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I. Patras, ville d'Achaïe, où sâint André fut martvrisé

86 Épitres.

Toujours du fond des pots la fine raillerie

Sur les verres alloit flottant;

Sur Célimène et sur Sylvie Les convives joyeux tiroient à bout portant;

Toutefois dans leur hardiesse, Les plus déterminés savoieut se modérer : Leurs mots les plus trancliants n'emportoient point la

On ne faisoit que s'effleurer. [pièce,

Qu'ètes-vous devenus, buveurs infatigables,

Demeaux, Ruffé, Sarran, Gondras,

Terreur des celliers et des tables.

Et tant d'autres acteurs que je ne nomme pas?

Hélas ! la Parque impétueuse A trop précipité votre fatal instant, Et vous a refusé la santé précieuse

A vous qui buviez tant et tant.

Vous, que par excellence on nommoit vieille bande

Et dont sur le bachique mont

On eût pu faire mie légende.

Gomme on fit autrefois des bandes de Piémont

De tant de grâces assorties Notre avenir ingrat ne dira pas un mot. Si votre nom ne reste écrit sur les parties

Du fameux traiteur Ravetot.

Pour moi, simple soldat de votre compagnie,

Je voudrois par tout l'univers

Porter votre gloire infiaie, Si le monde poli faisoit cas de mes vers.

Mais que mes desseins réussissent.

Malheureux que je suis, pouvois-je me flatter?

Épures. «:

Je ne puis aller loin, car mes jambes mollissent Et ne veulent plus me porter.

Sur l'exemple fameux de notre chef de bande,

Nous nous régalions tour à tour.

Et payant la joyeuse offrande De la plus sombre nuit nous faisions un beau jour.

Ainsi tout le long de l'année^ Par un enchantement que nous prenions en gré. Nous nous renouvelions, et de chaque journée

Nous faisions une Saint-André.

0 vous, sage Desbois, qui dans notre assemMée

Daigniez vous trouver quelquefois.

Sans que confuse ni troublée Jamais votre raison s'écartât de ses lois ,

Avouez que dans mes saillies Vous trouviez les bons mots bien souvent de saison Et qu'il vient dans un temps de certaines folies

Qui valent mieux que la raison.

Si de quelques regrets ce temps passé nous touche.

Convenez-en de bonne foi,

Et malgré la vertu farouche.

Donnez quelques moments pour le plaindre avec moi.

Ces moments si dignes d'envie Pour les revoir si gais et si bien policés. Je donnerois. Bailli, cinquante ans de ma vie.

Du moins, s'entend, des ans passés.

88 Épitres.

VIRGILE ET MÉCÈNE, A Monseigneur le maréchal duc de Noailles.

j) ans ce beau siècle, où Paris est au faite, Grâce à son roi, des biens, des dignités, Où sous son ombre elle élèA^e sa tète sO* Cent pieds de haut sur les autres cités,

A concevoir vous trouvez difficile

Pourquoi ce roi , plus couvert de lauriers,

Plus grand qu'Auguste, a manqué de Virgile

Pour consacrer ses triomphes guerriers.

Le docte chœur a-t-il de ses fontaines

Fermé pour nous le sacré réservoir ?

Non, maréchal : donnez-nous des Mécènes,

Et vous verrez des Virgiles pleuvoir.

Dépossédé de quelque arpent de terre

Près de Crémone, assis sous un ormeau,

Tityre un jour des malheurs de la guerre

Se consoloit avec son chalumeau :

Un chevalier qui des rois de Toscane

Etoit issu, l'entendit par hasard;

Le chant lui plut : « Quitte-moi ta cabane ,

S'écria-t-il , et viens chanter César. »

Retirez-vous, mendicité farouche.

Par qui l'esprit à la terre est cloué ;

"N'enez, richesse, et que de cette bouche.

Sous votre aveu, soit mon prince loué.

Au même instant ( métamorphose étrange ! )

Le chalumeau se transforme en clairon;

En beau palais la chaumière se change

fipiTRES. »9

Et le herger preud les airs d'un baron :

De Galathée il néglige les chai mes

Qu'il adoroit; sa voix aux environs

Fait retentir le noble bruit des armes;

Voix qui jadis chantoit les moucherons.

Il se surpasse, il surmonte l'euAie ;

A l'avenir il présente un cartel :

Eu quatre vers il fait pâmer Livie

Du souvenir de son jeune Marcel.

Qu'en croyez- vous, maréchal ? Cette histoire

Vous est connue, et l'on n'en peut douter.

Jamais Virgile eût-il trouvé la gloire

Dans l'embarras du soin de subsister ?

« Mais, direz-vous, indiquez-moi cet homme

Propre à tenter des effoi ts inouïs ,

Dignes du temps de la njeilleure Rome,

Dignes du nôtre et suitout de Louis :

Montrez-le-moi, cet homme incomparable.

Ce bel esprit qui pounoit aujourd'hui

Peindre du loi le mérite adorable.

Si l'on faisoit quelque chose pour lui.

î.e seriez-vous ? — Non. Viigile est un maître

A respecter : je ne dois ni ne puis

Me mettre au pair; mais je serois peut-être

Quelqu'autre chose enfin que je ne suis. »

go EPITRES.

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