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luain se fatigue à se considérer; il a besoin d'éloigner les objets sur lesquels il s'exerce , et pour qu'il puisse .igir librement sur eux, il faut qu'ils soient à une certaine distiinoe. Aussi Despréaux , qui a mis dans ses vers toute la correction que Léonard de Vinci mettoit dans ses tableaux , me paroît. il avoir eu à surmonter plus d'obstacles dans le cboix de son sujet ; et on admirera toujours qu'il ait su couvrir de tant de beautés et d'images , l'aridité des détails.
.La Peinture oflroit plus d'avantages an poé'te; s'il doit faire briller les images, quelque matière qu'il traite , et lorsque le sujet s'y refuse le plus , pourroit-il les abandonner quand elles s'offrent d'elles-mêmes ? pourroit-il ne pas appliquer la Poésie à la Peinture, et ne pas montrer à cbaque pas l'analogie des deux arts ?
La Peinture représente à tout moment l'art poétique sans le répéter : le poète, obligé de retracer les images qu'elle amené naturellement , crée ce qu'il imite , s'approprie ce qu'il emprunte, fait valoir son art . et en montre un autre.
Je n'ai j)oint marqué d* division : on verra aiséraeut que je parle du dessin dans le premier chant, et quelquefois de l'ordonnance qu on peut appeler le dessin moral. Le second chant traite du coloris, et je parle dans le dernier du choix des sujets , de l'expression , de l'invention , du pouvoir de la Peinture ; mais comme, dans les différentes parties de l'art , il en est qui rentrent nécessairement les unes dans les autres, je n'ai fait qu'indiquer la divisiou de l'ouvrage , pour éviter le reproche qu'on m'eût
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pu faire d'avoir confondu les matières sous une dénomination exclusive à la tète de chaque chant.
Ceux qui ont traité ce sujet avant moi ont eu des avantages qui m'ont manqué. Dufresnoy, qui nous a laissé un poëme latin sur la Peinture, étoit lui-même un peintre habile ; il n'écrivoit qu'après avoir fait des tableaux , et ses vers furent le résultat de ses connoissances pratiques.
L'abbé de Marsy, descendant du fameux sculpteur qui a fait à Versailles les bains de Latone, avoit dû puiser dans les lumières de sa famille les notions qu'il a répandues dans son ouvrage.
M. Watelet, distingué par ses talents en divers genres , et par son goût pour les arts , avoit pris le cravon et manié le burin avant de donner son poëme de l'art de peindre ; il a été le premier qui ait entrepris de chanter dans notre langue un art dont les deux autres écrivains avoieut enveloppé les préceptes dans une langue étrangère et presque abandonnée.
D'après ces exemptes , je pouvois être intimidé , je pouvois penser qu'on ne devoit guère hasarder un ouvrage sur la Peinture , sans l'exercice ou une grande théorie de l'art. Mais dans les arts d'imitation , dont on juge par le sentiment autant que par l'étude, celui qui ignore les règles peut prononcer comme celui qui les {lossede. Le public a-t-il donc les connoissances des artistes? N'est-ce pas cependant de son suffrage qu'ils sont jaloux.** Ne le préferent-ils pas à celui de leurs rivaux même ? Dans les sciences exactes il y a une série qu'il faut suivre: celui qui n'est encore qu'aux premières pro-
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positions de la géométrie, telles que le carré de rbypotliénuse , est Lien loin d'entendre les courbes transcendantes; mais l'on peut dire que les points fondamentaux des arts >sont innés ; ce ne sont que des détails qu'on apprend. Ainsi, quoique je n'aie jamais touché ni pinceau , ni crayon, secouru seulement de quelques lectures et de quelques conversations avec les artistes, secondé sur-tout j)ar mes propres sensations à la vue des cliefs-d'œuvre de l'art , j'ai osé entreprendre mon ouvrage.
Mais quand la science m'a abandonné, j'ai appelé mou art à mon secours , j'ai tâché de substituer les beautés poétiques: j'ai imité ces peintres peu versés dans l'auatomie^qui, ne sachant comment montrer le mécanisme des muscles et la souplesse des contours sur les membres des figures , pour déguiser le défaut de ces emmanchements , les couvrent d'uue riche draperie.
J'ai écrit pour le public autant que pour les peintres ; un poëme doit être à l'usage de tous les lecteurs , et il en est de ce genre d'ouvrages comme de ces figures pittoresques, plus habilement combinées suivant les lois de l'optique , et qui se présentent toujours en face de quelque côté que le spectateur soit placé. Dans un sujet où he goût et le sentiment décident , ce n'est point aux artistes seulement qu'on doit parler. Les lumières sur la partie technique ne sout point nécessaires pour être frappé des beautés ; des yeux et une ame sensible, voilà ce qu'il faut pour juger d'un tableau.
J'ai voulu sur- tout exciter l'enthousiasme de l'art, et, dans cette idée, ce qui me mauquoit de
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connoissances m'a peut-être servi. Assigner trop de règles , c'est embarrasser la marcue du génie , c'est enclore de murs un cliamp qui doit être, à plus d'une exposition pour fructifier. Si Daiibignac eût été peintre, il eut sûrement composé un mauvais tableau selon toutes les règles de Léonard de Vinci; si Rubens eût fait des tragédies, il eîit en avec le génie les inégalités de Corneille. L'entbousiasme est si rare en tout genre ; tant d'ouvriers et si peu d'artistes! On ordonne avec sagesse, on connoît l'harmonie , l'élégance ; mais où voit-on de l'énergie, de l'élan? Le goût, si désirable à tant d'égards, sert souvent à éteindre l'invention. De là ces compositions exactes, mais froides et monotones : quelques fautes et du génie , c'est à quoi Je reconnois le grand artiste.
J'ai vu au-delà même de la Peinture; j'ai voulu enflammer les esprits non seulement dans cet art mais dans les antres arts d'imitation; ils ont tons leurs principes dans le sentiment , ils ne forment par là qu'un seul art ; ils étoient tous de mou sujet.
Mon ouvrage ne fera ni des dessinateurs ni des colori.stes ; mais, s'il peut échauffer des peintres, si j ai jeté dans mes vers quelques étincelles du feu que je veux allumer, mon objet est rempli, et le prix de mon travail sera dans le succès des talents que j'aurai encouragés.
Je n'ai loué aucun des peintres vivants. Le lecteur les ajoutera lui-même aux Lommes célèbres que j'ai nommés : les différents genres où ils ont excellé rappelleront aisément les noms de ceux qui s'v