POEME EN TROIS CHANTS
AA?ERTISSEMENï.
J'avois dessein de traduire en vers le poëme de l'abbé de Marsy sur Ja Peinture : les beautés dont il est rempli font regretter qu'elles ne soient pas connues de tous les lecteurs; mais les meilleures traductions ne sont guère que les réverbérations des ouvrages originaux. D'ailleurs , ayant réflécbi sur les circonstances où l'auteur avoit écrit son poëme , j'ai cru m'apercevoir qu'elles l'avoient empècbé de lui donner une juste étendue , et que le sujet débordoit , pour ainsi dire , l'ouvrage. Je me suis dono déterminé a commencer le raien , sans renoncer pourtant à profiter de tout ce qui m'avoit frappé dans le poète latin.
J'ai vu les avantages et les difficultés que je ponvois rencontrer dans mon travail ; mais , sans les [»eser, je me suis laissé entraîner à ce qu'il avoit d'attrayant, j'oserois mènve dire que je crois avoir senti mon sujet : cette conviction me l'a rendu plus Atcile , et je l'ai soutenu.
En effet, il ouvre à l'essor poétique le cbamp le plus vaste ; il met la nature entière sous la main du poêle comme sons celle du peintre; et tout ce que l'un présente aux yeux, l'autre doit l'offrir à l'imaginalion.
L'art poétique étoit peut-être un sujet moins heureux : en traitant de lui-même , il est, pour ainsi dire , trop près de lui ; semblable à l'œil , qui voit les obiets et ne se voit pas lui-même , l'esprit hu-