‹ Œuvres choisiesChapitre 114 sur 244 · ACTE I , SCENE II. is · texte numérisé non relu

ACTE I , SCENE II. is

Tu veux que dans l'hymen elle ait ses droits à part! Prends-tn les préjugés des nations profanes? On doit tout à l'époux, on doit tout à ses inanes. Elle-même a senti dans ses attachements Tout le prix qu'on doit mettre à ces grands

dévoùnients.

L'appareil des bûchers et leur magnificence Ne peut appartenir qu'à la lîere opulence; Mais la veuve du pauvre accoiupngne le mort Se couvre de sa terre ,et près de lui s'endort. Même dans ces cantons, où la loi moins sévère Se relâche en faveur de l'épouse vulgaire, Celle qui croit sortir d'un assez noble sang Réclame les bûchers comme un droit de son ran". llecuJe dans les temps, et vois dans l'Inde auti(iuB Combien l'on a brigué ce trépas héroïque. Songe au lils de Porus ; remets-toi sous les yeux Des veuves de Céteus le combat glorieux : L'une, à qui de l'hymen aucun gage ne reste Tire sou droit de mort d'un état si /uncste : L'autre, du gage même enfermé dans son sein- Et celle que la loi force à céder eulin, Qui se voit enlever le trépas qu'elle envie Weutend qu'avec horreur sa sentence de vie : Tu les plains de mourir, toi qui connois nos lois I Ces victoires sur nous , ces maux de notre choix Ici tout est extrême. Eh! vois nos solitaires Des fackirs , des joghis les tourments volontaires. Vois chacun d'eux dans l'Inde à souffrir assidu- L'un, le corps renversé, dans les airs suspendu. Sur les feux d'un brasier, pour épurer son ame, L'attiser de ses bras balancés dans la flamme; Les autres, se servant eux-mêmes de bourreaux. Se plaire à déchirer tout leur corps par lambeaux; L'antre, habiter un antre ou des déserts stériles; Sous un soleil brùhmt plusieurs vivre immobiles ;

ia« LA VEUVE DU MALABAR.

Celui-ci sur sa tête entretenir les feux Qui calcinent son front eu l'honneur de nos dieux. V^ois sur le haut des monts le bramine eu prières , Pour vaincre le sommeil s'arracher les paupières; Quelques uns se jeter au passage des chars , Ecrasés sous la roue, et sur la terre épars : Tous abréger la vie, et souffrir sans murmure; Tous braver la douleur, et domter la nature.

LE JEUNE BRAMINE

Ah ! du moins à souffrir aucun d'eux n'est qpntraint , Ne gémit de ses maux , et ne veut être plaint ; Mais ici par l'honneur la femme est poursuivie; Il la force en tyran d'abandonner la vie. Pardonnez ,j'avois cru qu'exjjosés aux malheurs, Sans appeler à nous la mort ui les douleurs , Ce devroit être assez, pour la constance humaine De supporter les maux que la nature amené. D'inexplicables lois, par de secrets liens, Sur la terre ont uni les maux avec les biens; JMais de l'iosecte à 1 homme on peut assez conuoître Quelesoindesoi-mèmeest l'instinct de chaque être. Les dieux , comme immortels , et sur-tout comme

heureux, A tout être sensible ont inspiré ces vœux : L'homme , l'homme lui seul dans la nature entière, A porté sur lui-même une main meurtrière, Comme s'il étoil né sous des dieux malfaisants Dout il dût à jamais repousser les présents. Ah ! la secrette voix de ces êtres augustes Crie au fond de nos cœurs : soyez bons, soyez justes; INIais nous demandent-ils ces cruels abandons , Ce mépris de nos jours, cet oubli de leurs dons ? Cette haine de soi n'est-elle point coupable .►" Qui se hait trop lui-même aime peu son semblable; Et le ciel pourroit-il nous avoir fait la loi D'aimer tous les humains pour ne haïr que soi ?

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