‹ Œuvres choisiesChapitre 28 sur 49 · LES AUTEURS · texte numérisé non relu

LES AUTEURS

uel effrayant augure à mou âme étonnée.

D'un funeste avenir ou^Te la destinée !

Dans la plaine d'Auteuil tout-à-coup trans-

Du rivage voisin j'admirois la beauté, [porté, De^ cygnes argentés cent troupes vagabondes, Errant par pelotons, pressoient les molles ondes; La Seine aplanissoit sous eux ses claires eaux ; L'air, le ciel , tout servoit aux fastueux oiseaux , Oui sembloient méditer cette musique tendre Dont jadis leurs aïeux endormoient le Méandre : Lorsque d'aflreux corbeaux un bataillon serré Fond du côté du nord sur le troupeau sacré. La noirceur de leur vol obscurcit la lumière; La terreur de leurs cris fait troubler la rivière; Aux combats de Léda le cygne accoutumé. D'un choc plus redoutable est d'abord alarmé; L'un cherche dans les joncs un impuissant asile, Et l'autre sous les flots... Malheur au moins agile ! L'implacable ennemi les ouvrant par les flancs, Choque, écarte, renverse et dissipe les rangs; Le champ plein de duvet reste à la liande noire; Le rivacre frémit de ses chants de victoire;

Ce songe m'épouvante et m'arrache au repos.

Je t'entends, dieu des vers, je cours où tu m'appelles.

Et je vais annoncer tes oracles fidèles.

Gomme si la Sybille, en son antre savant,

M'exposoit son feuillage assemblé par le vent :

Satihes. i85

Sur du sort de Cassandre , aux Troyens trop connue , Qui toujours disoit vrai sans être jamais crae, Jusqu'à tant que la cendre eût couvert llion. Ciel ! détourne l'effet de ma prédiction !

Auteurs, vous périrez bientôt par vos scandales; Vou> allez transformer les François en Vandales : Je les vois revenir, ces siècles détestés, Ces siècles malheureux d'ignorduce empestés, Où la corn-, liégayant une langue en enfance, N'avoit qu'Alain Charlier pour patrr'U d'éloquence , Où Clopinel au cercle occupant le haut bout , Patelin sur la scène étoit seul de bon goût. Ne vous eu prenez pas au démon de la guerre Qui corrompt les esprits en ravageant la terre : Non, ne le ct^argez point de vos iniquités : Par lui les nobles arts souvent sont respectés. Marins et Sylla, de la reine des villes. Firent le triste champ des discordes civiles; Et plus farouches qu'eux, les deux triumvirats. La noircirent de faits encor plus scélérats. Cependant, au travers d'une guerre si fîère. L'esprit ne fit jamais briller tant de lumière : Dans les proscriptions, dans les sanglants hasards. A['Ollon disputoit de gloire contre Mars ; On l'eût cru voir encor, sur la poussière teinte, Faire naître des fleurs du beau sang d'Hyacinthe . Et les héros qu'alors il lui plut d'exciter. Ne laissent à nos soins que l'honneur d'imiter. Mais pourquoi des Romains alléguer les chroniques. Lorsque nous abondons d'exemples domestiques ? Je t'en prends à témoin, restaurateur des aits, François, honneur du trône, émule des Césars, Dcmt la mâle vertu par Belloue exercée ,

iS6 Satires.

Jamais des doctes sœurs n'éloigna sa pensée.

Oui, pendant que ta droite, à cent princes jalovx,

Faisoit blêmir le front sous le poids de tes coups ,

Ta gauche, seul espoir des lettres désolées,

Rassembloit dans ta cour les Muses exilées.

On t'a vu, précurseur de notre auguste roi,

Aux miracles qu'il fait préparer notre foi ,

Moins grand, moins fortuné, mais pourtant toujours ferme;

Aussi l'inique temps ne t'assigne aucun terme ,

Et n'effacera point l'éclat dont tu brillas :

Malgré les fictions du menteur Varillas,

Qui, forgeant à son gré pancartes et mémoires,

Fabrique les romans qu'il nous vend pour histoires.

Quels crimes, direz-vous, nous sont donc imputés?

Quels!... Ah! puisqu'il vous plaît, disons vos vérités.

L'orgueil , l'ambition , la paresse , l'envie ,

L'ardente soif du gain, cet écueil de la vie.

Les combats acharnés où l'on vous voit courir ,

Auteurs, en est-ce assez pour vous faire périr?

L'antiquité, qui vit que la sagi sse austère

A l'homme corrompu paroissoit trop amère ,

Invoquant des neuf sœurs le magique pouvoir.

Voulut que le désir inspirât le devoir.

Ce fut dans cet esprit qu'une heureuse imposture

Inventa la cadence et régla la mesure ,

Et préparant les cœurs par d'utiles chansons.

Confia les vertus à de fragiles sons.

Chaque genre de vers eut part à l'entreprise :

La louange des dieu.x à l'hymne fut commise;

L'églogue fit briller l'mnocence des mœurs;

L'ode éleva le cœur par l'espoir des honneurs;

La satire, en riant, fit rougir la malice;

Meîpomènc aux tyrans fit horreur du supplice;

Satires. 187

Et la Muse comique , admirable en ses traits ,

Au peuple déréglé fit craindre ses portraits.

