‹ Œuvres choisiesChapitre 193 sur 244 · SUR LE M 1- M E SUJET · texte numérisé non relu

SUR LE M 1- M E SUJET

Eh! pourrois-je oïdjlier ces eaux miraculeuses Que cacbeut à nos yeux leurs grottes caverneuses Et dout les flots , glacés par de fréquents éclairs Aux approches du iéu font pétiller les airs ? i'^t celles que le soufre attiédit et colore , Où la brillaute Hygie et le dieu d'Epidaure Daus un bain salutaire ont mêle de leur mai» Les métaux de Cybele et les feux de Vulcaiu, Et de qui la vertu, riche eu uiétamorphoses . Reud au teint pâlissant et le lis et les roses. Là viennent tous les ans, exacts au rendez-vous,- Les vieillards éclopés, un jeune essaim de fous , La sottise , l'esprit, l'ennui, le ridicule : Le vaudeville court, l'épigramme circule. Là, la coquette vieut, réparant ses attraits , Aux fats de tout pavs tendre eucor ses filets ; Là, même lieu rassemble, et l'aimable boudeuse. Et la jeune éventée , et la vieille joueuse , Que l'aube au tapis verd surprend à son retour. Veillant toute la nuit, se plaignant tout le jour.

Plus la foule est nombreuse , et plus elle est active; L'un vieut et l'autre part , l'un part et l'autre arrive : Là, chaque coterie a ses arrangements ; Chacuu y fait emplette et d'amis et d'amants. Que de vœux passagers, de liaisons soudaines , DePiladcs du jour, qui, daus qucbjues semaines , L'un de l'autre oubliant les sernunts superflus , Doutent eu se voyant s'ils se sont jamais vus ! D'autres prennent l'avance , et deux tendres amies Arrivent s'adoraut, et partent ennemies.

DU POEME DES I-ASIES. Sx

Assemblage piquant de costumes, d'Iiunieurs, D'âges, de nations, et d'états, et de mœurs !

Peiudrai-je du matin les iraîclies promenades , Les bruyants déjeuners , les folles cavalcades ? Ciiaque belle a choisi son galant écuyer. Les deux pieds suspendus sur son double étrier , Assise de côté, l'une trotte à l'anglaise; L'autre va sautillant sur la selle liamjaise ; L autre lance un vriski ; d'autres , de leur taluu Aiguillonnant eu vain un paresseux âiiou , Maudissent de Sanclio l'indocile monture. Mais déjà midi sonne, et l'appétit muruuue ; La table les appelle , et chacun à son choix \

Court de son médecin suivre ou braver Us lois.

(Les trois Regues de la Nature, cli. III ).

LES JARDIX

J'aime la profondeur des .'intiqui's fonis, La vieillesse robuste et les jiompeux soinniets Des chênes dout , sajis uuiis, la nature et les âges Si haut sur uotre tète ont ciutré les feuillages. Ou respire en tes bois s jiubies, majestueux . Je ue sais quoi d'auguste et de religieux : C'est sans doute l'aspect de ces lieux, de mystère , C'est leur prolonJ silence et leur paix solitaire Qui fit croire long-temps chez le peuple gaulois Que les dieux neparloieut (jue dans le foud des Lois. Mais l'homme est inégal à leur vaste étendue ; Elle lasse ses pas , elle échaj)pe à sa vue; Humble atome perdu sur un si grand terrain , Même au milieu du parc dout il esl souverain , Voyageur seulement sur d'immenses surfaces , L'homme n'est possesseur qu'en de petits espa.'cs; Au-delà de ses seus jamais il ne jouit ; 8 il acquiert trop au loin , sou domaine le fuil :

Ainsi , lier par instinct , mais prudent par foiblesse,

Lui-même il circonsciit l'espace qu'il se laisse ;

Il vient , sur peu d'arpents qu'il aime à parl.')ger,

Dessiner un jardin, cultiver un verger;

Il met à ces objets ses soins, ses complaisances.

Epie en la saison le réveil des semences ;

Et, ]ia! semant de fleurs le clos qu'il a planté.

Il étend le terrain par la diversité.

Peut-être dans nos jours le goût de l'industrie Pour la variété prend la bizarrerie.

Dans de vastes jardins l'Anglais offre aux regards Ce que la terre ailleurs ne présente qu'épars; Et sur un sol étroit , en dépit de l'obstacle. Le François est jaloux de montrer ce spectacle. Qui ne riroit de voir ce grotesque tableau, Des cabarets sans vin, des rivières sans eau, Un pont sur une ornière, un mont fait à la pelle. Des m ouliusqui,dans l'air, ne battent que d'une aile. Dans d'inutiles prés des vaches de carton. Un cloclier sans chapelle, et des forts sans canon , Des rochers de sapin , et de neuves ruines , Un gazon cultivé, jjrès d'un buisson d'épines , Et des échantillons de champs , d'orge et de blé, Et dans un coin de terre un j>ays rassemblé .''

