‹ Œuvres choisiesChapitre 31 sur 49 · Fameux ministre huguenot · texte numérisé non relu

Fameux ministre huguenot

Satirks. 19:

Le stupide Lycas , qui , de la politique A compris le mystère au fond d'une l»outique, Son beau-frère Nicanilre, à qui l'ait du procès Aux maximes d'État a donué tant d'accès, Eniichis des larcins de leur coupable race , S'efforcent de purger la paternelle crasse : Sous des habits dorés, leur orgueilleux aspect Pour leur décision impose uq grand respect. L'un, par lautorit^ dont la force l'entraîne, Juge de bonne foi notre perte certaine ; L'autre, fidèle écho du nouveau converti , Pour faire l'esprit fort prend le mauvais parti. Oui , mais, me diras-tu, la victoii-e est commode Contre des ennemis qu'on fabrique à sa mode : Tu sais que je coniy^is des gens d'un autre poids Dont les réflexions s'expliquent par ma voix : De cette décadence où tombent nos affaires Palamède et Cléon sont-ils garants -s-ulgaires ? — Il est vrai : quelquefois à leur table appelé, L'on te voit applaudir sitôt qu'ils ont parlé. Avant qu'apprendre d'eux le destin des royaumes. D'an éclat imposant dépouillons ces fantômes ; Tu verras , au travers de ces noms honorés Et des titres pompeux dont ils sont décorés , Un sentiment jaloiLX, par sa vapem- grossière, De leur discernement offusquer la lumière. Palamède et Cléon se virent disputer Certains commandements qu'ils croyoient mériter; Et, sans pouvoir sortii^ de leur sphère bornée, Le rang de colonel fixa leur destinée ; Ils ont quitté l'emploi. Privé de leurs secoiu'S , L'État mal gouverné périt dans lem"S discours ; Ils frondent le piincipe , ils blâment la conduite ; Du tort qu'on leur a fait nos malheurs sr-nt la suite;

198 Satires.

Par leur exclusion nous sommes désolés; Tout liroit à nos vœux s'ils s'en étoient mêlés.

Ce sont là les auteurs; voil<à sur quels mémoires Tu prétends naviguer dans la mer des histoires : Ton fragile vaisseau se met à l'abandou , Et vogue sur la foi de l'insolent lardon. L'imprimé de Hollande ou celni de Bruxelles, Sont le nord qui te guide au détroit des nouvelles ; Et tu crois du bon sens atteindre la hauteur, De ces trompeurs écrits triste compilateur?

Tandis que l'univers, attentif sur l'Europe, S'applique au tourbillon dont Ihorreur l'enveloppe , Tandis que dans lintrigue et dans le mouvement, La fi-^re tragédie attend son dénoùment , Je n'approuverois pas qu'une fade indolence Des succès de la guerre affectât l'ignorance ? Quand les flots soulevés frémissent de courroux , L'affaire de l'Et it est l'affaire de tous : J'aime à voir la victoire en diverses batailles. Tantôt par ses faveurs éterniser Noailles, Et tantôt par son vol ombrager tour à tour, Aujouru'hui Catinat, et demain Luxembourg. De ces heureux succès que leur valeur m'expose Je recueille le fruit , mais sans cieuser la cause \ Et saus m'évaporer en vains raisonnements , Je rapporte à Louis ces grands événements. Qu'importe à l'habitant de la plaine féconde Que tous les ans le Nil si richement inonde, D'examiner à fond si son débordement Aux monts des Abyssins a pris commencement, Quand le ciel régulier, dans des lunes exactes, Pour enrichir l'Egypte ouvre ses cataractes ,

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Ou si de certains venfs le souffle officieux Pousse l'eau de la mer eu di-s lieux spacieux , Qui par d'obscurs canaux que la t4?rre leur oumt Dégorgent ce dépôt dont le Delta se couvre ? Laissant à ces périls l'oisif pliysicipu Se fatiguer Tesprit d'un frivole entretien. Libre d'un tel souci , le laboureur plus sage Du fleuve répandu goûte en paix l'avantage. Entre l'étoile fixe et les globes errants , ïrozac ne coiinoît point de chemins différents ; Jamais, pour démêler l'im et l'autie système. Trop d'application ne lui rend le teint blême ; Que Coperaic s'abuse ou Ptolomée ait tort. Ce ne sera point lui qui les mettra d'accord; A. peine connoit-il son almauach des pas très : Tiozac jouit pourtant du soleil et des astres. Pour moi , sur ce modèle au bon sens ajusté , Quand de nos champs féconds je vois Mars écarté Porter chez nos rivaux sa rage redoutable, Sans sonder vainement l'abîme impénétrable , Du bonheur de l'État je sais tirer profit; Lriuis en est l'auteur, et cela me suffit.

Encor si cet esprit dont le feu t'embaiTasse,

En vains raisonnements dissipant son audace,

Se proposoit pour but l'exacte vérité.

On pourroit faire grâce à ta témérité ;

Mais ton chagrin bizarre et d'un françois indigne ,

Répand dans tes écrits une noirceur maligne,

Qui, de nos généraux instruisant le procès,

S'efforce d'obscurcir nos plus brillants succès.

Nos plus nobles exploits sont jeux dont tu te moques:

Giionne et Palamos ne sont que des bicoques.

