‹ Œuvres choisiesChapitre 34 sur 49 · I-Î SATIRES · texte numérisé non relu

I-Î SATIRES

La bourgeoise à la nf»ce et la none à la grille Régalent leurs amis de gaats de capiton. On en porte à la cour, on en porte au village.

On en fait de toutes couleurs.

Qui les veut parfumés , en tire l'avantage De garantir son nez des mauvaises odeurs. Si je voulois des gants épuiser les merveilles.

Je n'aurois jamais fait.

Le dîner refroidit, j'épargne vos oreilles. Et je reviens au fait.

Dites-moi donc par quel capriee

Tant de jeunes impertinents Se dispensent de l'ordre et se font l'injustice De se passer de gants?

Sont-ils nés au siècle de Rhée, - Où la peau l-lanche et colorée

Disputoit d'éclat au jasmin ?

Adonis leur a-t-il légué sa belle main Qui prit si doucement le cœur de Cythérée ? Quel progrès feront-ils dans l'amoureux métier,

A montrer leurs pattes crasseuses.

Noires, velues et calleuses?...

(J'y pourrois ajouter galeuses.

Si je ne voulois pas leur faire de quartier. ) Un cavalier sans gant ne tient point assez ferme

La bride d'un cheval.

Un damoiseau sans gants est planté comme un terme

Dans le milieu d'un bal.

Oseriez-vous jamais dans une promenade, A la galante Iris présenter votre maia

Aussi gluante que pommade , Qui poisseroit ses gants plus I lancs que le satin?

Ali ! belle , à qui l'épais Mendoce

Présente des soins assidus.

Satires. arï

S'il vous offre la main pour monter en carr«3sse , Dégantez-vous , Aminthe , ou vos gants sont perdus.

C'est fait du gant quand on le gâte.

Pour la main , on s'en tire avec un peu de pâte. Mais quoi! me diront-ils, nous sommes gens polis, Nous nous lavons les mains avec des soins extrêmes... Eh î Messieurs, n'eussiez-vous manié (|ue vous-mêmes.

Toujours vous crois assez salis.

Va vous , sages beautés , vous dont la modestie Des grossiers patineurs craint les attouchements. N'en souffrez que gantés à tous événements...

Pour grande que soit leur furie ,

De patiner avec des gants

Ils n'auront pas l'effronterie.

Ainsi, quand un cheval est sujet à mer.

On Tairète avec des entraves.

Va, quand jusques à mordre il veut s'évertuer, Avec la muselière on sait l'exténuer.

Traitez de même vos esclaves;

Ce sont oiseaux qu'il faut niuer.

0 vous, qu'après la France a l'univers prisées.

Étampes, Poitiers, Montbazon,

Eutragues, Poilland, Chàtillon, SortfZ pour un moment des riants Elysées. Dans les mains de la Mode, à qui votre beauté

Dut souvent plus d'une conquête , Sûuffrirez-vous jamais un amant déganté.

Si ce n'est dans le téte-à-téte?

Madame, c'est assez, je conclus et fiiiis. Ces déserteurs de gants doivent être punis.

Egaler la peine au péché

Sera leur faire bon marché.

Dans les chaînes du mariage.

Si quelqu'un de ces arr. gants

"iiG Satires.

Sous votre bon plaisir s'engage, Faites qu'il n'en ait pas les gants ; Vous en savez si bien l'usage. —

Cette péroraison fit rire l'auditi ur.

La Mode , en l'honneur attaquée ,

Ainsi réplique à l'orateur,

De sa conclusion piquée :

— « Ne vous informez point si parmi mes sujets On se sent pour les gants penchant ou répugnance; Non, monsieur du grand goût. De si minces sujets

Sont-ils de votre com[)étence ?

Sachez qu'un jour si ma prudence S'applique cà faire agii de mon autorité

Les forces révérées.

Je leur ferai porter dans le cœur de l'été

Des mitaines fourrées.