Agréables jardins , et vous , vertes prairies , Partagez mes regards ,mes pas, mes rêveries ; Je ne suis ni ce fou qui de i)izarre humeur, llechis dans son bosquet, végète avec sa fleur, INi cet autre insensé ne respirant qu'en plaines , Qui préfère à l'œiilet l'odeur des marjolaines, .le me plais au milieu d'un clos délicieux Où la fleur, autrefois monotone à nos yeux, S'est des couleurs du prisme aujourd'hui revêtue ; Où l'homme, qui l'élevé et qui la perpétue , Enrichit la nature en suivant ses leçons , Et surprend ses secrets pour varier ses dons.

DIT POEME DES FASTES. 8

De jour en jour la terre ajoute à ses largesses; Flore a renouvelé les festons Je ses tresses ; Le chevrefeiiil s'enlace autour des arbrisseaux . Emaille le treillage , et pend à des berceaux : Où j'ai va le lilas et l'auénione colore , L'œillet s'épanouit, la rose se colore.

Unhumbleet long rempart, formé de thym nou\ eau . Sert agréablement de cadre à ce tableau; Le myrte et Toranger, sortis du sein des serres , De leurs rameaux fleuris décorent les jiarterres , Et , sur des mirrs cachés , les touf/es de jasmins Font disparoître aux yeux les bornes des jardins. ( Chant IX. )

F. P I s O n E 1) F. COLOMB.

Hardi navigateur, chef non moins intrépide , .laloux de reculer les colonnes d'Alcide, Des Atlantiques mers Colomb franchit les eanx. Les vcnls d'un souffle heureux ont poussé ses vaisseaux :

Déjà d'un ciel lointain s'étonnent les étoiles. Au spectacle inconnu de ces mâts , de ces voiles , De tant de matelots, de ces fiers bataillons , Des cylindres d'airain, et de ces pavillons, Des cordages tendus et qui servent d'échelles A cent mousses épars dont les pieds ont des ailes.

Diane cependant sept fois avoil décrit Cet orbe que Newton dans les cieux lui prescrit ; Lorsque , nouvel Ulysse , en un péril extrême . Colomb se vit jeter par ses compagnons même. Non qu'ils eussent percé, sur les flots mutinés, Des outres que gonfloient les vents emprisonnés i La mer est aplanie , et le ciel sans nuage :

S4 KilACMENTS

C'étoil dans ses \aisseaiix que se formoit l'orag,'. C'est Iroj), se direnf-ils. c'est trop sur tant de mers Errer, au i^vé d'un homme, au bout de l'unie eis Le dépôt du froment séjiuisc dans- la flotte ; L'aimant ne parle plus aux lej^anis du pilote. Sur quels IiorJs inconnus C.olf)mh nous conduit-il ? Nous faudra-t-il périr après un loug exil? T,a fureur les transporte; ils saisissent leur guide , Ils A'ont frapper ; mais lui , d'un visage intrépide , •> Comparrnons, leur dit-il , la terre n'est pas loin ; (*e parfum nous l'annonce, et l'air m'en est témoin. » 11 parle , le fer tombe ; une vive alégresse A changé leur furie en une douce ivresse: Ils voguent j;leius d'e.spoir , les bords sont découverts :

l'erre ! terre ! est le cri dont ils frappent les airs; La flotte avance, aborde ; ils descendent par troupes , Des festons de la plage ils couronnent les poupes ; Lt, grâces à ces fleurs qui germent sous leurs pas. Ils sont sauvés du crime, et Colomb du trépas. CChantIX. :>

Ce cliarinant épisode est imite du Connuhia Floruni de Lacroix. Nous citerons ici l'original avec la belle imitation que M. Delille eu a donnée dans le sixième rliaut du poème des trois Règnes de la Nature.

Ibant Hispani velis audacdjus ultra Herculeas lougè nietas , solemque cadcnteni , Hortator Columba vi.e; dat classibus Euros AEolus, et laetis prcielueeut iguibus astra. Mirantur, summo gradientes a>quorc sylvas Dérides occidiine, mirantur pxqipibus altis Dispositas ad pugnam aeles, fluitantia signa , AEraque cuni toniti u jaculanlia faiiribus ignes. Ecce auiem plenos Phœbc jam septima vultiis

DU POEME DES lASTES. 85

Induerat, posuitque ; Ceres consumpta, Lyœi Munera delecere : incassùin suspicit astra ', Despectat l'aliuurus acum , cœluin, œquor'uLique Protiuus in luiias ai^itur cùm reniige uiil(s, Ductoremque, uela's ! malo alllgat ; iile Miùervâ Pleuus ait , sensi f.'ores, contendile remis. In manibus terroe. Volât ipquore concila classis. Apparere procul montes , assurgere c.mpi , Vix portum tetigére rates, dat Flora corollas , Columbamque aium donis gemmantihus ornât. Hinc adeo Flora? de noniine Florida nvltit Suave olens sassafras, parât hinc quandôque Iiquorem Nectareum , prœfertque epulis Cytherea deorum.

