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LE LEVER DU SOLEIL

'É j A l'astre du jour s'est emparé du ciel ; Il lance par faisceaux ses ravons sur la terre ,

Et je découvre à sa lumière Les prodiges sortis des mains de l'Eternel. Won ame , élance-toi vers cette clarté pure ; Des portes du matin, admire la nature,

Et remplis-toi de son auteur.

A'.i ! si nos yeux pouvoient, sans blesser leur p.Tn-

piere, Apj)rocber du soleil , contenijder sa splendeur,

Et s'enfoncer dans sa lumière,

Ils ne verroient qu'un océan defeux ,

Que ne bornent aucuns riva^^es , Que tourbillons brûlants lut tant sans cesse entre eux,

Et dès la naissance des à!7es

Embra ant les plaints des cieux.

POÉSIES DIVERSES. ii5

La pierre se dissout , bouillonne avec furie

Au sein de ses foyers ardents ;

La flamme rouJe par torreiVs , La lumière par flots jaillit et tombe en pluie, (^'esi aux clartés de ti^at de feux divins Que marcbent les saisons , qu'agissent les humains, ûlais , grand Dieu, cet amas de lumière éternelle , Qii'est-il devant tes yeux ? à peine une étincelle ; Ce disfjue dont tes mains ont arrondi les bords,

Dont Jamais les fenx ne s'épuisent, Colore seulement la surface des corps

Où ses rayons se brisent.

Ton œil, plus pénétrant, perce leurs profondeurs , Réunit sous un point les déserts de l'espace ;

Il ne parcourt pas, il embrasse, Et du même regard il sonde tous les cœurs.

L'IMPOT DE IORTUjNE.

JETTE déité si légère, Qui du sort des humains se joue aveuglément ,

Leur envoie un double émissaire,

L'occasion et l'accident ;

L'une vient à nous la première , De son passage il faut saisir l'instant :

L'autre , de traîtresse manière ,

.'Vous suit sans bruit et nous surprend :

L'une nous échappe souvent ;

A l'autre nous n'éohappons guère.

Pour moi , je puis braver la déesse au bandeau ,

iiG POESIES DIVERSES.

Son caprice et sa perfidie :

Qu'elle ride son front , qu'ensuite elle sourie ,

Et puis se fâche de nouveau , Je passe volontiers sur sa bizarrerie,

Et je sauve ainsi mon repos ;

J'ai pour système dans la vie

D'envier peu les premiers lots ;

Trop sûr que plus l'encbanteresse Dans son perfide sein nous berce et nous caresse,

Plus il faut cr.iindre ses retours ;

Que, dans une quinte subite , De ses propres bienfaits la cruelle s'irrite; Que le malbeur est prèl à fondre sur nos jours.

Ab ! le mieux , c'est qu'elle m'oublie :

Et même, lorsque dans mes vœux

Son caprice me contrarie , Je me dis, du bonheur il préserve ma vie : J'étois perdu s'il m'eût fait plus heureux. Ainsi ses moindres dons sont mieux à mon usage

Les maux n'en sont pas si voisins :

Moins de joie et moins de chagrins,

Voilà la devise du sage.

Vivent les contrariétés.' Je les recois comme piqûres Qui nous exemptent des blessures Que nous font les adversités :

lié ! qu'un malaise nous survienne.

Quelque rhume, quelque migraine , C'est dispense de maux plus grands ; Une incommodité légère.

Un accès de fièvre éphémero

Consuma quelquefois des levains dévorauts , Et trompa la faux meurtrière.

lois qui dis, uu tel est heureux, Qu'en sais-tu.** dans son cœur vois-tu ce qui se passe ? Sais-tu ce qui manque à ses vœux ?

Privation équivaut à disgrâce :

Nul n'est heureux en tout , nul n'est heureux longtemps ; Point de faveur du sort «ratuite ni complète : Quiconque la reçoit , l'acheté.

Dans le triste cours de nos ans, Le malheur, de tout temps , fut un impôt par tête ; A qui , pour l'éviter, présenter sa requête? L'un s'élève aux honneurs, l'asthme vient l'oppresser.

Sous le cordou qui le décore; L'autre , que l'intérêt dévore , Court les deux mers pour amasser , Il a triplé ses fonds aux comptoirs d'Amérique ; Il ignore les traits que le sort lui gardoit ; Il revient, il débarque, un procès l'attendoit. Cli-t autre est dans l'éclat de la faveur publique , Son nom brille par-tout de gloire enviionné ;

Et sans relâche infortuné , Son coeur nourrit le ver d'un chagrin domestique. Ce mortel exempt de souci, "Vieux favori de la fortune , Qui sembloit être jusqu'iiù Excepté de la loi commune , Trouve près de son terme un abîme imj)révu ; Son fils le déshonore, il gémit d'être père ; De la rigneur du sort le voilà convaincu ,

ii8 POESIES DIVERSES.

Et sous le poids de sa misère,

Il s'écrie : ah ! j'ai trop vécu.

Mais les plus grands malheurs sont ceux que l'on

mérite :

N'armons pas conire nous uolre propre conduite ;

D'un ciel en léu la foudre part ,

Elle gronde et toniLe au hasard , Et nous irions sur nous l'attirer dans sa chute .' Le sage aux coups du sort comme un autre est en

Lutte, Mais plus qu'un autre échappe à sa malignilé ;

Il iDrésente peu de surface;

Le plus qu'il le peut il s'eiface.

Le trait vole el passe à côté.

Quant aux antres malheurs qu'à l'humaine nature,

Attacha la nécessité,

Que sert un frivole murmure ,

Puisque nul n'eu est exempté ?

Trop sûrs que le bonheur est de mauvais augure ,

Quand la Fortune entre chez nous, liecevons-la comme simple visile ,

Eu nous attendant à sa fuite,

Et plus souvent à son courroux ; Songeons , durant le calme ainsi que dans l'orage ,

Que d'entières prospérités,

Que d'entières calamités.

Sont rarement notre pai tage ;

Que les biens ont leur alliage,

Et les maux leurs indemnités.

A M. DE VILLEPATOUR,

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