Patrie de ilaynard
i. Pensée de Maynard dans nne de ses e'pigrammes.
i''^^ Satires.
D'où je viens soulager la peine qui t'outrage , Et contre la fortune affermir ton courage. Je prétends aujourd'hui, dans ton cœur abattu, Assis à tes côtés , ranimer la vertu , Et par une doctrine à la source puisée , Faire de ta campagne im second Elysée. »
Acanthe, k ce discours, saisi d'étonnement, Résistoit avec peine au premier mouvement; Quand , la réflexion réveillant son audace , Son cœur à son secours invoqua le Parnasse , Cet endroit si fertile en apparitions, Où tout faiseur de vers se fait aux visions. Alors, envisagé par des regards plus fermes, Le fantôme éloquent poursuivit en ces termes :
f( Par un arrêt célèbre , et sur le bronze écrit ,
Le sort à la misère unit le bel esprit;
Mais surtout cet esprit de qui Teffort sublime
S'astreint à la mesure ou se gène à la rime.
Soit que du double mont les sons harmonieux
L'arrachent à la terre en l'élevant aux cieux ;
Soit que du peuple obscur la jalouse foiblesse
S'efforce d'offusquer un éclat qui le blesse;
Soit enfin que les dieux, avares du bonheur,
Au prix d'un dur travail vendent un peu d'honneur.
L'histoire de nos jours et les fastes antiques
Étalent à l'envi les malheurs poétiques.
Hésiode, à nos yeux, s'y montre assassiné,
Homère mendiant, Lucrèce empoisonné.
Des scandaleux excès de leur double folie
Le Tasse et le Marin font rougir l'Italie ;
Et le zèle françois , cruellement dévot ,
Fit languir dans l'exil Théophile et Marot. »
Satires. i6:
Mais que sert d'épuiser cette preuve ■vulgaire ? I^ Dieu même , le Dieu dont le feu nous éclaire , Fit voir cet univers, où brille sa splendeur. Rempli de ses travaux comme de sa grandeur. Ses malheurs sont semés dans les Métamorphoses ; Repassons-en la suite, et plains-toi si tu l'oses.
Apollon fut soumis , avant que d'être né ,
A Tinjust'? rigueur d'un astre infortuné.
Sa mère , de furem^ par vengeance agitée ,
Sentit Juoon jalouse et Lucine irritée :
La Xene la refuse en sou vaste contour ;
Le dieu de la lumière a peine à voir le jour ;
Et de tant de climats honorés par sa course,
La flottante Délos est sa seule ressource.
Latone, daus ses hras portant ses chers jumeaux.
Se voit dans sa misère interdire les eaux;
Et d'un bien qu'en comniim la nature partage ,
Le rustique insolent lui dispute l'usage.
Le peuple est accablé d'un changement subit.
D'une sale grenouille il endosse l'habit :
De l'eau qu'il a troublée il de^-ieut l'infamie;
Et, provoquant des Dieux la puissance ennemie ,
Par cent cris redoublés, de son marais bourbeux ,
Il consomme son ciime et blasphème contr'eux.
L'enfance de Phébus n'étoit pas terminée , Qu'une rage nouvelle à sa perte est tournée. Le gouffre ténébreux où commande Pluton , Vomit pour l'engloutir l'effroyable Python , Ce monstre furieux, dont la brillante haleine Dévoroit le bocage et ravageoit la plaine : Il est vrai que ses traits l'en rendirent vainqueur ; Mais, hélas! ce ne fut qu'aux dépens de son CŒur!
i68 Satires.
L'amour, juste vengeur d'un injuste reproclie ,
Lui fit sentir Teffet des flèches qu'il décoche.
En vain pour émouvoir l'insensible Daphoé,
Phébus peint les talents dont les dieux l'ont orné ,
Et faisant de soi-même un éloge bien ample ,
Donne à ses successeurs un dangereux exemple ,
Qu'avec moins de méiite et plus de vanité ,
îls ont, et moi comme eux , si souvent imité :
Rien ne peut attendrir la belle fugitive ;
D:i fleuve paternel ses pieds pressent la rive ;
Longtemps ses pas légers, à la fuite obstinés,
Laissent loin derrière eux les zéphirs étonnés.
Hors d'haleine à la fin, pour éviter la force,
Elle met sa pudeur à l'abri d'une écorce.
Amour, par cet exploit si grand , si peu commun ,
Que tu sus assembler de triomphes en un !
Le trait qui te soumit rin\enteur de la lyre ,
Sur tous ses descendants étal>lit ton empire.
Un seul coup t'asservit Ovide, Anacréon,
L'ami de Mécénas, l'amante de Phaon,
Aux charmes de Lesbie assujétit Catulle,
Fit célébrer Délie et soupirer Tibulle,
Anima les regrets que Pétrarque a poussés ,
Enflamma Jean Second i dans des climats glacés,
Et dicta les beaux vers qu'une galante muse
Publia depuis peu sous le nom de La Suze.
Pour moi, je comprends mal ce qu'on nous a conté
Des Filles de mémoire et de leur chasteté.
Le tendre est leur vrai fait, n'eu déplaise au sublime.
Et leur chanson languit si l'amour ne l'anime.
Ton cœur en est , Acanthe , un exemple évident ;
Une double fureur, par un double ascendant ,