LE JEUNE BRAMINE, LA VEUVE
I,E JEUNE BRA.MII7E.
Je reçois ainsi des deux côtés Des reproches cruels et si peu mérités. Vous me croyez , madame , iuhumain , inflexible , Tandis qu'à notre chef je parois trop sensible. Ses regards, attachés au séjour éternel, Semblent ne plus rien voir dans le séjour mortel -, Et devaut les objets que les cieux lui retracent Les peiues de ce monde et la pitié s'effacent. Je ne m'en défends point, je suis trop loin de lui ; .le sens que je suis né pour souffrir dans autrui , J'obéis à mon cœur, et quand je le consulte Je ne crois point trahir mon pays ni mon culte : îMais sur mes sentiments quel douloureux effort ! C'est moi fini dois, grands dieux, vous conduire à
la mort i IMoi qui , rempli d'horreur pour ce barbare office , l'ienverserois plutôt l'autel du sacrifice, Cet odieux bûcher, le premier qu'en ces lieux Une aveugle coutume aura mis sous mes yeux. Hélas ! plus je vous vois, plus mon ame attendrie Képugne à cet arrêt qui vous ôte la vie.
Quel est cet intérêt qui vous parle pour moi .*" Ist-ceà vous, dans ce temple, à montrer tant d'effroi .' (Comment à ces autels celui qui se destine Prend-il l'engagement sans l'esprit duBramine.' Ou comment, né sensible, est-on associé A des cœurs qui font vœu d'étouffer la pitié?
i/,o LA VEUVE UU MALAr.AR.
LE JEUNE BRAMINE
Hél:is ! de ses destins quel mortel est le maître? Je fus infortuné du jour qui me vit naître. Faut-il que le mortel qui prévint mon trépas M'ait ici du Bengale apporté daus ses bras? Faut-il avoir sitôt , pour voir votre misère , Perdu l'infortuné qui m'a servi de père? Orphelin i)ar sa mort, à moi-même livré, Dans ces murs, dans ce temple à peine suis-je entre. Je trouve donc par-tout un usage sinistre ; J'écLappe à l'un , de l'autre on me fait le ministre.