‹ Œuvres choisiesChapitre 169 sur 244 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

IDOMÉNÉE, sur le Lord Je la mer.

V/ Crète! ô mes états! temple auguste et sacré . Suis je enfin sur ce bord que j'ai tant désiré? Long-temps jouet des flots , j e n'eu suis poin I la proie • Je vais revoir mon fils, il va faire ma joie, Mon cœur en ces moments , hâtés par mes désirs, De la nature encor va goûter les plaisirs. Hélas I j'arrive seul , ma flotte est sous les ondes, J'ai vu périr les miens au sein d:;s niers profondes • Idamante , à la Crète aussi cher qu'à mon cœur . Idamante peut seul adoucir mon malheur... Cependant quel remords, me remplissant d'alarmes De l'espoir qui me flatte empoisonne les charmes.!* De la fureur des flots sauvé sur un débris , Je rentre en mes états ; mais , hélas ! à quel prix ! Quel serment téméraire et m'accable et m'enchaîne.' Neptune , as-tu reçu ma promesse inhumaine,

iS8 ^FRAGMENTS D'IDOMÉNÉE

Ce vœu que je t'ai fait d'immoler en ces lieux

Le premier que la rive offriroit à mes veua. ?

Ali I quand je t'implorois pour rentrer dans la Crète ,

Quand l'effroi m'a dicté ma prière indiscrète,

J 'espérois épargner sur les mers en fureur

La mort à tous les miens , ce spectacle à mon cœur,

Et par l'humanité, dans ce péril extrême,

J'attentols , trop aveugle, à l'humanité même.

De ces dangers pressants qui causoient tant d'effroi,

Malheureux que je suis, n'ai-je sauvé que moi...?

Nul ne paroît encor, tout a fui la tempête.

Tout à ma cruauté dérohe ici sa tête.

Peuple heureux sous mon lils, un de vous sur ce hord

De mon premier regard recevra doue la mort '

Ah ! montrez-vous en foule , et m'épargnez un crime ,

En ne me laissant pas discerner ma victime ;

Hélas ! sur ce rivage où j'apporte le deuil ,

•le n'ose faire un pas, ni jeter un coup d'œil...

Ciel... ! un infortuné s'avance sur la rive ,

l''aut-il... ! ton cri redouble, humanité plaintive.

Redoutable serment ! trop malheureux mortel... !

Si j'hésite, il m'échappe, et j'offense le ciel.

Dieu , vengeur du parjure et témoin de mes larmes ,

Affermis donc nia main, puisque c'est toi qui l'armes.

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