Mais dans ces premiers temps, plus exacts que les nôtres,

Les poètes faisoient ce qu'ils prèchoient aux autres;

Et leur sage conduite instruisant Tunivers,

L'exemple de leur vie autorisoit leurs vers.

Tracez-nous des vertus les plus nobles images;

Vos mœurs dans le mépris plongeront vos ouvrages ;

Et le public, frappé de vos dérèglements,

N'ira point par vos soins former ses sentiments.

Sur le sommet du mont tel entre vous préside,

Qui d'un poison jaloiLX incessamment livide,

Du moindre honneur d'autrui sent son cœur désolé ;

Pour peu qu'on eu attrape, il croit qu'on l'a volé;

De soins plus éclatants l'ambition le presse :

Il traite l'art des vers d'erreurs de sa jeunesse;

Mais il souffre à regret ceux qu'il voit appliqués

A fouler d'un peu loin les pas qu'il a marqués.

Ainsi du Phrygien le mâtin plein d'envie.

Qui trouvoit le fourrage inutile à sa vie,

Ne pouvoit consentir que le bœuf affamé

Pourvût à ses besoins par l'aliment aimé.

0 doux règne de Flore, où l'on vit sans cabale,

Où jamais une fleur d'une autre n'est rivale,

Où le simple muguet , content de son odeur.

N'affecte point du lys la superbe grandeur,

Où, sans que par l'ennui sa couLur se dissipe,

La rose voit briller l'émail de la tulipe !

Le jardin des neuf Sœurs , dans sa diversité.

Entretient un éclat dïmmortelle beauté;

L'hysope y tient son rang aussi bien que le cèdre ;

Tel chantera Phyllis, qui ne peut chanter Phèdre.

Lorsqu'on voit entre vous tant de déchaînement,

Sont-ce là ces docteurs, dit-on publiquement ,

i88 Satires.

Qui parmi les mortels se jugent seuls capables D'enseigne !• les vertus sous le voile des fables , Qui veulent nous contraindre à trouver des appas Aux sentiers épineux qu"ils ne fréquentent pas ! Par ces raisonnements qui sapent votre estime , Des auteurs à la muse on impute le crime. Alors, moins parcourus que bréviaires d'abbés. Vous voilà dans l'oubli pour jamais absorbés , Eussiez-Yous dans vos vers , par une heureuse audace. Joint la force de Perse aux agréments d'Horace. Ira-t-on, dans ces vers outrés d'emportements. De concorde et de paix chercher des documents , Lorsque vos fact:ons de vieux et de modernes , Du Parnasse affligé font gémir les cavernes ? Vous vendez un remède excellent ^ dites-vous, Pour grand nombre de maux, et suitout pour la toux : Mais, en le débitant, la toux vous inquiète; Guérissez vos poumons, Garmeline, et j'achète. Scaliger et Cardan , sur tous les beaux espiits , Dans le siècle passé disputèrent le prix. Le premier, dont le nom d'un triple honneur éclate , Balance seul Homère, Aristote, Hippocrate; Par lui le nouveau temps peut sans témérité Disputer de mérite avec l'antiquité :

A titre de savant il obtient la couronne , Plus prince des beaux-arts qu'il ne Test de Vérone ^ : L'autre dans son savoir paroit si singulier, Qu'on a cru qu'il avoit un démon familier, Qui, de ses longs travaux infatigable guide, Avoit fait dans son corps passer l'âme d'Euclide. La discorde s'allume entre ces deux héros; A la bile mêlé, l'encre coule à grands flots;

1 II se vantoit d'être issu des princes Dalla Scala.

Satires. 189

Et d'un faux point d'honneur les maximes légères ,

De ces doctes rivaux forment deux haiangères.

Les noms injurieux débordent par torrents;

De honte et de bassesse ils se font concurrents ;

Chaque presse gémit des critiques diffuses ;

Le Parnasse en rougit, Momus insulte aux Muses;

Et malgré tout l'éclat dont ils sont revêtus,

Cet éclat à jamais noircira leurs vertus.

Comme eux , taudis qu'en l'air votre tounerre gronde ,

Vous vous faites jouer sur la scèûe du monde :

Car, quel sang froid , sur rien vous voyant déchaîner,

Peut s'empêcher de rire ou de se chagriner !

Et quiinport* , après tout , à la chose publique ,

Si le sel de Peccais ^ passe le sel Attique ?

Si le hardi Pindare , aux astres s'élevant ,

Court mieux que Sarrazin qui tiotte en le suivant;

Et si, dans les sermons où plus d'un moiue échoue,

Chijsostôme est après ou devant Bourdaloue?

De plus d'une façon notre esprit s'ennoblit ;

Ce qu'inventa le vieux, le nouveau le polit;

Ef. notre nom ne peut s'amoindrir ou s'accroître,

Que par rapport au temps où le sort nous fait naître :

Tel qu'Athènes vantoit, d'un juste orgueil enflé.

Peut-être dans Paris se verroit-il sifflé.

Chaque langue a sa grâce où le bon sens s'explique .

Souffi ez que le Paru isse encor soit république ,

Où l'on n'introduit pas , le bâton à la main ,

Le cérémonial du pontife romain.

Mais , si régler les rangs est chose nécessaire ,

Dites, qui vous en a donné le caractère?

Le roi, qui sait et peut, n'a point voulu juger

Entre le duc et pair et le prince étranger ;

Page 1