‹ Œuvres choisiesChapitre 122 sur 244 · ACTE II, se EN E r. iV · texte numérisé non relu

ACTE II, se EN E r. iV

Mais je sais qu'il m'aim;i , qu'il désira lua main , Qu'il me fut arraché, qu'il fallut me contraindir , Etouffer un amour que je ne pus éteindre ; Que ce fatal amour, vainement combattu , Malgré moi se réveille, et trouble ma vertu. Dans tout autre pays, hélas! si j'étoi.s née, Je cessois d'être esclave et d'être infortunée : Celui qui m'eût contraint à passer dans ses bras M'auroit laissée au moins libre par son trépas : .l'aurois eu quelque espoir, fùt-il imaginaire. De retrouver un jour celui qui m'a su plaire; Et cette illusion , soulageant mon ennui , ÎNl'eiit encor tenu lieu du bonheur d'être à lui. Aujourd'hui tout m'accable, et tout me désesjtcre, IMes vœux, mes souvenirs, une image trop cherc , L'hymen qui m'enchaîna . le nœud qui lu'étoit dû , Et ce que j'ai souffert, et ce que j'ai perdu ; Pour celui que j'aimois lorsque je n'ai pu vivre , C'est un autre a a tombeau q-.i'en cejour je vais suivie : Je meurs , c'est peu , je meurs dans un affreux

tourment , Pour rejoindre l'époux qui m'ôta mon amaiit.

Ah! que m'appreuez-voiis I

LA V E U V E

J'en ai trop dit, l'"atimr« Excuse , époux ciutl, ericnsf ta A'ictime ; Ce cœur toujours soumis, quoique tyrannisé, Suit l'étrange devoir par ta mort imposé ! Je ne balance point à mourir sur ta cendre ; N'exige point de moi de sentiment plus tendre. Si tu lis mes malheurs , qu'il te suflise , hclas ! Que je te sois fideîle au-delà du trépas : le t'ai fait de ma vie un premier sacrifice Qui de ma mort peut-être égale le supplice : l'ai , pendant mon hymen , d^^voré mes euiiiiis ,

i38 LA YEUVE DU MALABAR.

Et la plainte est permise à l'état où je suis.

Après uu tel hymen , quel étrange partage !

■LA. VEUVE

Si tu m'aimes encor, laisse-moi mou courage ;

J'en ai besoin , Fatime , et n'ai plus d'autre bien.

Mais ne révèle point ce funeste entretien :

Ali ! j'atteste le ciel que j'aurois avec joie

Subi pour mon amant la mort oii l'on m'envoie ,

El qu'on m'eût vue alors, perdant tout sans retour,

Sans consulter l'honneur, m'immoler à l'amour.

Du moins celui, l''atime, à qui je fus ravie

IV'est pas témoin des maux qui terminent ma vie ;

Il ne saura jamais, je meurs dans cet espoir,

Ce que m'aura coûté mon funeste devoir.

F ATI M E.

Ciel! je vois de ce temple avancer un ministre ; Je lis la cruauté dans son regard sinistre.

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