Eli ! qui du grand Colomb ne connoît point l'iiistoirc Lui dont un uoureau monde éternisa la "loire ? ' Illustre favori du maître du trident , ° L'iicureux Colomb voguoit sur l'abime grondant- Sa nef avoit frauclii les colonnes d'Alcide ; '

Les phoques, les tritons , la jeune n réide ' Voyoient d'un œil surpris ces drapeaux, ces soldats Ces bronzes menaçants, cette loret de m.îls '

Et ces hardis vaisseaux, flottantes citadelles A qui les veuts vaincus sembloieut céder leurs ailes • Depuis SIX mois entiers ils erroient sur les eaux • Dépourvus d'aliments, épuisés de travaux '

Les matelots sentoieul déiaillir leur coura<'e Et d'une vo x j)laintiveim]!loroieut le rivage.' Mille maux a-la-fois leur présagent leur fin , ' Et la contagion se ligue avec la faim. Pour combic de malheur, sur l'océan immense Les airs sont en repos , les vagues en silence ; Dans la voile pendante aucun veut ne frémit; Et dans ce calme affreux dont le nocher "ém'it L oreille n'entend plus, durant la nuit profonde, Que le bruit répété des morts tor-baut dans l'onde Plu' leurs au haut des mats interrogent de loin Les terres et les mers sourdes à leur besoin ; Rien ne paroit : des cœurs un noir transport s'empare iEMIEERE. 2. 6

SfJ TTiAGMENTS

( Lorsqu'il est sans espoir, le malheur rend Laih ire ) Tous fondeut sûr leur chef: à son poste arraciif^ , Au pied du plus liaut mât Colomb est attaché ! Cent fois de la tempête il défia la rage ; Mais c[u'opposera-t-il à ce nouvel orage ? Sans changer sou destin l'astre du jour a lui ; De farouclies regards errent autour de lui : Inutiles fureurs pour sou ame intrépic'e ! La mort, l'alfreuse mort n'a rien qui l'iutimide ; Mais avoir vainement affronté tant de maux ! Mais mourir près d'atteindre à des mondes nouveaîix ! Ce grand espoir trompé , tant de gloire perdue , Plus que tous les ])oignards , voilà ce qui le tue . Sur ce cœur que déjà déchire le regret Le icr enfin se levé , et le trépas est prêt : Plus d'esjjoir. Tout-à-coup de la rive indienne Un air propice ajiporte ane odorante haleine ; 11 sent, il reconnoît le doux esprit des fleurs ; Tout son cœur s'abandonne à ces gages flatteurs : Un souffle heureux se joint à cet heureux présage. Alors avec l'espoir reprenant son courage : i< Malheureux compaguous de mon malhture;-x sort , « Vous savez si Colomb peut redouter la mort ; « Mais si , toujours fidèle au dessein qui m'anime , •' Votre chef seconda votre ame magnanime ; « Si pour ce grand ];rojet je bravai comme vouf , « Ktï'horieur de la faim, et les floïs eu courroux , « Rnc'or quelques moments ; je ne sais quel présage « A celte ame inspirée annonce le rivage. « Si te monde où je cours fuit eucor devant nous, n Demain tranchez mes jours , tout mon sang est à

« vous. »

A ce noble discours, à sa mâle assurance, A cet air inspiré qui leur rend l'espérance , Un vieux resjiect s'éveille au cœur des matelots ; Us ont cru voir le dieu qui maîtrise les flots ; . Soudain, comme à sa voix , les tempêtes s'apaisent , Aux accents de Colomb les passions se taisent. On obéit ; on part , on vole sur les mers ; La proue en longs sillons blanchit les flots amers. Enfin , des derniers feux quaud l'Ohmiie se dore ,

DU POEME DES FASTES. S

Et brise ses rayons dans les mers qu il colore ; Le rivage de loin semble poindre à leurs yeux : Soudain l'air retentit de mille cris joyeux. Les coteaux par degrés sortent du noir abîme , De moment en moment les bois lèvent leur cime , Et de l'air embaumé que leur porte un vent frais , Le parfum consolant les frappe de plus près. On redouble d'efforts, on aborde, on arrive ; Des propliétiques fleurs qui parfument la rive Tous couronnent leur chef, et leurs festons cliéris^ Présages des succès , en deviennent le prix. (M. Delille.)

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