EPITRE A M
Qui, après avoir été au service, avoit obtenu un Lon de fermier-géuéral .
u cèdes donc à l'amitié De ta jeune et tendre moitié .' Sa volonté devient la tienne ; Tu quittes Mars , Plutus t'enimene.
Suis ce dieu frais et rebondi , Au visage large d'une aune , An cou court , au ventre arrondi , Qui répand Je beau métal jaune ; Qui , toujours richement couver I . Le front levé, marche à pas fermes , Et qu'autour d'un long tapis vrrl On adore à l'hôtel des Fermes.
La guerre est le brillant métier Des héros que le monde encense ; Par l'honneur et par la vaillance, Des états elle est le premier.
Mais hélas ! pour monter aux grades, jN'e faut-il pas souvent 2)asser Sur le corps de ses camarades Que le plomb vient de renverser .►*
Et tu vois que dans la finance Sans voir pour toi si brusquement Expédier aucun vivant, Te voilà maréchal de France.
Mais au faîle tant souhaité Et du luxe et de la richesse, ÎMalgré ma médiocrité, Honoreras-tu ma tendresse De quelque sensibilité.?
Du fond dune voiture leste, Brûlant le pavé sur mes pas , Lorsque, comme un trait , tu viendras Barrer mon allure modeste , Songeras-tu qu a toi lié Par une chaîne peu commune Sous tes traits j'ai vu l'amitié Dans une plus humble fortune A mes côtés marcher à pié.?
Sous ces lambris oîi la sculpture Fait courir un léger dessin.
Où du goût l'élégante main N'a point prodigué la dorure ; Environné du superflu, Sur les carreaux de la mollesse , Quelquefois te souviendras-tu Qu'aussi gai, loin de la richesse, Sous d'autres toits plus ignorés .
Qui n'étoient vernis ni dorés , Nous habitions avec simplesse.3 Te souviendras-tu qu'avec moi Tu dis autrefois cent folies. Que je te plus par des saillies
POÉSIES DIVERSES, Que je ne trouvais qu'avec toi?
Dans l'oisiveté militaire, Ta charmante inutilité Toujours à la société Se trouvoit prête à satisfaire ; C'étoit toujours le tour de plaire, Et le moment de l'amitié.
Désormais c'est une autre affaire :
Dans la finance initié , Comment te voir, si , dans ta place , Des importuns, de temps en temps, L'amitié ne te débarrasse ?
Pour les esclavages brillants Pardonne mon indifférence ; Pleins des rêves de l'espérance .
D'auires se forgent des liens, Ma cliimere est l'insouciance, Ma fortune est l'indépendance ; Je suis à moi : voila mes biens.
Non qu'en cynique ici je fronde Et l'opulence et les heureux , Je ne vois les biens de ce monde D'un œil jaloux ni dédaigneux ; I? uisseau foible , échappant aux yeux , Mais roulant une onde limpide Dans les champs de la liberté , .l'aime à voir la course rapide Dont le Pactole est emporté.
Ta félicité m'est commune ; Et ton ami , sans nuls désirs , Sera riche de ta fortune.
Et jouira de tes plais-rs ;
Au lieu d'aller risquer ta vie
A plus d'une attaque hardie ,
Bans plus d'un combat inbunwin ;
De braver le plomb assassin
Qui , de la mort portant le germe ,
S 'éclia])pe , à l'aide de la main ,
Hors du tube qui le renferme ;
D'affronter ces bouches d'airain
D'où sort le salpêtre en tonnerre ,
Et ces redoutables chemins
Qui cachent d'affreux souterrains,
Cruels prodiges de la guerre .
D'où la foudre part sans éclair.
D'où la mort, par un art perfide,
Travestie eu mine homicide,
Kait sauter nos Césars en l'air:
Dans les nouvelles destinées
Du poste heureux qui l'est promis.
Tes soldats seronrtes commis,
Et tes campagnes des tournées.
Que j'aurois de contentement
De te voir en nouveau confrère
De l'aréopage opulent,
l'aisant raccourcir ta rapière ,
La changer pacifiquement
En épée à la financière .'
Vis pour porter avec écLit
Dans une nouvelle carrière
Cette grâce si familière
A ceux de ton premier état !
les principes, ton caractère,
L'heurense habitude de plaire,
ii4 POÉSIES DIVERSES,
Te sauveront des airs hoari'us De la suffisance importune , Qui n'appartient qu'aux parvenvis Et qu'aux bâtards de Ja fortune ; Elle enivre un cœur sans vertus , Pour qui sa faveur est nouvelle :
Mais tous ses trésors obtenus Ne sont qu'un sourire de plus Pour un cœur libre et né pour elle