‹ Œuvres choisiesChapitre 42 sur 49 · RONDEAU · texte numérisé non relu

RONDEAU

eux ou trois ans de docte rêverie , D'une brigade au Parnasse nourrie, [faut Seroienttrop peu, pour peindre comme il L'air de splendeur que va porter si haut La cour de France et sa chevalerie.

Art et matière , or, argent , pierrerie , Feront de prix un ruineux assaut ; Plus d'un seigneur devra sa broderie Deux ou trois ans.

0 noble hymen , dont la flamme chérie Fait des canons cesser la batterie , Pour nous trop lent , vous arrivez trop tôt ; Pour les époux vous seriez sans défaut Si vous prêtiez aux princes qu'on marie Deux ou trois ans.

1 . Ou sait quelles de'penses on fit pour le mariage du duc de Bourgogne avec Adélaïde de Savoie; les deux époux e'taient encore enfants.

Pièces Diverses.

/^i^-zi^ andis que par toute la terre , ^S K? 'T^û^^^^ ^ même but par cent chemins divers, )^S ^t ^^ i^\vQ. , les taxes et la guerre ^'^^d De sa destruction menacent l'univers;

Tandis qu'avec tant de sagesse , Pour trouver quelque jour au travers du brouillard ^

Tu joins le feu de la jeunesse

A la prudence du vieillard.

Pardonne; Marigny, si mon esprit s'amuse

A badiner avec la muse.

Quand j'ose pour quelque moment

M'abandonner à lenjoùment

Dont ma raison lâche Técluse,

Je n'ai pas dessein de braver

Des maux cuisants comme les nôtres ;

Mais c'est qu'il faut bien conserver

Quelqu'un pour enterrer les autres.

f^^l^P i Luxembourg, ni quai des Augustins, 1 ^ Xi du Palais la mugissante salle , y En célébrant leurs conciles mutins , ^^ N'eurent jamais pour régler les destins Un nouvelliste. Octave, qui t'égale.

Tu sais combien, jusqu'au dernier esquif. Ont de vaisseaux les flottes combinées; Tu sais combien le Suédois est vif Pour soulager le Saxon fugitif Du soin qui pèse aux tètes couronnées : Des gallions tu saisis les devants Pour les placer dans le port de Séville ;

Et ton avis plus vite que les vents ,

Par leur retour enricliit la Castille.

Tu sais souder du pontife romain

La politique, et puis tout d'ime haleine

Passer les monts, et la pique à la main

Dans son réduit forcer le prince Eugène.

De vérité , rarement un seul mot :

Tu fais partout valoir la conjecture;

C'est là ta rente , Octave , et Timposture

Sert à ta bouche à payer son écot.

Pour ^épargner des récits infidèles,

Viens t'en souper, mais à condition

Qu'en tout le soir, de guerre ou de nouvelles

Il ne soit fait aucune mention.

uand l'agréable folie Du théâtre italien , Purge la mélancolie Mieux que Celse ou Galien ;

Quand Arlequin, sans mot dire.

Émeut les plus rechignes , Et les fait pâmer de rire En montrant son bout de nez

A l'allégresse publique Cléon seul ose insulter.

Et cet insolent critique Sort sans vouloir écouter.

Vous vous étonnez , comtesse , Que son dégoût affecté Condamne notre foiblesse Du haut de sa gravité:

Pièces Diverses.

L'affaire fst approfondie , Je veux vous en avertir ; U n'entre à la comédie Que pour l'honueur d'en sorti i.

Au maréchal de Soailies.

ar votre grâce toute pure Je suis meublé commodément :

Un lit bien propre , une verdure Décorent mon appartement.

Un créancier me persécute , Et n'ayant point d'autres effets, La crainte qu'il ne me discute Me force à vendi^e vos bienfaits.

C'est là mon unique espérance , Encor qu'il m'en déplaise bien; Je vous donne la préférence :

Maréchal , n'achetez-vous rien ?

mi , rappelle ta raison , Pour l'opposer à cette envie Qui veut noircir de son poison Les plus beaux endroits de ta vie.

Prétends-tu que ce monde, Arcas , dont tu te plains, Dépouille en ta faveur ses manières antiques ? Il a persécuté les saints Dont il adore les reliques.

Pièces Diverses,

uand Dion assiette est couverte -' De quelque morceau friand.

