ïln Languedoc, endroit fameux par ses salines
190 Satires.
Et TOUS, Tisui'pateurs, vous prendrez la licence, A la cour d'Apollon, de régler la séance 1 Ou vous nous montrerez vos pouvoirs de Phébus , Ou vous nous permettrez l'appel comme d'abus.
Jadis, delà les monts, certaine académie,
Dans l'estime publique assez bien affermie.
Pour se faire poiter encor plus grand honneur,
Fit un fameux édit, dont voici la teneur :
Si contre l'un de nous quebpne auteur ose écrii'e.
Qu'il soit à l'avenir exclu de notre empire,
Et son nom condamné , pour sa témérité ,
A mourir dans la honte et dans l'obscurité.
Cette précaution leur fut enfin fatale;
La Discorde jeta la pomme dans leur salle.
Où l'on voyoit écrit ce mot séditieux :
Au plus savant. D'abord, d'un nuage à leurs yeu?v
L'infernale vapeur dérobe la lumière;
L'un à l'autre chacun devient un Fm'etière ;
Et chacun poignardant son fière de sa main ,
Le soldat de Cadmus près d'eux parut humain.
Quand l'audace en écrits insolemment pétille,
L'Église a sa censure, et l'Etat sa Bastille,
Qui réduit à se taiie une insolente voix.
Et force la licence à l'hommage des lois;
Mais, parmi les auteurs, cette troupe indocile,
Chaque Homère en tout temps trouvera son Zoïle :
Laissons la lice ouverte, et qu'on soit respecté
Plutôt par la raison que par l'autorité.
Pour moi, je suis né libre, et je ne veux point être
Engagé par serment à l'avis d'aucun maitre.
Chartres, Bourbon, Conti, race de mille rois.
Second espoir des lys, dont les jeunes exploit?
Partout du sang royal éternisant la gloire ,
Satires. rç»t
A suivie nos drapeaux contraignent la victoire ;
Vous, de qui le courage, affamé de danger,
Fait pâlir le François autant que l'étranger;
Vous qui , par des succès dont l'Europe s'étonne,
Multipliez Louis dans les champs de Bellone,
Songez à quel État vous devez votre appui ,
Et si ce n'est pour vous, conservez- vous pour lui.
Lorsque cette valeur, de votre sang prodigue,
A demander la paix aura forcé la Ligue ,
L'ardeur de célébrer vos glorieux combats
Forcera les auteurs à fiuir leurs débats;
Et la discorde entre eux n'y mettant plus d'obsta-les ,
Tous se réuniront pour chanter vos miracles.
Mais qui les chantera? ces esprits indolents Dont la molle paresse enforrit les talents ? Ces lâches traducteurs , qui laissent en arrière La noble invention, brillante de lumière. Qu'un mérite postiche eiriATe de fierté. Pauvres négociants d'rm argent emprunté?
Je ne puis retenir ma bile effarouchée , Quand je vois tant de gloire à cet art attachée : Je sais qu'il est utile, et peuple nos vergers Des fruits les plus exquis des climats étrangers : Du passé , du présent réglant Tintelligence . Qu'il établit entre eux une correspondance ; Qu'il nous naturalise, et qu'il nous introduit Aux vastes régions où commande l'espiit; Mais qu'on défère tout à <:e mérite mince. Et que le trucheman ait les honneurs du prince , Dût tout ce Tiers État contre moi conjurer, C'est ce que je ne puis souffrir sans murmurer.
Et comment, en effet, n'entrer pas en furie.
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Quand Timante me dit : Vive la Valterie * !
Son Homère me charme, il coule à plein canal,
Et vaut bien mieux traduit qu'en son original;
Les Grâces à l'auteur ont dicté ses paroles ,
C'est un homme, entre nous, à remplacer Marolles !
Il est vrai, le public lui doit être obligé
De cet or en charbons dans sou creuset chaugé ;
Sur ce qu'il a coupé les ailes à Pégase,
Nos vers, pour le louer, n'oDt point a?sez d'emjjhase :
De son grec francisé je suis adorateur,
Et ne lis qu'à genoux ce rare traducteur.
Les oiseaux ennuyés de vivre en république. Par un raffinement plus sûr, plus politique , Pour se choisir un roi, firent, par leurs hérauts. Publier autrefois leurs États généraux.
