ACTE I, SCENE II. laj
Ptnsez-voas que, du sang dont on sait qu'elle sort, Elle puisse à son gré disposer de sou sort ? An nom de son époux, sa famille inquiette L'environne déjà pour exiger sa dette ; L'affront dont en vivant elle se couvriroit Sur ses tristes parents à jamais s'étendroit; Et de sa propre gloire une fois dépouillée , Que faire de sa vie après l'avoir souillée;' Où seroit son espoir ? Sans honneur et sans biens , Devenue et l'esclave et le rebut des siens, Vile à ses propres yeux dans cet état servile , Ou plutôt dans l'horreur de cette mort civile, Elle ne traîneroit que des jours languissants, S'abreuveroit de pleurs , et mourroit plus longtemps.
Il est vrai. Cependant pour peu qu'on soit sensible, Avouez avec moi qu'il doitparoitre horrible Qu'on réserve à la femme uu si funeste sort , Et qu'elle n'ait de choix que l'opprobre ou la mort. Les lois même contre elle ont pu fournir ces armes.' La femme en ces climats n'a pour dot que ses
charmes , Et l'époux s'en arroge un empire odieux ., Qu'il laisse à ses enfants lorsqu'il ferme les yeux .' 11 faut qu'elle périsse, ou bien leur barbarie Ose lui reprocher d'avoir aimé la vie, L'en ])unir, la priver avec inùignité Des droits toujours sacrés de la maternité. Eh quoi ! pour honorer la cendre de leur père, Ont-ils donc oublié que sa veuve est leur mère?
LE G R A Jf D BR AMINE.
Et vous , ignorez-vous sous quel sceptre d'airain L'usage impérieux courbe le genre humain .' Observez le tableau des mœurs universelles. Vous verrez le pouvoir des coutumes cruelles.
lîfi LA TEUVE DU MALABAR.
L'empereur japonois desceiidaut cliez les morts Trouve encor des flatteurs pour mourir sur sou
corps.
Les enfants, pour périr ou \ivre au choix du père, Ailleurs sont désignés dans le sein de leur mère. Le iMassiigete immole, et c'est par piété, Son père qui lanj,'uit sous la caducité. Le sauvage vieilli, dans sa douleur stupide, De son fils qu'il implore obtient un pairicide. Sur les bords du Niger l'homme est mis à l'eacûn. En uioutaut sur le trône, on a vu le sultan Au iacet nieuririer abandonner ses frères. Et dans lEurope même, au centre des lumières, Au reste de la terre un honneur étranger, De sang-froid, pour un mot, force à s'entr'égorger.
r, E .lEUNE BRA.MINE.
Ainsi, l'exemple aflreux des coutumes barbares Autorise et maintient des excès si bizarres! Ainsi, quand des autels la femme ose approcher. Les llamheaux de Ihymen sont ceux de son hacher I Du destin qui l'attend l'horreur anticipée Se présente sans ces'ïje à son aine irappee. Esclave de l'époux, même lorsqu'il n'est plus. Liée encor des noeuds que la mort a rompus , Entendez-la crier d'une voix lamentable : Cruels, qu'avez-\ous lait par un arrêt coupable? Hélas ! déjà le ciel nous imjjose eu naissant Un tribut de douleurs dont l'homme lut exempt; Et votre aveugle loi, voire ame injuste et dure, Ajoute encor pour nous au joug de la nature; Et bien loin d'adoucir, de plaindre notre sort, •C est vous qui nous donnez l'esclavage et la mort.
LE GRAND BRAMIKE.
Quel langage inou.i ! quelle erreur te domine .' IN 'es-tu donc dans le cœur Indien ni bramine? jLa femme naît pour nous ; cl , par un fol égard ,