Un laquais toujours alerte Me la change en souriant.

Dans son île barattière Le fameux Sancho Pança, Traité de même manière , A bon droit se courrouça.

Marquis, mangeons à notre aise; Trouvez-vous cela galant?

Il n'est rien qui me déplaise Comme un repas ambulant.

our être heureux, 3 evoudrois peu de chos' , Esprit bien sain, tempérament de fer, wû f^V) D'argent comptant bonne et loyale dos-; M^^ll Glace en été , bon feu pendant l'hiver , Amis choisis , et livres tout de même, Un peu de jeu, sans pourtant m'y piquer, Point de procès , dispense de carême , Sommeil profond, facile à provoquer , Ni créanciers, ni, prêts à critiquer.

Censeurs fâcheux , — beauté tendre et sincère , Point inégale , et n'aspirant à plaire Qu'à moi tout seul. Bellocq, si quelque jour Un beau miracle en ma faveur opère De ce souhait l'agréable chimère.

Je t'abandonne et Paris et la cour.

Pièces Diverses

elle Iris, de leurs mains les grâces vous formèrent, ^J^ Rien de plus engageant ne se peut concevoir : Crovez-en mon amour ; les ailes lui tombèrent

Dès qu'il eut des yeux pour voir.

ous me soutenez donc, Vidame.

i^v/ï^ Qu'il n'est pas mal aisé de faire une épigramme, ^i\lM) Qu'il ïi'^st si pau^Te esprit qui n'en trouve la fin. ^^^êiM^ D'aceord; la gloire en est commune,

Vidame , pour qui n'en fait qu'une ; Mais, pour un li'STe entier, je le donne au plus fin.

Ol^^^'v^, ^^"*1 un ami tendre et sincère \ ff^'^ \ . Pi'évient et comble vos souhaits, k.\^îrjl II faut divulguer ses bienfaits ; (^-^^T^se^^ C'est être ingrat que de se taire. En amour, c'est une autre affaire; 11 faut savoir dissimuler.

Les faveurs veulent du mystère :

C'est être ingrat que de parler.

u veux savoir quelle profession ^<- Peut de ton fils établir la fortune ? Pour satisfaire à ton ambitron, Écarte-toi de la route commune :

Point de collège ; il est l'écueil fatal

2 fia

Pièces Diverses.

De la jeunesse : évite Juvénal, Catulle, Homère, Anacréon, Virgile, Tous francs bedeaux, qui droit à l'hôpital Mènent leurs gens : témoin moi, comme mille. Que faut-il donc ? — Qu'il apprenne à compter, Peindre correct, calculer, supputer, Petit commis, puis admis aux enchères.

Le tout , suivant les talents qu'il aura : Si sou génie est dur pour les affaires. Qu'il soit danseur ou chantre à lOpéra.

^gj^^r rgatiphontidas, cette moustache d'homme, •^i^^ffi Qui chez les gens de bien a perdu tout crédit, fi^^vW' ^^^ <iisoit l'autre jour : Oui, oui, vous l'avez dit, tr^ârrM Que mon père, morbleu, n'étoitpas gentilhomi

Moi ! repris-je d'un humble ton :

Sur les discours d'autrui vous savez comme on glose : Je l'ai connu sergent, et d'ailleurs grand fripon;

Mais je n'ai pas dit autre chose.

a muse à tout propos cherche à me quereller Sur ma rage d'écrire en langage vulgaire. Dans un siècle d'ici , me dit-elle en colère , On ne t'entendra plus parler.

Du François inconstant tu sais le caractère. Lorsqu'on croit le tenir, tout prêt à s'écouler,

Ainsi qu'anguille en belle eau claire.

Chez lui mœurs , langue, habits , ne cessent de rouler ;

Et ce savant dictionnaire.

Que notre Académie avec soin fit mouler, Et celui qu'osa Furetière

Pièces Diverses. 263

Mal à propos intercaler, Saûs redouter l'affront de se faire exiler, Auront dans peu de temps besoin de C'^mmentaire.

Je lui dis pour la consoler

Qu à quelque pauvre plagiaire

Je puis devenir nécessaire,

Et que c'est là mon pis-aller.

