SCENE PREMIERE
HYPERMNESTRE, tOINE.
AÉ G 1 N E, B ! pardonnez , madame, à mon trouble morlel ; Où portez-vous vos pas au sortir de l'autel?
nïPERMNESTRE,
Mon père dans ces lieux m'ordonne de l'attendre ; D''un pareil entretien quel effroi penx-tu prendre ?
Tout sert à m'alarmer, et mon cœur incertain ]N'ose de votre hymen rendre grâce au t'estin ; J'en conçois malgré moi je ne sais quels ombrages: Ne redoutez-vous point de funestes présages ;' A peine on a frappé les taureaux palpitants , Le sang prêt à couler s'est glacé sur leurs flancs ; Des oiseaux consultés l'aile foible et tremblante Par un sinistre vol a semé l'épouvante; De nuages sanglants les airs ont paru teints; I/Cs flambeaux sur l'aulel trois fois se sont éteints; Dans ce moment encor le feu luit , l'cnctns fume; Mais la flamme trop lente à regret le consume; Et d'accord avec elle il semble que les vents Ecartent de l'autel cet odieux encens ; Même on dit qu'on a vu le dieu de l'hymmée S'enfuir, le Iront voilé , loin d'Argos étonnée;
,(; JIYPERMNESTPvE.
Ut, laissant craindre ici quelques complots obscurs, unon dans un nuage abandonner nos murs.
HYrERMNESTRE.
Va , d'aucune frayeur mon ame n'est atteinte ; Va , le peuple a cru voir, il est né pour la crainte ; l^e reste s'est offert sous des traits tiop i«)uteux Pour glacer mes esprits , pour alarmer mes feux ; J'ai peu même observé tout ce qu'on nomme auspice ; J'épousois mon amant, tout m'a paru propice : Mais quand un nœud moins cher eûtengagénia foi , Egine, j'aurois vu sans trouble et sans effroi Ces objets qu'en présage un peuple aveugle érige. Le hasard à mes yeux ne peut être un prodige ; lie ne fais point l'honneur à notre orgueil jaloux D'oser croire aucun ordre interrompu pour nous , Ni cette injure aux dieux de penser qu'ils attachent A des signes si vains l'avenir qu'ils nous cachent ; Et que la vérité par leur pouvoir trompeur Soit livrée au prestige , et la terre à l'erreur. Chère Egine , j'ai lu sur le front de mon père. J'ai lu la foi, la paix, et l'amitié sincère; Dans le flanc des taureaux l'œil est trop abusé, (.'est au front des mortels ouvert ou déguisé Que toute vérité se cache ou se présente, lu qu'on doit de son sort détermiuei l'attente.
Puisse ma crainte, hélas! n'être ici qu'une erreur!
H YP E RMNESTR E.
l'igine, vois plutôt l'excès de mon bonheur.
Tu connois quel destin de tout temps fut le nôtre ;
Nous naissons sous un ciel pour régner sous unautre;
Pour renoncer sans cesse à nos vœux les plus doux ,
J/amour et le bonheur semblent fuir loin de nous.
A la cause commune esclaves immolées,
.Sur un trône étranger avec pompe exilées.
De la [laix des états si nous sommes les nœuds.