Certain vieux perroquet , habillé d'écarlate , Accompagnant sa voix des gestes de la patte , Par un sage discours se fit fort écouter : Les oisons de Hollande eurent beau protester. Beau noircir à. hauts crits la puissance absolu^ , A la plm'alité l'affaire fut conclue.
L'embarras fut plus grand sur le choix du sujet : Chacun faisoit sa brigue et formoit son projet. Lun vante du phénix la ressource immortelle. L'autre du pélican la bonté paternelle; Un autre de la grue exalte le talent Pom' ranger en bon ordre un escadron volant : Le peuple ailé frémit, et tout d'une volée. Geais, merles, sansonnets sifflent leur râtelée. Comme la chambre basse au pays d'Albion , D'un désordre intestin ressent l'émotion ,
I. Auteur peu comiu dune traduction de VlUade et de l'Odyssée.
Satires igZ
En voix , en sentiments , en murmiu'e confuse , Sur un bill présenté que Guillaume refuse. Alors, d'un air de maître et dun ton redouté, L'aig'e trancha le nœud de la difficulté. Ce n'est point une affaire à décider sur terre; Je prétends qu'on nous juge au pays du tonnerre : L'oiseau né pour voler doit aspirer aux cieux ; Règne celui de nous qui volera le mieux , Dit-il. Quant aux raisons où mon avis se fonde, €'est ici la première, et voici la seconde. En achevant ces mots, il alonge à lems yeux Ces seiTes dout la charge arme le roi des dieux. L'invincible argument demeuie sans réplique. Qui d'entre eux sait voler à s'élever s'applique ; Mais Taigle impétueux leur gagne les devante , Comme le vent du nord passe les autres vents. Déjà ses concurrents, sans force et sans haleine, Rendoient en retombant sa victoire certaine ; Lorsqu'un petit oiseau , dans ses plumes caché , S'élevant de trois pieds : Tenons notre marché, Dit-il, et je suis roi. De cette fraude heureuse , Tout le peuple volant, jusques à la macreuse. Pousse un éclat de rire, et, pour Tinveution, Le nomme roilekt parmi la nation.
0 fatde , du bon sens portant le caractère , Tu pe ns un traductem* à cheval sur Homère, Qui trémousse de laUe et qui dit à hauts cris : Qu'on m'honore, je srris le roi des beaux espiits. Mais si sa dignité ne briU-^ à mon t stime Par des productions d'un ordre plus subh:ue , Si son jeu se retranche à ce foitde rôlet, Il ne sera jamais pom- moi qu'un rotlelei.
Lorsqu'aux traductions un effort authentique
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Unit l'utilité d'une saine critique , Et forçant le nocher qui vogue aux sombres bords , Avec tout leur esprit fait repasser les morts , Je ne disconviens pas que l'honneur et l'estime Ne suivent ce travail par un droit légitime ; J'admire avec respect ce mérite foncier ; Mais, pour s'y distinguer, il faut étie Dacier,
Lâches imitateurs , animaux sans courage , Esprits du dernier ordre et nés pour l'esclavage , Je frémis de colère en de certains moments Et d'autres fois je ris de vos froids mouvements. Quoi! toujours attentifs aux vestiges des autres Et toujoiu's sur leurs pas ajustant tous les vôtres, Ainsi qu'un jeune enfant, tremblant, embarrassé, Quand de sa gouvernante il est exprès laissé, Et qui sans s"ébranler, dans la peur qui le glace, Demeureroit plutôt deux jours en même place ! Non, ce n'est pas ainsi qu'on peut se signaler Dans le talent d'écrire ou dans 1 art de parler; Dans Hippocrène il faut puiser à pleine coupe ; Et qui se sent du cœur doit conduire une troupe. Ainsi parloit Horace , et son aversion Instruisoit le procès de l'imitation. A ces froids traducteurs feroit-il plus de grâce, Dont la foule remplit 1 sénat du Parnasse , Qui des plumes d'autrui superbement parés. D'eux-mêmes et des sots sont par tout admirés ? Ciel î pour vous dépouiller, corneilles de la fablf» , Ne verrons-nous point noitre un moment favorable Ces honneurs prodigués par im indigne emploi... Quel amas de raisons se vient offrir à moi! Ma muse paresseuse à leur aspect frissonne : A revoir, traducteurs, je vous la garde bonne.
iATlHES.