis font éclater sur l'homme Les langes où l'enfant est né.

L'humanité n'est pas le bœuf à courte haleine Qui creuse à pas égaux son sillon dans la plaine. Et revient ruminer sur un sillon pareil : C'est l'aigle rajeuni qui change son plumage. Et qui monte affronter, de nuage en nuage. De plus hauts rayons du soleil.

Harmonies Poétiques 201

Enfanta d« six mille ans qu'nn peu de bruit étonne. Ne vous troublez donc pas d'un mot nouveau qui tonne. D'un empire éboulé, d'un siècle qui s'en va I Que vous font les débris qui jonchent la carrière? Regardez en avant, et non pas en arrière : Le courant roule à Jéhovah !

Que dans vos cœurs étroits vos espérances vagues Ne croulent pas sans cesse avec toutes les vagues : Ces flots vous porteront, hommes de peu de foi ! Qu'iuiportent bruit et vent, poussière et décadence, Pourvu qu'au-dessus d'eux la haute Providence Déroule l'étemelle loi !

Vos siècles page à page épellent l'Évangile : Vous n'y lisiez qu'un mot, et vous en lirez mille ; Vos enfants plus hardis y liront plus avant ! Ce livre est comme ceux des sibylles antiques. Dont l'augure trouvait les feuillets prophétiques Siècle à siècle arrachés au vent.

Dans la foudre et l'éclair votre Verbe aussi vole : Montez à sa lueur, courez à sa parole. Attendez sans effroi l'heure lente à venir. Vous, enfants de celui qui, l'annonçant d'avance. Du sommet d'une croix vit briller l'espérance Sur l'horizon de l'avenir !

Cet oracle sanglant chaque jour se révèle ; L'esprit, en renversant, élève et renouvelle. Passagers ballottés dans vos siècles flottants. Vous croyez reculer sur l'Océan des âges. Et vous vous remontrez, après mille naufrages, Plus loin sur la route des temps

Ainsi quand le vaisseau qui vogue entre deux mondes A perdu tout rivage, et ne voit que les ondes S'élever et crouler comme deux sombres murs ; Quand le maître a brouillé les nœuds nombreux qu'il file. Sur la plaine sans borne il se croit immobile ^ Entre deux abîmes obscurs.

t C'est toujours, se dit-il dans son cœur plein de doute. Même onde que je vois, même bruit que j'écoute ;

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Le flot que j'ai iranchi revient pour me bercer ; A les compter en vain mon esprit se consume, C'est toujours de la vague, et toujours de l'écume : Les jours flottent sans avancer ! »

Et les jours et les flots semblent ainsi renaître, Trop pareils pour que l'œil puisse les reconnaître, Et le regard "hrompé s'use en les regardant ; Et l'homme, que toujours leur ressemblance abuse. Les brouille, les confond, les gourmande et t'accuse. Seigneur !... Ils marchent cependant 1

Et quand sur cette mer, las de chercher sa route. Du firmament splendide il explore la voûte, Des astres inconnus s'y lèvent à ses yeux ; Et, moins triste, aux parfums qui soufflent des rivages. Au jour tiède et doré qui glisse des cordages, H sent qu'il a changé de cieux.

Nous donc, si le sol tremble au vieux toit de nos pères. Ensevelissons-nous sous des cendres si chères, l^ombons enveloppés de ces sacrés linceuls l lais ne ressemblons pas à ces rois d'Assyrie ^■■■n traînaient au tombe-au femmes, enfants, patrie, Et ne savaient pas mourir seuls ;

Qui jetaient au bûcher, avant que d'y descendre. Famille, amis, coursiers, trésors réduits en cendres. Espoir ou souvenirs de leurs jom^ plus heureux. Et, Uvrant leur empire et leurs dieux à la flamme. Auraient voulu qu'aussi l'univers n'eût qu'une âme. Pour que tout mourût avec eux l

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JOCELYN

1836 r= POÈME = 1836

UN jeune homme, aspirant à Vétat ecclésiastique, est obligé de fuir devant la tourmente révolutionnaire. Il se réfugie dans la montagne. Un conupagnon d'exil vient l'y rejoindre ; mais il découvre un jour que ce compagnon, sous un habit d'homme, est une femme. Fidèle au vœu qui le lie, il s'éloigne et deviendra le curé d'un petit village. A sa mort, les feuillets de son journal tombent entre les mains du poète. — Rien n'égale les descriptions de montagne qui sont dans cette œuvre, que le héros vive caché dans la Grotte des Aigles ou qu'il réside dans sa cure de Valneige. Un épisode indépendant, Les Laboureurs, est d'une rare beauté.

JOCELYN

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