FLORE ET POMONE
FLORE
ù court Pomone . et que veut dire fe;y,' \ 1 ■■ Qu'elle passe saus m'aborder ? \^J7 /■ Permis à Jupiter, chargé d'un vaste empire, \â^^<S D'avoir des soius qu'on puisse lire Sm' un front nubileux que leur poids fait rider. Mais quel chagrin suffit à te rendre rêveuse , Toi qu'aucun embanas ne doit inquiéter, Que celui de savoir si tu dois plus enter
D'ambrette que de virgonleuse ,
Ou si, dans un lieu de débit.
Forçant à t'obéir et le ciel et la terre , La figue ie peut rendre un assez grand profit
Pour payer la caisse et la serre ?
POMONE
Flore , le temps n'est plus où mon cœm- tout à soi Du soin de mes vergers faisoit la seule affaire ; Depuis que par l'arrêt des destins en colère , L'impérieux hymen m'asservit à sa loi , En vain , pour rappeler cette heureuse indolence ,
22 4 Dialogues
Je fatigue le ciel par des vœux superflus.
Elle échappe à mon espérance ; Elle ne re-s-lent point. Flore : le temps n'est plus,
FLORE
Quoi donc ! cette union si belle, si constante,
Cet indissoluble lien, Vertumne ravi d'aise et Pomone contenta !
Quoi donc ! tout cela n'est plus rien ? Flore, me disois-tu, cesse d'être légère; Les folâtres baisers de tes coquets zéphirs, De leurs soupirs ardents l'haleine passagère, Valent-ils de l'hymen les solides plaisirs ? Cependant, aujourd'hui, tu changes de langage; Et, pour empoisonner ton heuieux mariage.
Le dégoût à l'ennui se joint, ]Vlalgré ton rang et malgré l'avantage
D'un époux qui ne vieillit point.
POMONE
Cette immortalité dont nos époux jouissent,
A pour nous de faibles appas.
Nos maris ne vieillissent pas.
Mais nos mariages vieillissent.
Délicieuse nouveauté, Mère des doux plaisirs , charme de la nature ,
Par toi la naissante verdure Donne au jeune printemps sa riante beauté :
L'éclat de l'or, l'odeur de Tambre,
Près de toi n'ont rien de charmant, Et tu sais égaler, par ton seul agrément, La cerise précoce au melon de septembre. Les Muses avec soin t'affectent dans leurs chants
Le soleil se plonge dans l'onde
DES Dieux. 220
Pour montrer chaïue jour de nouveaux feux ;iu jnonde; Tu fournis aux amours leurs traits les plus touchants.
Ah ! nouveauté délicieuse , l/hymen, le froid hymen languit sans ton secours ; Que ne fais-tu pour lui, dans sa course ennuyeuse.
Ce que tu fis les premiers jours!
FLORE
Plus je songe à vos aventures.
Moins je vois par quelles blessures Votre amour auroit pu périr, Moi qui sais combien de figures Vertumne a fait pour t'acquérir.
POMONE
Pour aller à ses fins , il n'est aucune adresse
Qu'amour ne sache ménager.
Vertumne a fait pour m'engager
Mille et mille tours de souplesse; Par un fâcheux , par nu triste retour.
Pour ranimer l'ardeur de ses flammes mourantes ,
Je me transforme chaque jour
En cent figures différentes , Et ne puis réussir à fixer son amour.
Oublions , oublions la douceur passagère Du plaisir de l'hymen si tôt évauoui î Mais toi, dont l'enjouement insulte à ma misère, Toi-même tu parois d'un air moins réjoui
Que tu ne l'as à l'ordinaire.
FLORE
Je n'ai point de commerce avec les noirs soucis ; Ce que tu crois chagrin , c'est pitié toute pure ; Je veux sous cet ormeau te conter l'aventure Qui rend mon teint plus pâde et mes traits obscurcis.
226 Dialogues
Au bord d'une claire fontaine
Qu'un vieux hêtre tient à l'abri,
Libre de soucis et de peines.
Je revois sans objet sur le gazon fleuri.
La délicieuse mollesse Répandoit ses parfums dans les airs d'alentour ;
L'herbette , pour faire sa cour,
S'épaississoit sous sa déesse ; Mille petites fleurs, accourant se montrer, Emailloient à l'envi la naissante verdure ,
Et, par la voix de la nature,
S'empressoient à me remontrer
Qu'elles méritoient bien d'entrer
Dans l'ornement de ma coiffure.
Je m'occupois à les choisir.