Puisque le grand Virgile a bien cueilli des roses

Dans les ordures d'Ennius, Peut-être de mes vers fourrés dans les rebuts Les fripiers à venir feront de belles choses.

uoi donc ? avec Bacchus ne peut-on rire Sans médire Des amours?

Pour moi, je ne puis m'en dédire , Ils m'ont fait passer d'heureux jours.

Le vin et la tendresse, La bouteille et les yeux D'une jeune maîtresse Sont des présents des cieux :

Mais si l'on me force A faire divorce Avec Tan des deux, Amour, je renonce à tes feux.

Quand ta flamme est languissante, Bacchus devient plus puissant ; Sur nos vieux ans il nous enchant^^ :

On n'aime plus à cinquante ; On peut boire jusqu'à cent.

PiÈCF.s Diverses

Ctt^i^C ujourd'hui, votre teint parait plus éclatant,

"r^f^^^M ^^ ^^^ ^'^^^ ^"^^ ^^ ^^^ ^^^^ "^"'^ ^"^^^ ordinaire ; t^^^V^l ^'Jtre miroir vous en a dit autant, ^H^^S^TO Et vous pouvez avouer sans mystère Que votre petit cœur de vous-même est content. Quil seroit doux, Philis, d'aspirer à vous plaire, Si vous ne vous plaisiez pas tant î

uel moyen de souffrir l'orgueilleux calotin, Sur ses livres devenu blême !

l II s'est fait un chaos de grec et de latin , Qu'il ne peut débrouiller lui-même.

Il m'appelle ignorant; je le suis en effet : Nous le sommes tous deux; avec la différence Que la nature me la fait Par pure grâce et sans dépense; Et qu'à l'exemple des pédants Il a travaillé bien longtemps Pour acquérir son ignorance.

u dis que dans mes épigrammes La chute est trop lente à venir, ^^ Et que ma muse est de ces femmes Dont le caquet ne peut finir.

Catulle en a fait d'une page Oii c'est un crime de toucher, Où, sans défigurer l'ouvrage, Un mot ne s'en peut retrancher.

Pièces Divei.ses.

Pour toi , qui passes la pratiqué Du bel art qu'enseigne Apollon , Quand tu ne ferois qu'un distique.

Ton distique seroit trop l'-'ug.

v|^^>^^^ hacun te fuit et s'éloigne de toi;

<^ i^^ ■ A tes côtés rpgne une solitude

& vlÊ^' ^^^ ^^ surprend : tu veux savoir pourquoi ?

'^^se-^fi Je vais le dire avec la bonne foi

Que nie permet notre vieille habitude.

Cette fureur de réciter les vers

A tous venants est cause qu'on t'évite.

Il n'est sujet dans le vaste univers,

Occasion ni grande ni petite ,

Il n'est écueil où ne donne à travers

L'empressement d'étaler ton mérite.

Avez-vous Vu mon ode sur Carpi?

Mes triolets sur l'exploit de Crémone ?

Mon madrigal de l'Amour assoupi ?

Ma parodie à l'adieu d'Hermione ?

A ce début , bien que chacun frissonne ,

D'être importun tu ne peux te passer;

A table , au lit , sur la chaise percée ,

Tu lis partout, et ta muse insensée

Jusqu'à l'égUse ose nous relancer.

^'eux-tu savoir combien te rend coupable

L'entêtement que je cherche à guérir?

Plein de vertus, bon ami, charitable ,

Officieux, indulgent, équitalde.

Homme d'honneur, on né peut te souffrir.

2<5<> Pièces Uiverses.

'<S] u repas de Phœdon doiis fûmes affamés : ,, ..| f Comment ! quatre poulets mal cuits et mal plumt ( i^Â ^^^ ^^ pauvre ragoût, point de vin de Champagne '^.^i^^gfiB) Pour convives, enfin, deux juges mal famés ! Jl nous donna pourtant certain tahac d'Espagne,, Dont, à ce qu'il disoit, nous étions embaumés. Ce fut en ce moment que le malin Gléauthe, En se penchant sur moi , vint me dire tout bas : Ami, nous sommes morts, n'en doutons plus, hélas! Nous buvons de Toubli la liqueur dégoûtante; Nous voyons devant nous Minos et Rhadamante, Nous sommes embaumés et nous ne mangeons pas.

Sur le mausolée de M. le cardinal de Richelieu , fait par M. Girardon , en Sorbonne.

Page 1