ODE
Jr E u p L E qui ne connois que les arts ou la guerre , Séparer ces objets c'est jiasser sur la terre : Veux-tu, de l'univers attachant les regards, Y fixer ta durée, ou marquer ton passage ?
Ente d'une main sage Le laurier des neuf sœurs sur les palmes de Mars.
POÉSIES DIVERSES. iu>
A peine on se souvieut et du Parthe et du Scythe ; Mais on vante la Grèce et Rome qui l'imite; Leur nom , vainqueur du temps , ne peut être oublie. Et la science unie au grand art de»Bellone
Est la double colonne Sur qui ce souvenir est encore appuyé.
O toi, dieu des guerriers, éloigne la mollesse I Muses, à votre tour écartez la rudesse ! Minerve, qui préside aux combats comme aux arts, Vous trace, ô nations ! de ses mains immortelles
Deux sentiers parallèles, La route du génie, et celle des hasards.
Malheur au peuple altier qui ne suit que Bellonel Avec tous ses lauriers lui-même il se inoissjnne; Il tonne, il disparoît, il ne faut qu'un revers. Malheur au peuple encor distrait , par la science,
Du soin de sa défense!
Assoupi dans les arts, il se réveille aux fers.
Des sciences en vain l'Egypte fut la mère ; Son règne eût peu duré sans la vertu guerrière : Le Nil , sous Sésostris , lit respecter ses eaux , Penché plus ilerement sur son urne féconde ,
Plus en spectacle au monde Quand le laurier de IMars s'enlace à des roseaux.
Rome au temps des consuls, maîtresse de la terre , De ses mains sur les rois lance au loin le tonnerre; Sa gloire ne brilloit que sur ses étendards ; Mais d'nn nouvel éclat ce peuple se décore ,
loa POESIES DIVERSES,
Quand il sait joiudrc encore Le lierre de Virgile aux j)a!uies des Césars.
Souvent aux incuies jours les grands Louimcs ua-
quireut , Et les divers iaurieis tous eusemble lleurireut. L'élite des humains parut aux mêmes lieux , S;;mblable sur la terre à ces splieres iuimeuses.
Qui , malgré leurs distances.
S'attirent dans l'espace et partagent les cieux.
Tel Epaminondas brille avec Démosthene , îlalberbe suus Henri .Corneille avec Turenne; Sous le vainqueur dullbinque d'illustres moissons! Que de di\ ers talents , de clartés réunies ,
De héros, de génies I La gloire se faliguc à graver tant de uoiiis.
C'est peu, c'est peu de voir la France ainbiiieuse Se montrer à la lois guerrière et studieuse ; Ou ne se borne point à forcer des remparis : Ce n'est point seulement la guerrière science
Unie à la vaillance , C'est Vendôme ou Coudé cultivant les beaux aris.
Ainsi les arts, du Piudc honorables transfuges . Ont trouvé dans les camps des amis et des juges , Quelquefois des rivaux. Tel ce héros du nord Sur-les bords de la Sprée a su toucher la Ivre,
Et, plein d'un beau délire.
De Mars et d'Apollon il a si;^né l'accord.
POESIES DIVEKSliS. loS
Enfants de la victoire , il vous faut des Oiphées ; Le clairon cède au luth autour de vos trophées; Conihien en eût détruit le temps injurieux, Si les savantes sœurs de leur main vengeresse
Ne repoussoient sans cesse Le voile de l'oubli prêt à tomber sur eux .'
Achille se sur\it par la voix qui le chante : Homère étoit muet sans les héros qu'il vante. Point de fameux exploits , point de sublimes sons ; Le suj)rème génie et la vertu guerrière,
Dans leur noble carrière, Se prêtent à l'envi de communs aiguillons.
Ce n'est point sous des rois asservis par des maires Que renaît la science inconnue à nos pères , {;'cst sous un roi guerrier qu'elle sort du tombeau. Cette gloire étoit due à des mains triomphantes ,
De fonder sous des tentes Aux arts ressuscites un empire nouveau.
Nations , un laurier se flétrit sans un autre : De deux genres de gloire osez former la vôtre. Vrai symbole d'un peuple instruit et redouté, L'aigle porte la foudre, et sa prunelle altiere
Fixe encor la lumière Dans les plaines du vide et de l'immensité.