Lorsqu'un perçant soupir vint frapper mon oreille;
Mon soupçon jaloux se réveille , Et je crus que j'aurois le chagrinant plaisir De prendre sur le fait mon volage Zéphyr. Un buisson d'églantiers , d'une épaisseur obscure , De mes jaloux regards interrompoit le cours; Je l'ouvre adroitement, sans craindre l'aventure
De la déesse des amours.
J'aperçus au travers une jeune bergère.
Assez triste pour m'émouvoir.
Assez belle pour me déplaire Et de mes agréments balancer le pouvoir. Le feu de ses beaux yeux, qu'ime amère infortune
Grossissoit d'un torrent de pleurs , Ne ressembloit point mal à l'éclat de la lune , Quand sa lumière brille au travers des vapeurs ; Son habit négligé, par plus d'une ouverture Exposoit aux regards la neige de son sein ; Ses cheveux mal rangés erroient à l'aventure,
DES Dieux. a»7
Et sa tète pressoit l'ivoire de sa main. Après quelques moments d'une extase inquiète , Son cœur, outré d'ennuis, à sa langue eut recours; Et la douleur plaintive à la douleur muette Prêta de ses regrets l'officieux secours. Il est donc vrai, Tircis, que ton àme cruelle Veut pour le champ de Mars abandonner ces lieux, Ces lieux où tu jurois qu'une ardeur éternelle Soumettroit tes destins au pouvoir de mes yeux. Ah! berger, ta beauté dans nos champs si vantée Suffit pour affronter des appas courroucés. Pour forcer la rigueur d'une amante irritée, Et non des bataillons de piques hérissés !
Si l'ardeur des combats excitoit ton courage. Il en est parmi nous qui te couvenoient mieux : Tu pouvois disputer à tout notre village De la danse et du chant les prix ambitieux. Tu pouvois avec moi disputer de tendresse; Mon cœur en sait assez, quoiqu'il ait peu vécu; Et, tout jeune qu'il est, je sens à sa foildesse. Oui, cber Tircis, je sens que je t'aurois vaincu.
Malheureuse ! c'est moi, c'est ma rigueur extrême Qui livre à ce péril les jours de mon berger ! Que me demandoit-il? un rien : un je vous aime. Par un cruel refus falloit-il l'égorger ? Vaine et fausse pudeur ! et toi, bouche traîtresse, Qui refusas deux mots pour conserver ses jours. Va, puisque tu n'as pu t'ouvrir à la tendresse, AiLX plaintes, aux regrets, ouvre-toi pour toujours.
Que vous êtes heureux, troupeaux de nos campagnes. Qui ne combattez point pour la grandeur des rois !
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Que vous êtes heui'eux, rosiers de nos montagnes, Qui ne voulez point croître à la hauteur des bois ! Funeste ambition , peste infâme des villes , Par qui tant de beaux jours ont été raccourcis , Devois-tu pénétrer dans nos sacrés asiles , Et te joindre au dépit, pour m'arracher Tyrcis !
Qui pourra de mon cœur calmer les justes craintes? Comment sur ses frayeurs le rendre satisfait ? Peut-être en ce moment que je m'exhale en plaintes , 11 lave dans son sang le crime que j'ai fait. Peut-être un fer cruel.... 0 dieux !...
— A ces paroles Sa pressante douleur la contraint de finir.
Ses jambes tremblantes et molles
Ne peuvent plus la soutenir ;
Elle sent sa vigueur mourante succomber tout à coup sous l'excès de ses maux ,
Et tombe pâle et languissante
Comme un lys tranché par la faux.
Le brillant incarnat qui la rendoit si belle ,
Parmi les airs est emporté ; L'Amour et le Zéphyr en entrent en querelle ,
Chacun d'eux en veut de son aile
Augmenter la variété.
Pour moi, qui sens mon cœur vers le plaisir porté. J'ai craint d'un triste objet d'être trop pénétrée; Je m'en suis éloignée autant que je l'ai pu, Et j'en avois encor, quand je t'ai rencontrée,
POMONE
0 Mars ! faut-il que ta colère
DES Dieux. 3
De tant d'heui-eux moments interrompe le cours ! E.=t-oe ainsi, Dieu cruel , que tu rends aux amours Les piquantes douceurs dont te comble leur mère ? Mais adieu , ton caquet ne fait pas mon affaire . On ne s'en lasse point , on y pourroit vieillir :
J'ai de la reinette à cueillir.
Et Verturane est chagrin plus qu'à son ordinaire.
FLORE
Tu payeras l'intérêt de ces charmantes nuit^ Qui, par tes doux récits, me rendoieut si rêveuse.
POMONE
Te tairas-tu, belle causeuse?
Adieu, reine des fleurs.
FLORE
Adieu, reine des fruits
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