N'entrez point dans des cas qui vous sont prohibés;

Ici vous n'avez rien à mordre.

Réformez, s'il vous duit, les perruques d'abbés

Avec les barbes du tiers or ;re.

Retournez sans réplique aux lieux d'où vous venez ; Allez-y débiter vos avis sm-annés.

De mes adorateurs ô censeur incommode.

Pour une bonne fois, par ma bouche apprenez Qu'il ne vous convient pas de mettre votre nez

Aux ordonnances de la Mode. » —

Ainsi dit-elle. Un nouveau ris

Eclate à ce trait de satire.

Les échos de Paphos le portent à Paris, Et les premieis rieurs n'ont plus le mot pour rire. De même, quand la bise a quelque temps régné. Si le vent du midi renforce son haleine ,

Par la résistance indigné ,

Satires.

D'un souffle il la recogne à la foi et d'Artlenne. De ce fier compliment le Bon Goût consterné. Fend d'un coude irrité la foule la plus proche. Sans demander son reste , et s'enfuit étonné

Comme un f'ndeur de cloche.

La Mode va diner. L'excès de son courroux Eut ce jour-là si peu de boin-^s , Qu'elle en dégrada le vin doux Et remit en vigueur, en dépit des jaloux. Le grand art de planter des cornes.

Mais elle conçut tant d'ennui De ne s'estimer pas suffisamment vengée, Que d'une fièvre étique elle en fut affligée. Dont elle resta dérangée.

Comme nous voyons aujourd'hui.

Par l'ettét de la sympathie Qui fait mouvoir tout l'univers , Sa chère, sa parfaite amie, L'amusante Coquetterie , ^'it son petit ménage aller tout de travers. Les galants désertèrent, Lem^s chaînes se lâchèrent.

Les professes boudèrent, Les nuvices pleurèient; Bonnes gens s'en mêlèrent ; Ils se raccommodèrent.

Mais mal se gouvernèrent.

Mesures ne gardèrent, Haut les bras l'accostèrent , Promenades trottèrent , Mascarades brilli reut , Au théâtre dansèrent , Les traiteurs fréquentèrent , Tout le jour crapulèrent.

2i8 Satires.

Les mauvais vents soufflèrent.

Les voisins murmurèrent, Les amis s'éloignèrent, Les parents remontrèrent , Les dévots f al minèrent , Les rieurs plaisantèrent, Tous ces soias échouèrent.

Les cochers s'enivrèrent.

Les carrosses versèrent.

Les laquais dérolièrent , Les exemples gâtèrent :

Suivantes imitèrent, Et souvent surpassèrent; Les rivaux se brouillèrent , Les jaloux s'emportèrent.

Les bretteurs dégahièrent, Enquêteurs informèrent, Les témoins déposèrent, Les juges décrétèrent, Coupables dénichèrent.

Les joueurs filoutèrent.

Les espèces manquèrent.

Les bijoux s'engagèrent, Les meubles s'éclipsèrent.

Emprunteurs escroquèrent, Les créanciers pressèrent.

Les préteurs refusèrent.

Dès que gages manquèrent, Les nuages crevèrent.

Les malheurs inondèrent.

Leurs excès éclatèrent.

Confidentes jasèrent, Les poulets se tiouvèrent.

Les maris se cabrèrent.

bATIRES.

S'enquirent , coofrontèrent;

Les plus mous pardonnèrent,

Mais depuis n'estimèrent.

Les plus prompts bàtonnèrent ,

Les plus làchts plaidèrent,

Et se déshonorèrent.

Les plus sages cloîtrèrent,

Les brutaux poignardèrent.

Et les cloches sonnèrent.

Enfin, dans ce triste revers , Les rimeurs de Paphos, pour comble de misère. En firent de plus malins vers Que ceux que je viens de vous faire.

0 ciel! quels destins affligeants!

Voilà bien du bruit pour des gants.

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