‹ Œuvres choisiesChapitre 145 sur 244 · I. E GRAND BRAMINE · texte numérisé non relu

I. E GRAND BRAMINE

La j)arole, madame, à vos pareuts donnée Ne laisse aucun retour à votre ame enchaînée. Au sang dont vous sortez votre vertu répond ; Et , si j'en orois la paix qu'on voit sur votre front, Vous chérissez sans doute une promesse austère Qui ne vous permet plus un rejfard vers la terre. Votre ame a déjà pris, dans ses devoirs pressants, Un courage an-dessus des révoltes des sens ; Elle s'élance aux cieux , où , pure et sans mélange , Sa source fut cachée avec celle du Gange. Si vous quittez la vie et ses vaines douceurs , Vous honorez nos lois, vous consacrez nos mœurs ; Vous en raffermissez les profondes racines ; Vous transmettez l'exemple à d'autres héroïnes ; Vous conservez l'honneur de ceux qui vous soûl

chers ; Du bûcher vous régnez jusque sur les enfers; Et si, pour ex])ier jusqu'aux moindres souillures, Votre époux est tombé dans ces lieux de tortures , Votre mort le racheté, et votre dévoùment lîn un bonheur sans fin va cha'jger son tourment. C'est peu de joindre ici votre image aux statues De celles que l'effroi ni la mort n'ont A-aincues ; Tandis que votre nom sur la terre vivra , Du pays iMalabare aux sommets d'E.swara , Dans des astres sereins vous rejoindrez ces veuves Qui de la foi promise ont su donner oes preuves.

i64 LA VEUVE DU MALABAR.

Et qui pour leurs époux n'ont pas cru dans le cieï

Trop payer de leur mort un repos éternel.

LA VEUVE

vSans saATDÏr par quels biens un Dieu juste répare Les horreurs de la mort que la loi me prépare. Et snus vouloir chercher, par un soin sHj)erflu, Quel sera mon destin dans un monde inconnu , ,1e me sacrifîrai, puisqu'enlin tout l'exige, La loi , l'honneur des miens, mou propre honneur:

que dis-je ?

Le dégoût de la vie est au fond de mon cœur; .le ne reproche aux dieux que leur trop de rigueur. Hélas ! en prononçant ma sentence mortelle, Ils pouvoient m'accorder une fia moins cruelle; Et s'ils vouloJent ma mort à l'âge où je me voi, En charger lu nature, et non pas votre loi. J'aurois pu difïérer d'un an mon sacrifice ; Mais j'ai craint des soupçons l'ordinaire injustice; .T'ai craint que l'on osât, sur ce retardement. Du refus de mourir m'accuser un raonunt ; Et , puisque dans mon cœur j'étois déterminée A subir cette mort où je suis condamnée. J'ai mieux aimé courir au-dcvaiit du trépas, Que lie le voir vers moi s'avancer pas à pas. Je ne fais qu'un seul vœu du fond de cet abîme, C'est d'être de Ihouneur la dernière victime , Et que l'humanité, dont il blesse les lois, Reprenne en ces climats sou emj)ire et ses droits.

IjE grand brasiine.

Ou osez-vous souhaiter .•• qu'avez- vous dit , madame ? Etouffez un tel vœu dans le fond de votre ame. L'humanité.'' foiblesse! im[)Hissance du bien! Des mortels corrompus chimérique lien!

Ce vœu trop indiscret, dont votre ame est séduite , De votre sacrifice affoiblit le mérite.

Mais je vous c.onnois mieux , de -v ous-mèiue jamais

A.CTE IV, SCENE II. i(j5

Vous n'iiiiriez pu former ces aveugles souhaits. Ces fiers Européens, jusqu'en nos esprits même, Ont soufflé le poison de leur lâche système ; Mais i>lus ces étrangers , nous infectant d'erreurs, Veulent nous ins])irer leur doctrine et leurs mœurs, Plus il faut par l'éclat des exemples sublimes Combattre et repousser de funestes maximes : D'une ame haute et ferme, au-dessus de son sort, Telle enfin que la vôtre, on attend cet effort. Songez en ces moments que l'Inde vous contemple , Et de voire courage exige un grand exemple.

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