Que le vaillant Tourville et ses fiers c« mbattants

200 Satires.

Couvrent Thétis de moits et de débris flottants, Tu feins d'être étonné que Ton tire avantage De quelques bâtiments dispersés par l'orage. Que pour forcer la Ligue en ses retranchements , Nos soldats soient changés en héros des romans. Et que la renommée au Gange, au Tigre, à Tlnde, Annonce avec éclat la gloire de Nervinde, Tu nommes ce triomphe une témérité , Constant à déplorer le sang qu'elle a coûté. Aujourd'hui tu soutiens que le courrier t'apporte Des articles de paix entre Vienne et la Porte; Et, pour mieux la conclure au gré de ton désir, Il ne te coûte rien d'étrangler un visir. Demain, par les Anglois nos victoires bornée?, Se '.errent submerger sous des flots de guinées ; Et, tandis qu'épuisés nous manquons de pouvoir. Les millions sterling pour Nassau -sont pleuvoir. En vain, si l'on t'en croit, au salut de Marseille L'un et l'autre Vendôme avec prudence veille; Leurs soins sont superflus , et ton effroi mortel Livre déjcà nos ports au redouté Russel. Lorsque le doigt de Dieu, par im affreux ravage, Signale son courroux sur son triste équipage , Des vents et de la mer tu sauves le rebut, Et de ses matelots tu guéris le scorbut. Quand le Ter effrayé juscpie dans Fonde amère, Roule ses tristes flots grossis du sang Ibère, Aux fuyards Espagnols joignant ta lâche voix. Tu cours jusqu'à Madiid annoucer leurs exploits. Nos conquêtes n'ont rien, dans ta jalouse idée, Qu'on puisse comparer à Dieppe bombardée , Et le secours de Brest est bien d'un moindre poids Que n'est l'embrasement de vingt maisons de bois. Enfin tout Amsterdam n'a pas un nouvelliste

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Qui sache au Mars françois donner un air plus triste; Pour ton œil jaunissant et de bile infecté , Tout est de la couleur qui détruit ta santé ; Et te paissant de fleurs malgré Flore indignée , Tu fais poison de tout, détestable araignée.

Tu rougis , Polyp'hile , et ton cœur combattu T'orne enf:or des couleurs que porte la vertu ; Le signe est favorable , et ta convalescence Sur un tel pronostic nest pas sans espérance : Mais ne m'interromps point; à ma correction Accorde une tranquille et souple attention. Frappé d'étounement et d'éloges prodigue , Tu ne t'épuises point pour les chefs de la Ligue ; De ces gens mer^-eilleux , à nos temps réservés , Les moindres mouvements par toi sont relevés : Je ne puis sur ce point condamner ta conduite ; Jusque dans l'ennemi j'honore le mérite : L'on ne me verra point, pour un trépas douteux. Faire avec le bourgeois de ridicules feux ; Un rival ermoblit un cœur d'honneur- a^1de : La haine d'Euristhée est la gloire d'Alcide. C'est flétrir les laïuiers d'un fameiLX conquérant, Qu'opposer à son bras un foible concurrent. Tu le veux, Polj-phile, et j'y souscris sans peine, Le chef des ennemis est un grand capitaine , Ses projets sont hardis et finement conçus; Mais qui le bat partout est encore au-dessus. Vous m'en serez témoins, théâtre de victoire, Que Pellone à jamais consacre à la mémoire , Du courage fiançois monument solennel, Voerden, Senef, Nervinde, et Steinkerque et Cassel; Vous m'en serez témoins, places mal défendues, Aux yeux de ce guerrier à nos troupes rendues ,

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Sans qiie pour leur secours il ait rien hasardé , Gand, Bouchain, Mons, Namur, Saint-Omer etCondé i Et vous, villes par lui vainement assiégées, Dans l'histoire du temps serez-vous négligées ? Les murs de Charleroi par deux fois attaqués, Oudenarde, Maëstiicht, y sei ont-ils marqués? L'avenir équitable aux exploits de la France , Mettra-t-il de Nassau les succès en balance. Et se souviendra-t-il qu'il a conquis Beaumont, Furne aux murs démolis, et Binche et Fauquemont ? Peut-être diras-tu que le chef de la Ligue , Comme un autre Philippe, est un démon d'intrigue, Que de sou cabinet, de deux doigts seulement, Il peut au monde entier donne] le mouvement. Soit, je crois pour te plaire à la métempsycose, Du fils de Charles-Quint l'âme en son sein repose ; Mais il n'a point encor, par de fermes liens. Joint les épiscopaux aux pr. sbytériens; Mais il n'a point encore , à force de dépense, De nos vieux alliés i ébranlé la constance ; Mais, malgré tous ses soins, son génie impuissant N'a pu concilier l'aigle avec le croissajit ; Il n'a point jusqu'ici, par ses sourdes pratiques, Fait de mauvais françois des mauvais catholiques ; Seulement en ce point politique savant. Qu'il réduit ses amis à se paitre de vent. Et nourrissant d'espoir leur attente trompée , Maintient à leurs périls sa grandeur^ usurpée.

Pourquoi, si de ces faits tu sais la vérité,

Contre notre bonheur es-tu si révolté ?

La valeur dans autrui te fait peut-être ombrage

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