LE GÉNÉRAL FRANÇAIS , LE GRAND BRAMINE
LE GÉNÉRAL
Barbare, il est donc vrai ? ces mœurs abominables, Que les Européens traitent encor de fables , Tant ils ont peine à croire à leur férocité, (Test toi qui les maintiens par ton autorité .'
AC.1E III, SCENE V. i5A
Des temples protecteurs les euceilites tranquilles Aux lualheurcux mortels doivent servir d'asiles ; Les ministres des cieux sont des anges de paix. Il ne doit de leurs mains sortir que des bienfaits ; C'est par l'heureux emploi de consoler la terre. Qu'ils honorent leur temple et leur saint ministère , Et que le sacerdoce auguste et respecté Sans crime avec le trône entre en rivalité : Et toi , honte des dieux qu'ici tu représentes, ^'e levant vers le ciel que des mains malfaisantes , Tu fais des cruautés une loi de l'Etat, Et l'apanage affreux de ton pontificat!
C'est au pied dts autels que les bûchers s'allument , Qu'on livre la victime aux feux qui la consument : Des prêtres ont ouvert ces horribles tombeaux ! L'encensoir est ici dans les mains des bourreaux! Ainsi donc d'un œil sec tu verras une femme S'élancer à ta voix dans des gouffres de flamme ! Ton oreille entendra les cris de sa douleur! Je ne la connois point , je connois son malheur. Je connois la pitié ; mon cœur est né sensible Autant qu'où voit le tien se montrer inflexible ; Dans l'excès des tourments elle est prête à périr ; Contre vos mœurs et toi je viens la secourir, Déchirer le bandeau de cette eneur stupide Qui force en ces climats la femme au suicide, Et faire dire un jour à la postérité : Montalban sur ces bords fonda l'humanité.
LE GRAND BRA.MINE
Quelle est donc ton audace?
LE GÉNÉRAI,
Apprends à nous connoîtie,
LE GRAND BRAMINE
Es-lu vainqueur ici, pour nous parler en maître.'
LE GÉNÉRAL
Je parle en homme
i56 LA VEUVE DU MALABAR.
I lE-'CRAND BRAMINE.
Et moi , comme organe des cieux , Comme un prêtre, nn mortel inspiré par ses dieux.
I, E GÉNÉRAI
Tes dieux, t'exciteroient à tant de barbarie!
LE GRAND BRAMINE
Quel es-tu pour juger des mœurs de ma patrie , Pour vouloir renverser et plonger dans l'oubli Sur des siècles sans nombre un usage établi.'' Crois-tu déraciner de ta main f'oible et (iere Cet antique cyprès qui couvre l'Inde entière.^
T. E GÉNÉRAI,
J y porterai la hache.