‹ Œuvres choisiesChapitre 147 sur 244 · FATIME. LA VEUVE, LE JEUNE BRAMINE · texte numérisé non relu

FATIME. LA VEUVE, LE JEUNE BRAMINE

Vous n'avez point , madame , à craindre la présence Du chef des assiégeants qui prend votre défense ; Et, n'ayant pu vous voir, ni même l'espérer. Il ne vous cherchera que pour vous délivrer; Mais contre la rigueur d'un usage barbare, Trop hautement pour vous ce guerrier se déclare. Ce héros dans ces lieux n'est point en sûreté : J'ai vu le fanatisme et ce penple irrité ; Le Braraine, jaloux de garder sa victime, Contre cet étranger lui-même les anime ; Il le peint dans nos murs comme un monstre odieux , L'ennemi de nos lois, l'ennemi de nos dieux ; Je crains de ces clameurs quelque suite sanglante.

( Au jeune Bramine. ) Engagez-le à cacher l'appui qu'il vous présente; Ou les soins du guerrier qui vous sert aujourd'hui Peut-être ,vainspour vous, vont tourner contre lui.

LA VEUVE

Eh quoi ! malgré la trêve, il périroit, Fatîme ! J ai trop tardé, sans doute, à livrer la victime. Je cours de mon bûcher ordonner les apprêts.

FAT I M E

O ciel .' qu'allez-vous faire .*"

LE JE USE BRAMirfE.

Et je le souffrirois.'

i()8 LA VEUVE DU MALABAR.

Voyez à quels périls mon intérêt l'expose.

Il peut perdre la vie , et j'en serois la cause.

•le crains pour moi l'appui qu'il daigne me prêter :

Quel que soit son secours, je n'en puis proïlter ;

Mais si je me dérobe aux soins de mon courage ,

Je le dois garantir d'un peuple qui l'outrage ,

De tous ces furieux détourner le poignard,

Et mettre entre eux et lui mon bûcher pour rempart.

LEJEUNE BRA.MINE

Ton danger fait le sien ; ma sœur, consens â vivre . Et ce peuple aujourd'liui cesse de le poursuivre.

LA VEUVE

Mon trépas le sert mieux, et je cours à la mort Autant pour le sauver que pour remplir mou sort. On ne me verra point, en prolongeant ma vie, Favoriser moi-même une aveugle furie ; Oui , mon cœur va répondre à la grandeur du sien; Je vole à son secours , comme il voloit au mien.

Page 1